Homélie du 5ième Dimanche de Pâques prononcée à
l'église Saint-François d'Assise le 13 mai 2001 par Jean-Louis Auger
Pour justifier le peu de place qu'ils donnent à la religion, à la prière et à la pratique dominicale, des gens me disent: « Moi je n'ai pas besoin de tout cela, ma religion, c'est d'aimer mon prochain. » J'ai alors la tentation de répondre (et des fois j'y succombe) : « C'est très bien, mais est-ce que tu la pratiques bien ta religion? Qu'est-ce que tu fais pour aimer comme cela? »
Nous « nous ventons » facilement de notre charité, sous-entendant qu'elle nous est naturelle et qu'elle se vit sans effort. Ce n'est pas un commandement facile, banal, que nous a donné Jésus. Il ne nous a pas seulement demandé quelques moments de passion lorsque ça nous prend; il ne nous a pas seulement demandé d'aimer les gens aimables, de répondre de temps à temps à des demandes d'argent ou de bénévolat qu'on nous fait.
« Comme je vous ai aimé, aimez-vous les uns les autres », nous dit Jésus dans l'Évangile. Il nous demande d'aimer à sa manière. Comment a-t-il aimé? Regardons l'Évangile.
D'abord qui a-t-il aimé? Il a aimé les siens : sa mère, ses cousins, saint Jean, ses amis de Béthanie, Marie, Marthe et Lazare. Mais il a aussi aimé Marie-Madeleine, l'extravagante qui répandait du parfum sur ses pieds et qui avait très mauvaise réputation; il a aimé Zachée le pécheur, le voleur, il est allé mangé chez lui; il a aimé tous les petits, les éclopés de la vie qui lui couraient après.
Qu'a-t-il fait pour les aimer? Il les a acceptés tels qu'ils étaient. Il n'a pas exigé qu'ils soient guéris, purifiés, aseptisés ou en règle avec la religion, la coutume et les préjugés. Il s'est assis avec la Samaritaine sur le bord du puits alors que ça ne se faisait pas. Il a dit à la femme adultère qu'on allait lapider : « Je ne te condamne pas. » Ça ne se disait pas. Il a ouvert les bras à l'exclu, il a marché avec lui, il a guéri, il a pardonné, il a aimé : et ça au détriment de sa réputation et de sa vie.
Il nous demande de le suivre. « Ce qui montrera à tous les hommes que vous êtes mes disciples, c'est l'amour que vous aurez les uns pour les autres. » Les chrétiens, les vrais, ont compris.
Nous venons de vivre des événements qui feront l'histoire. Jean-Paul II, vieillard titubant, s'est rendu en Grèce qui blessée par le passé voulait à peine l'accueillir. Il a demandé pardon pour les péchés commis par les catholiques envers les orthodoxes au cours du dernier millénaire. Ça ne se faisait pas, c'était contraire aux lois de la diplomatie.
En Turquie, il est allé prier à la mosquée, chez les musulmans qui tout au cours de l'histoire ont fait des guerres « saintes» contre l'Église. Guerres qui ne sont pas finies. Pensons à ce qui se passe en Iran, en Irak, au Kosovo. Ça ne se faisait pas, c'était défendu, c'est contraire aux lois de la diplomatie.
L'an dernier, Jean-Paul II a demandé pardon aux Juifs. Ça ne s'était pas fait pas depuis Jésus. Lui avait dit : « Pardonnez-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. »
L'amour à la manière de Jésus, c'est faire ce qui ne se fait pas. C'est aller contre nature; c'est aimer au lieu de s'aimer. C'est donner quand on n'a plus rien. L'amour à la manière de Jésus se vit dans des gestes extraordinaires, prophétiques comme ceux de Jean-Paul II mais aussi dans ceux du quotidien.
Cet amour à la manière de Jésus, je le reconnais dans ces parents qui passent leur fin de semaine à courir de l'aréna au gymnase pour faire vivre à leurs enfants des activités épanouissantes ou encore qui subissent avec vertu les originalités de leurs grands ou de leurs grandes. Je le reconnais dans ces époux qui vivent des difficultés matrimoniales mais combattent, assument des reprises et des pardons. Dans ces mères que nous célébrons aujourd'hui et qui n'ont pas seulement donné la vie un jour mais la donnent tous les jours et des fois dans des souffrances bien supérieures à celles de l'accouchement.
L'amour à la manière de Jésus, don de soi, don de sa vie, n'est pas facile. On peut même dire qu'il n'est pas naturel. Il est surnaturel. Il vient de Dieu et il va à Dieu. On a besoin de Dieu pour le vivre. « Ma religion à moi, c'est d'aimer mon prochain. » C'est vrai et c'est précisément à cause de cela que je suis pratiquant. Je me nourris de la Parole de Dieu et de son Pain de Vie pour être capable d'aimer comme Jésus.