Homélies
Accueil
Retourner à...

Jeudi Saint

Judas!
C'est épouvantable ce que tu as fait.
Trahir un ami
et quand cet ami s'appelle Jésus
quoi de plus bas, de plus lâche...
Et pourtant c'est peut-être tous les jours que nous trahissons Jésus...
et pour combien...


Judas, il suffit de prononcer ton nom et voilà que toutes les agressivités du monde se ramassent comme pour s'abattre sur toi. Tu es comme une sorte de soupape... comme une sorte de bouc émissaire qui permet à toutes nos lâchetés de se cacher... Le maudit, le galeux, le pelé, c'est toi. Oui, on n'a pas fini de s'emparer de ta mort : c'est comme une tunique qui vient voiler nos propres péchés.

Oui, j'ai été longtemps de ceux-là qui ne cessent de te déchirer... mais aujourd'hui, pas parce que je suis meilleur qu'eux, j'ai compris que ton histoire, elle n'est peut-être pas si simple que ça, qu'elle est drôlement pas si simple que ça, qu'elle est drôlement complexe... que tu n'es pas l'être sans tendresse, sans coeur, qu'on nous a présenté.

C'est vrai, tu t'es trompé de chemin... mais je ne suis pas sûr que tu ne l'as pas retrouvé dans les derniers instants. Au fond, tu avais une âme sans mesure, brûlante de Dieu et des hommes. Dieu était tout pour toi, et la vie tu la voulais vraiment toute à son service. Tu étais prêt à tous les sacrifices. Ton drame, ça été  d'être séduit par l'absolu et de n'accepter aucun autre chemin que cette séduction pour aller jusqu'au bout de toi. Ton impatience t'a comme voilé les gestes et paroles de Jésus qui furent l'absolu de Dieu comme un bon pain chaud cuit au four de l'homme.

Tu voulais tout et tout de suite. Et le chemin que Jésus nous laissait était long. C'était celui du partage du pain avec ses frères, mais toi tu es sorti trop tôt dans la nuit. La prière de la nuit c'est l'agonie du Christ, mais après la célébration de la Cène, après le partage du pain. Comment vivre l'agonie seul, comment affronter la nuit seul ?

La nuit avec ses questions : pourquoi moi, pourquoi ma vie, pourquoi Dieu, pourquoi suis-je cet homme qui a déjà quarante ans - oui toutes ces questions sans réponses ? Il faut être taraudé par la nuit, mais la nuit risque de nous avaler si nous n'avons pas goûté le pain...

Tu es sorti seul
et tu as été tel un oiseau
qui grelotte sur la croix
et qui meurt de froid
parce qu'il est seul.
Et alors
le vertige t'a pris.
Etait-ce possible que toi,
qui l'avais aimé à la folie
Jésus,
tu aies pu le trahir,
le vendre ?

Tu étais comme déchiré par ce qui venait d'arriver. C'était comme un rêve qui était brisé, et alors le vide t'a comme aspiré... mais Judas, mon frère, je n'arrive pas à croire que dans cette descente, un éclair ne soit pas venu te saisir pour te jeter dans les bras de celui qui donne le pardon. Toi qui avais suivi Jésus avec amour pendant trois ans, pouvais-tu par un seul coup de tête tout détruire ce qui t'avait habité. " L'arbre tombe où il penche" avait dit Jésus. Et Dieu n'était-il pas tout pour toi ?

Ta vie est faite de passages, de traversées : passer du ventre maternel au jour, de l'enfance à l'âge adulte, d'une classe à une autre... Dieu se tient là. Sauras-tu passer avec lui ? Il est le passeur toujours prêt à t'aider à traverser tous les gués de ton existence, à renverser les murs, à ouvrir des passages pour ta liberté.

Ce soir,
Dieu t'appelle à devenir un bâtisseur de ponts,
à passer
et à faire passer.

Un événement, un changement de circonstances dans la vie qui attire ton attention comme une grève, un cours, la mort d'un enfant... Et l'événement n'est un événement que  dans la mesure où il atteint ma conscience d'homme : ainsi mon voisin peut mourir seul dans sa chambre. Ce qui va faire l'événement ce n'est pas l'instant de sa mort, mais l'instant de la découverte de ma propre réaction, car être conscient des événements, ce n'est pas seulement savoir, mais c'est aussi permettre à l'univers de devenir la terre des hommes, c'est permettre au monde de devenir humain. L'événement a un sens pour l'homme.

