Homélie de la fête de la Sainte Famille, prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 31 décembre 2000
Je trouve intéressant que durant le temps de Noël, au moment où nous retrouvons nos familles, l'Église célèbre la fête de la Sainte Famille.
A première vue, il peut paraître difficile de prendre exemple sur la famille de Nazareth. On connaît peu de choses sur elle et les manières de vivre d'aujourd'hui sont bien différentes de celles de son temps. Au temps de Jésus, dans le village de Nazareth, le clan familial avait une grande importance et la vie en famille était facile; elle l'est beaucoup moins dans nos sociétés urbaines et industrialisées. Les mariages étaient stables. On ne parlait pas de familles éclatées et encore moins de familles reconstituées. Les membres des familles n'étaient pas séparés pour le travail, les loisirs et la vie sociale.
Ne cherchons pas dans l'Évangile ou ailleurs dans la Bible des modèles de familles et de vie familiale faits pour tous les temps et tous les pays. Dieu nous fait confiance plus que cela. Chaque époque a à inventer ses manières de vivre. Personne ne réussira son mariage et sa famille en reproduisant le modèle du temps de Jésus pas plus qu'en reproduisant celui de ses grands-parents.
Cherchons plutôt et trouvons dans les textes sacrés un Esprit, celui de Jésus. Dans la deuxième lecture saint Jean dit : « Le Père a voulu que nous soyons enfants de Dieu... Voici son commandement : avoir foi en son Fils Jésus-Christ et nous aimer les uns les autres. » C'est cela que met en pratique Marie dans l'évangile d'aujourd'hui et que nous avons à mettre en pratique.
Marie est en conflit avec son ado; il a fugué et joliment. Elle tient avec lui une conversation de sourds, à deux niveaux différents, que bien des parents connaissent trop. « Mon enfant, pourquoi nous as-tu fait cela? Vois comme nous avons souffert en te cherchant, ton père et moi » - Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père? » Marie ne comprend pas la réponse de Jésus et encore moins son attitude, mais elle a foi en son fils Jésus et elle l'aime. Elle entre dans son jeu; elle aussi est aux affaires du Père. Elle le confie au Père, comme fait Anne pour Samuel dans la première lecture. À l'Annonciation, elle avait dit : « Qu'il soit fait selon ta volonté... » Elle répète cette phrase, elle la répétera toute sa vie.
Cette page d'évangile ne nous montre pas à construire notre famille, mais elle peut nous questionner sur la confiance que nous donnons aux nôtres et la confiance que nous donnons à Jésus. Il est aux affaires du Père, et en tant qu'enfants de Dieu, nous sommes aux affaires du Père...
Elle peut nous questionner sur notre amour des nôtres, particulièrement dans les conflits. Son commandement, c'est de nous aimer les uns les autres . Les uns et les autres, ce ne sont pas les étrangers que je ne connais pas, ce n'est pas mon frère en général, c'est d'abord mon frère de sang. C'est avec lui, avec mes parents, mes enfants, ma famille, dans les situations concrètes et mêmes conflictuelles de chaque jour, que j'ai d'abord à vivre l'Évangile.
Dieu s'est incarné dans une famille. Le premier lieu de la présence de Dieu au temps de Jésus a été sa famille. Ça n'a pas changé... Le premier lieu de la présence de Dieu aujourd'hui, c'est notre famille.
Pour que Dieu vive chez nous et pour que nous vivions avec lui, il nous faut protéger, sauvegarder et entretenir nos familles. Chacun de nous a sa part à faire: grands-parents, parents, enfants, frères, soeurs... Nous n'avons à juger personne, nous avons à aimer tout le monde; nous avons à comprendre tout le monde, passer par dessus les blessures, les offenses, les bêtises... Qui va aimer nos enfants si nous ne les aimons pas? Qui va aimer nos parents si nous les aimons pas? Qui va être signe de l'amour de Dieu pour les nôtres si nous ne le sommes pas?
Nous savons très peu de choses sur la famille de Nazareth, mais nous savons que Nazareth, c'est maintenant chez nous. Jésus demeure maintenant dans notre famille, il a le visage de notre conjoint, de notre enfant, de nos parents. Puisse-t-il retrouver la compréhension et l'amour que lui ont donnés Marie et Joseph à Nazareth ... et aussi au temple de Jérusalem.
Jean-Louis Auger