Recevez ce que vous êtes ,
et devenez ce que vous recevez!
Recevez le pain de la vie
pour traverser la mort.
Recevez Celui
qui est la Vie
pour devenir des hommes vivants.
Recevez ce
que vous êtes,
et devenez ce que vous recevez!
Notre Père,
que ton nom révélé
en Jésus-Christ
soit connu par toute
la terre,
que cette terre
que tu as rêvée
pour nous
soit toujours en
devenir d'amour,
que les projets deviennent nos projets.
Et pour que nous y arrivions
donne-nous de nous engager
à partager le pain et tout l'amour
que nous avons dans le coeur,
à construire notre monde
comme maison pleine de tendresse et de pardon,
à travailler à la libération
de tous nos frères et de toutes nos soeurs de la terre,
à devenir les témoins de l'espérance
et du goût de vivre.
Réflexion pour la fête du SaintSacrement A
Jean 6, 51-58
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Les Juifs discutaient entre eux :
« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors :
« Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
Jésus vient de nourrir la foule avec cinq pains et deux poissons quand il dit dans l'Évangile d'aujourd'hui: « Je suis le pain vivant descendu du ciel; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. » Cette réflexion sur une nourriture qui peut combler en profondeur les faims des hommes peut-elle encore toucher les curs de nos contemporains dans une société post-industrielle? Ne souffrons-nous pas de trop de pains? d'une surabondance de nourritures matérielles, culturelles, techniques? Il nous arrive d'oublier l'angoissante montée de la faim des hommes. Un meilleur partage de la nourriture empêcherait les enfants de pleurer et de mourir, il ferait sourire de fierté les parents et leurs enfants, il ferait la dignité de celui et de celle qui a travaillé dur pour le gagner. Ce qui nous manque à nous ce n'est pas le pain, mais le goût du pain.
Le pain vivant descendu du ciel est un pain qui vient raviver le goût de l'Autre en nous, le goût de Dieu qui donne de la saveur à tout ce que nous vivons. Le pain - donné, partagé et qui fait vivre - devient avec Jean la chair mangée et le sang bu. Ce sont des références à la passion et à la mort qui ouvre à la vie éternelle. Jésus est le vrai pain. Il est la vie, la seule vie qui durera toujours, la vie que le Père donne. Le pain, chair et sang, est le symbole d'une nourriture qui, comme toute nourriture, devient circulation de vie, rend capable de partager, rend capable de faire vivre et de faire circuler la vie à son tour.
L'Eucharistie n'est pas un rite ésotérique et secret. Saint-Augustin disait à ceux qui allaient communier : «Recevez ce que vous êtes, et devenez ce que vous recevez! » Autrement dit, vous qui allez recevoir le corps du Christ, rappelez-vous que vous êtes, par votre baptême, membres de ce même corps. Le corps du Christ est un corps livré, donné. Ce n'est pas un corps que l'on prend, c'est un corps que l'on reçoit. Recevez le corps livré du Seigneur pour vous-mêmes vous livrer davantage! Recevez le corps de Celui qui est entré librement dans sa Passion, pour vous-mêmes entrer librement dans la dynamique du don de soi, du don de votre vie.
Recevons le corps du Seigneur pour repousser les frontières de nos petits univers! Recevons notre pain quotidien pour continuer le chemin, car nous ne pouvons pas plus stocker le pain que nous arrêter en chemin!
En acceptant sur notre main, sur notre langue un morceau du pain de vie, nous ne faisons que laisser à Dieu ressusciter en nous le goût de l'éternité, déposé au fond de nos âmes depuis toujours et pour toujours.
Serge Lefebvre