La traversée houleuse dans la nuit, c'est une question posée par Jésus aux siens. Vivre, c'est non pas consommer mais c'est faire ta vie, c'est  toi qui la fais. La vie c'est une conquête - le vent était contraire, tout était noir, un monde sans regard, un monde habité de fantômes. C'est souvent l'impression que l'on ressent dans notre monde d'aujourd'hui et tout particulièrement dans ce monde chrétien et bouleversé, Jésus n'est-il pas un fantôme.

L'événement est un lieu de rencontre et un maître intérieur combien plus respectueux de la réalité et de la vie que ne l'est l'idéologie. Et l'événement qui rassemble tous les événements a pour nom : Jésus de Nazareth, Dieu avec nous. " L'histoire est clouée à un événenement : L'Incarnation ", de dire Emmanuel Mounier.

Ton histoire à toi a-t-elle un sens ?
Lequel ?
Est-elle clouée à l'Incarnation ?
Comment ?
Quel est ton maître intérieur ?
L'idéologie ou  l'événement ? 
                                                                                                         

Jésus seul a entendu mon cri, il m'a donné son corps à manger et je mange son corps, et la vie vient pousser la porte... Tu es chez toi chez moi.

Vendredi Saint

Il faisait nuit.
Une nuit pas comme les autres,
une nuit exceptionnelle,
une nuit de fièvre,
car cette nuit était menacée par la lumière.

Cette menace avait rassemblé dans une réunion extraordinaire tous les rois de la terre. Tous s'étaient donnés rendez-vous à la cour de justice, je veux dire tous les rois : c'est-à-dire les premiers ministres, les présidents de syndicats, les cardinaux, les archevêques, les directeurs généraux, les grands patrons et gens de même espèce ( le vocabulaire importe peu, mais la réalité qui est au-dessous). Oui, tous les rois remplissaient la cour - à l'extérieur, il y avait ceux qui essaient d'être rois, ceux qui rêvent de l'être...

Tous les rois étaient là, car c'était pour eux la dernière chance de sauver leur couronne : justement, depuis un certain temps, il y avait un certain Jésus qui ne cessait de contester leur pouvoir, un pouvoir qui ne savait permettre la moindre indiscipline. Mais aujourd'hui, leur pouvoir était menacé, alors tous ensemble, ils avaient décidé d'en finir avec ce petit révolutionnaire de province. Leur police l'avait fait battre et arrêter, et il se trouvait là devant eux pour subir un interrogatoire serré. Ils pensaient mener eux-mêmes le procès, mais voilà que c'est Jésus qui les oblige en quelque sorte à se retrancher derrière les barricades.

Jésus leur dit : " Ma royauté n'est pas de ce monde..." Mais ils ne voient pas, ils ne peuvent pas suivre longtemps la flèche, ils sont myopes. S'ils pouvaient seulement voir, ils seraient sauvés, car Jésus fait une brèche dans leur mur, il perce une issue, il ouvre une distance, il annonce un possible : " Je ne suis pas d'ici..." Je ne suis pas de ce beau monde. Je ne suis pas de ce système où le pouvoir se règle entre possédant et possédé : quoi, une affaire d'influence, un jeu de ficelles - il s'agit, en somme, de se protéger, et c'est toujours le faible, le petit qui paie la note.

A la question : " Es-tu le roi des Juifs ? ", Jésus  ne répond pas ou plutôt il répond par une autre question. Et ce ne sera que, lorsque les rois, pour se rassurer, lui posent alors la question : " Es-tu bien roi ? ", Jésus répondra : "Vous l'avez dit ". Je ne sais si tu as remarqué ce qui fait la différence des deux questions. Oui, Jésus est vraiment roi, mais il n'est le roi de personne, pas plus des juifs que des autres hommes. Jésus n'est pas possesseur de pouvoir : il n'est le propriétaire de personne.

Je suis né, je suis venu dans ce monde à l'inverse des rois qui, eux, ne naissent pas : ils rampent vers le trône, ils grimpent sur le trône. Les rois ne viennent pas davantage au monde : ils héritent de leur royaume et c'est leur royaume qui vient à eux, même dans nos supposées démocraties - tout le scénario a été bien monté, la comédie bien jouée, mais n'empêche qu'ils héritent de leur royaume. Ils deviennent propriétaire. Jamais ils ne seront serviteurs.

Avec Jésus, tout change : il ne s'agit plus d'appartenir ni au roi, ni à quiconque, pas même à Jésus. Il faut appartenir à la vérité : " Tout homme qui appartient à la vérité..." Désormais l'homme n'est plus aux mains du pouvoir des rois, des ecclésiastiques, des juges, des professeurs... Il n'appartient plus qu'à la vérité. Et la vérité, c'est se faire serviteur, c'est aimer jusque-là.

Les rois s'étaient réunis pour accuser Jésus et ils l'avaient condamné à mort, et ils avaient même réussi à mettre de leur côté la foule. Ils ont cru se débarasser de Jésus. Il est vrai que Jésus a été crucifié, mais c'est la royauté qui a été pendue à la croix et qui est morte, ce jour-là, et qui continue de mourir, tous les jours. Regarde le monde, ouvre les yeux : les pouvoirs se meurent - en langage sophistiqué ou plus philosophique, on parle de " crise de pouvoirs". Désormais le salut ne saura jamais se trouver du côté du pouvoir, il faudra se faire les serviteurs de chacun.

Aujourd'hui,
Dieu t'invite à inventer avec Jésus
une Église qui ne soit pas du côté des oppresseurs,
mais des opprimés.
De quel côté es-tu?

La vie n'est pas dans l'équilibre.
Elle passe par les rééquilibrages
des déséquilibres continuels.
C'est ça renoncer à soi,
prendre sa croix
et suivre Jésus.

Aux pharisiens qui gueulaient contre Jésus parce qu'il mangeait avec les pécheurs, parce qu'il allait vers les distants, Jésus leur dit cette parabole :

"Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : Père donne-moi la part d'héritage qui me revient. Puis il partit pour un pays lointain, gaspilla sa fortune... "

Ce texte parle sans doute de réconciliation. Mais il y a plus que cela. Il y a l'aîné et le cadet, le vieux monde et le nouveau. Le plus jeune fils a tout envoyé promener ; il est parti chercher ailleurs, peut-être parce qu'il ne trouvait pas Dieu où nous l'avions mis, parce que le visage de Dieu que nous lui montrions n'était pas celui qu'il cherchait. Il avait d'autres faims, d'autres soifs, d'autres besoins. Mais quand il revient, Dieu l'attend déjà sur le chemin. Et ce ne sera plus jamais pareil : il fait l'expérience d'un Dieu qui prend l'initiative de la réconciliation, qui entre dans une relation fraternelle, dans une relation d'alliance, dans une relation de partenaire.

Si c'était ça l'Église... un espace où l'homme et la femme de demain sont en train de naître, sont toujours en train de naître... où on respecte les différences... où on laisse choisir... où on vit le partenariat... où on éduque à la responsabilité dans une société qui fabrique des assistés... où on vit le changement, non comme une mode, mais comme une conversion à la réalité dans un entourage de caméléons qui prennent la couleur de l'air du temps et des sondages. Si c'était ça l'Église... un espace où nous apprenons que nous sommes plus grands que nos biens matériels et que notre vraie grandeur c'est quand nous savons nous mettre à genoux et prier. Rien n'est plus dangereux que la prière car elle est capable de changer l'homme et le monde.

Assis sur des mots vides,
j'attendais, j'attendais,
mais rien,
alors je me suis levé
et j'ai cherché un jour
pour pleurer, pour pleurer.

Je suis sorti dans la nuit
et au creux de ma nuit,
tu es venu, Seigneur.

Et depuis, tout est changé.
J'ai rencontré tes yeux,
ils se sont posés sur moi,
et ta lumière a brillé dans mes yeux
et mes yeux ont brillé dans la maison
et la maison a brillé dans le monde
et le monde est devenu une grande lumière.

Qu'il est beau,
l'homme qui pleure!
Et surtout quand cet homme
est Dieu.


Samedi Saint


La lumière de Pâques, c'est dans le regard des petits ou grands ressuscités de mon entourage que je l'ai d'abord vue.

C'était un dimanche matin de Pâques. Marie-Christine était tout heureuse d'accompagner sa maman pour la messe. Mais qu'elle ne fut pas sa surprise quand elle entra dans l'église d'apercevoir toujours Jésus sur la croix. Elle ne comprenait pas. Sa maman lui avait dit que Jésus était ressuscité.

«Dis maman, pourquoi on a oublié Jésus sur la croix».

Et la maman de lui dire:

« Tu sais, la croix c'est pour que tu n'oublies jamais que Dieu t'aime, que tu n'oublies jamais que Dieu a donné sa vie pour toi en Jésus de Nazareth ! La croix, ça ne signifie pas la mort. La croix, ça veut dire l'amour, ça veut dire que notre Dieu est un Dieu qui ne nous regarde pas de haut pour nous juger, nous écraser, mais un Dieu qui nous aime, un Dieu qui est venu chez-nous  rejoindre les derniers des hommes, les plus poqués, les plus exclus, les damnés, les laisser pour-compte, ceux que tous leurs frères rejettent parce qu'ils n'ont plus confiance en eux. Et puis,  notre Dieu, Il  va les rejoindre parce qu'il  veut  qu'aucun ne se perde 
-  « Aujourd'hui même tu seras avec moi en paradis. » »

C'est ça la croix. C'est un appel à chacun d'entre-nous pour aller rejoindre ceux-là qui sont brisés par la solitude. La croix, c'est l'amour et l'amour ne saurait mourir parce que l'amour ne sait que la vie, et la vie elle n'est pas au bout du monde la vie, elle n'est pas au-delà de l'horizon, elle n'est pas sur le chemin de l'ailleurs.

Malheureusement on a rétréci la vie, on l'a rétrécie à la résurrection de l'au-delà. On l'a rétrécie à Pâques mais justement Pâques vient nous dire que la résurrection c'est tous les jours, de notre vie. C'est tous les jours que nous sommes appelés à passer de la mort à la vie, « pourquoi cherchez-vous le vivant parmi les morts. » Parce que le vivant, il est là où la vie se crée, où la vie se fait, où la vie se bâtit. C'est toute la vie de Jésus qui est résurrection, ce n'est pas seulement le matin de Pâques c'est toute sa vie. Et alors, c'est comme si c'était un appel à Pâques à chacun d'entre nous pour faire éclater la vie autour de nous.

Est-ce que nous sommes des vivants,
est-ce que nous sommes ceux qui la font
surgir,
jaillir
un peu partout,
la vie ?

C'était dans une île du Pacifique. Elle était belle, merveilleuse, elle jouait avec le vent, elle rêvait avec les anges, pleine de lumière, sur son visage. Plein de sourire, sur ses lèvres.

Elle était belle comme la fiancée du cantique des cantiques, elle était elle-même fiancée, et voilà que bêtement, sournoisement, la lèpre s'est installée dans son corps. Et déjà il est trop tard, parce que la lèpre, est en train de ravager son corps comme le feu ravage les forêts. Son corps est brûlé par la lèpre. Et puis dans son pays, on ne garde pas les lépreux. On ne vit pas avec eux, alors on l'embarque sur un bateau et puis on la décharge dans une île du Pacifique, l'île Molocaï.

Elle n'a que dix-sept ans. Dix-sept ans c'est bien jeune pour rentrer dans le monde de la souffrance, soixante ans plus tard elle a soixante dix sept ans, la lèpre a continué à ravager son corps elle n'a plus de pied, elle n'a plus de mains. Son corps est ravagé. Et ce jour-là, Raoul Follereau se trouve à l'hôpital où elle se trouve. L'aumônier raconte à Follereau un peu l'histoire de cette femme et l'amène au chevet de cette femme. Alors quand il est tout près d'elle il raconte à la femme qui est Raoul Follereau... cet apôtre des lépreux, ce passionné pour que les lépreux puissent retrouver leurs droits de vivre, au milieu des autres êtres humain. Quand il a fini de parler, cette femme tourne son visage tout déformé. Elle n'a pas d'yeux, ses yeux, c'est des trous et elle dit à Follereau, « qu'est-ce que tu veux que je te chante ? » Qu'est-ce que tu veux que je te chante ? Je n'ai jamais trouvé une plus belle définition de la résurrection que celle-là.

Qu'est-ce que tu veux que je te chante?  Est-ce que c'est ça votre présence aux autres ? Est-ce que les autres vous entendent chanter, chanter votre coeur, chanter votre amour, chanter votre tendresse. C'est ça la résurrection. Ce n'est pas au bout de vie, la résurrection c'est aujourd'hui, chez nous, dans notre famille, dans nos écoles, dans notre quartier. Vous savez, l'arbre de la croix ce n'est pas un arbre triste, c'est un arbre d'amour. Cette grande croix dressée en plein coeur du monde, c'est un arbre qui casse tous les rideaux de fer du monde et toutes les murailles de Chine, c'est un arbre qui fait éclater toutes les parois de tous les tombeaux du monde en gerbes de lumière dans le petit matin de Pâques. Et je l'entends, Lui, Jésus, qui a traversé les champs de Galilée et qui avait le coeur à la fête, j'entends sa voix:

Avec mes souliers verts
et des chansons sur le toit
et des rêves d'espérance,
je suis un arbre, un arbre doré,
doré comme feu du soir,
et la lumière
mon écorce habillée d'arcs-en-ciel,
un arbre rose comme amitié
et il chante dedans mon arbre
et il danse dedans mes branches.


C'est ça notre Dieu, pas le Dieu de la mort, le Dieu de la vie, le Dieu de l'amour qui vous confie d'être les chantres et les témoins de cet amour, de cette joie, de cette fête autour de vous.

Qu'est-ce que tu veux que je te chantes ?

Un clochard s'est mis à chanter dans le fond du wagon du métro. À la station suivante, trois filles montent en riant et l'une d'elles lance au pauvre clochard sur un ton ironique et plaisantin. «Allez, chante une chanson et tu auras quelque chose! » L'homme a souri tristement. Et la fille d'insister: «Allez, chante encore; deux chansons, deux fois quelque chose! » Le clochard s'est éloigné vers l'autre bout du compartiment.

Alors, une voix s'est fait entendre, une voix ferme est montée parmi les gens dans le compartiment: «C'est beaucoup de mépris pour le malheur!» C'était une voix de femme qui s'adressait à une autre femme. La fille, un moment interloquée, renvoie avec colère l'apostrophe: «Qu'est-ce qu'elle veut celle-là ? On t'a rien demandé
à toi

Et la dame de reprendre calmement «Ce n'est pas la peine de me tutoyer, mademoiselle. J'ai simplement dit: «C'est beaucoup de mépris pour le malheur.» Essayez de comprendre ! » Dans le compartiment ce jour-là, nous avons senti qu'il se passait quelque chose de grand. Et me rappelant cet événement, je me disais: «Pâques était au rendez-vous, ce jour-là. Dieu est ressuscité, Il est vivant.»

Ils sont tous à me parler de gagner ma vie,
de gérer ma vie,
d'assurer ma vie
quand je veux juste parler de vivre.

J'ai vu l'aurore du premier jour.
Sors, il fera beau.
Voici le temps de vivre.

Justement la Résurrection c'est bien plus qu'une vie après la mort. C'est une vie pour aujourd'hui. Pas juste une vie après la mort, mais contre la mort. La Résurrection n'est pas une explication de la mort et de l'après-mort. La Résurrection c'est Quelqu'un, Dieu avec nous aujourd'hui, Dieu en Jésus de Nazareth venu vivre chaque jour la Résurrection, nous révéler que la vie a le dernier mot, si nous le voulons. La Résurrection c'est l'aventure, le combat, l'engagement du don de sa vie chaque jour, c'est recommencer l'histoire de la vie chaque matin, c'est s'atteler à la tâche de repousser toujours un peu plus les frontières de la mort. C'est l'histoire de toute la vie de Jésus, Jésus a vécu en ressuscité et c'est en le regardant que je comprends un peu mieux la Résurrection. Jésus casse les tabous, fissure les consciences trop sûres d'elles-mêmes, fait écrouler les préjugés, ébranle les pouvoirs abusifs et les institutions sclérosées. Quand Jésus partage le repas avec les pécheurs, les exclus, quand il cueille Zachée dans son arbre, il leur redonne confiance en eux. C'est ça vivre la Résurrection. Aujourd'hui c'est accueillir et redonner confiance aux rejetés de la société: les malchanceux, ceux qui ont des handicaps, ceux qui sont seuls, les clochards, les chômeurs.

Jésus touche un lépreux au grand scandale des officiels de la religion. Il touche un lépreux mais ça veut dire que Jésus, ce lépreux-là, il le fait passer de la mort à la vie. Il vient non seulement lui donner la santé, mais il vient aussi lui donner sa vie sociale parce que c'était un exclus, il n'avait même pas droit de pénétrer dans la ville. Alors Jésus, le réinsère dans la société : c'est ça la résurrection. C'est tous les jours, c'est ça la résurrection... ce sera quand nous aussi nous trouverons les moyens pour réinsérer dans la société les damnés, les exclus, les sidéens, alors que le jugement, notre jugement c'est comme un rouleau compresseur qui les écrasent, qui les montrent du doigt et qui les rejettent pour toujours. Ce n'est pas ça être chrétien. Être chrétien c'est réapprendre à les aimer réapprendre qu'ils sont aimés.

«Pouvez-vous boire à la coupe que je vais boire, recevoir le baptême dans lequel je vais être plongé» Ça veut dire : le pouvoir n'a de sens qu'exercé en solidarité avec ceux qui souffrent, qui ont mal. «Celui qui veut devenir grand sera votre serviteur. Le Fils de l'homme n'est pas venu pour être servi mais pour servir. » Et servir c'est servir la vie, servir les autres, servir la vie des autres. Servir, non pas garder pour soi, ni posséder, ni dominer. Servir c'est donner un sens à la vie, c'est être témoin du sens de la vie. Servir si c'était la réponse aux cris des blessés de la vie.

Quand Jésus demande à boire à la Samaritaine, c'est toutes les ethnies qu'il accueille. Quand Jésus dénonce les attitudes rigides et autoritaires des pharisiens, c'est contre tous ceux qui se font les juges et les propriétaires des autres, c'est contre tous les gourous du monde qu'il s'en prend. Il défend la liberté, c'est ça vivre la Résurrection.

Quand Jésus dit les béatitudes, il prend la défense de l'homme et vient dénoncer tous les bonheurs  illusoires, il écrit la charte des droits de l'homme.

Quand Jésus... et quand toi tu prends la relève à la suite de Jésus et que tu chantes la vie, Pâques s'appelle Aujourd'hui.


Le désert refleurit,
l'aurore se lève après une longue nuit.
L'eau vive jaillit du sol desséché.
Tu viens dans ce pays de l'impossible devenu possible.
Jésus le Passeur t'y attend.
Il y aura toujours à ne plus jamais t'arrêter.

La Résurrection ce n'est pas la vie après la mort. La Résurrection c'est la vie pour aujourd'hui et contre toutes les morts. C'est d'une certaine manière, chaque jour, refaire la vie, la réécrire à nouveau chaque matin. C'est tous les jours repousser toutes les morts, les barrières de toutes les morts qui nous entourent. C'est refaire la vie comme Jésus l'a refaite. C'est casser tous les tabous. C'est fissurer les consciences trop sûres. C'est ébranler les institutions sclérosées, et les pouvoirs abusifs.

Nous, chrétiens, sommes-nous attentifs aux cris de nos frères et soeurs ? Ne sommes-nous pas plutôt préoccupés de réussir à tout prix dans la vie ? C'est ça le pouvoir - le pouvoir n'a pas d'yeux, de coeur, d'émotion, il peut ignorer ou piétiner l'autre sans broncher pourvu qu'il se hisse au bout de l'échelle sociale et qu'il s'approprie l'argent, les applaudissements, les honneurs, les médailles.

Nous, chrétiens, avons-nous compris que nous avons été appelés à être les missionnaires de la vie, du goût de vivre. Notre vie, aux yeux des autres, est-elle pour eux une raison de continuer à vivre.

Est-ce que nous allons avoir peur de vivre ? Si nous l'avions rencontré pour vrai ce Jésus, nous n'aurions plus peur de Lui, nous aurions le goût de vivre, puis de communiquer ce goût de vivre aux autres.

Normand Barré

Montée Pascale
textes de l'abbé  Normand Barré