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«Le chemin d'Emmaüs: il est ressuscité!»
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Qu'est-ce que les disciples d'Emmaüs ont vécu exactement?
















Quel signe précis les disciples d'Emmaüs ont-ils reçu
de Jésus?








Nous pouvons facilement nous reconnaître dans ces deux disciples marchant sur la route d'Emmaüs déçus par les événements.















Vous n'avez donc pas compris.
Comme votre coeur est lent à croire.











Je vous enverrai mon Esprit.








Jésus a marché avec les disciples d'Emmaüs,
il leur a expliqué les écritures,
il a ouvert leur coeur.









Notre coeur n'était-il pas brûlant, tandis qu'il nous parlait?

Homélie du 3ième dimanche de Pâques
prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 14 avril 2002


Un peu plus tard, deux disciples allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades (environ onze kilomètres). Ils parlaient de tout ce qui s'était passé. Pendant qu'ils discutaient, Jésus s'approcha, et fit route avec eux. Mais leurs yeux ne pouvaient pas le reconnaître. Il leur dit :
- De quoi parlez-vous, qui vous rende aussi tristes ?

L'un des deux disciples, nommé Cléophas, lui répondit :
- Es-tu le seul habitant de Jérusalem qui ne sait pas ce qui y est arrivé ces jours-ci ?

Il répondit :
- Qu'est-il arrivé ?

Et ils lui répondirent :
- Jésus de Nazareth était un prophète puissant devant Dieu et devant tout le peuple, et les grands prêtres et nos chefs l'ont livré pour le faire condamner à mort et l'ont crucifié. Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël, mais voici déjà le troisième jour que ces choses se sont passées. Il est vrai que quelques femmes de chez nous nous ont beaucoup étonnés. Elles se sont rendues de bon matin au tombeau et n'ont pas trouvé son corps. Elles sont venues nous dire que des anges leur sont apparus et ont annoncé qu'il est vivant. Quelques-uns de ceux qui étaient avec nous sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l'avaient dit, mais lui, Jésus, ils ne l'ont pas vu.

Alors Jésus leur dit :
- O hommes sans intelligence, et dont le coeur est lent à croire tout ce qu'ont dit les prophètes ! Les Écritures l'ont dit : le Christ devait souffrir ces choses, et entrer dans sa Gloire !

Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les Écritures les passages qui parlaient de lui. Lorsqu'ils furent près du village où ils allaient, il sembla vouloir aller plus loin. Mais ils l'invitèrent, en disant :
- Reste avec nous, car le soir approche, le jour descend.

Et il entra, pour rester avec eux. Pendant qu'il était à table avec eux, il prit le pain, et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna. Alors leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent, mais, tout à coup, il disparut.

Ils se dirent :
- Est-ce que notre coeur ne brûlait pas au-dedans de nous, lorsqu'il nous parlait en chemin et nous expliquait les Écritures ?

Se levant aussitôt, ils retournèrent à Jérusalem, trouvèrent les onze disciples, et ceux qui étaient avec eux. Les onze disciples leur dirent :
- Le Seigneur est réellement ressuscité, et il est apparu à Simon Pierre !

Alors, les deux disciples racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu au moment où il avait rompu le pain.


Nous pouvons facilement nous reconnaître dans ces deux disciples marchant sur la route d'Emmaüs déçus par les événements. Nous n'avons pas vécu la mort du prophète en qui nous mettions toute notre confiance, mais que de déceptions, de frustrations, ne traînons-nous pas sur la route de notre vie.

Quand nous nous sommes mariés, tout était beau, tout était facile en avant. Parfois la vie a obscurci bien des rêves, de sorte que certains d'entre nous souffrent leurs amours, ils les vivent de peines et de misères et ils osent à peine penser en avant. Nous avions mis de grands espoirs dans nos enfants, ils étaient notre vie et voilà qu'ils ont pris des orientations bien contraires à nos espoirs sinon au bon sens. Nous nous sommes fait prêtres avec l'ambition de convertir le monde, avec l'idée de transmettre un message et une manière de vivre incontestables, avec l'amour d'une Église qui donnerait Jésus. Mais qu'est-ce que cela a donné et qu'est-ce que cela donne ?

Je pourrais continuer les exemples, en trouver de meilleurs. Point n'est nécessaire pour que chacun repense aux épreuves et aux difficultés de sa vie et ait le goût de dire à Jésus comme les disciples d'Emmaüs :
« Tu es bien le seul à ignorer les événements de ces jours-ci. »
« Vous n'avez donc pas compris. Comme votre coeur est lent à croire ! » répondrait Jésus.

Tous les textes, que nous lisons les dimanches qui suivent Pâques, nous disent, nous montrent, nous prouvent, que Jésus est ressuscité. Il est ressuscité, mais ça ne veut pas dire qu'il est redevenu vivant comme avant, de la même manière. Il est assez significatif que les disciples aient de la difficulté à le reconnaître.

Il est revenu vivant d'une autre manière pour être plus près de nous. Libéré des conditions corporelles, spatiales et terrestres, il ne vit plus au coté de nous, mais en nous là exactement où nous sommes. C'est cela qu'il a promis lorsqu'il a dit : « Je vous enverrai mon Esprit. »

N'avons-nous un comportement semblable à celui des disciples d'Emmaüs? Nous pensons avoir perdu Jésus alors qu'il marche avec nous. Nous le cherchons dans l'extraordinaire, alors qu'il vit notre ordinaire avec nous.

Regardons bien ces disciples d'Emmaüs. Avec eux, Jésus n'a pas recommencé le temps, il n'a pas réparé le désastre de sa mort, il n'a pas libéré Israël de l'occupant romain. Il a marché avec eux, il leur a expliqué les écritures, il a ouvert leur coeur. « Notre coeur n'était-il pas brûlant, tandis qu'il nous parlait ? » Assis à leur table, il a partagé le pain, il les a nourri de lui, il leur a donné son Esprit et sa force pour qu'ils continuent leur route. Il agit de la même manière avec nous. « Jésus n'est pas venu supprimer la souffrance, ni l'expliquer, il l'a rempli de sa présence », a écrit le poète Paul Claudel.

Qu'est-ce que ça change, la résurrection du Christ ? Ça change tout. Nous gardons notre maladie, notre vieillesse, notre peine d'amour, notre déception, mais nous ne sommes pas seuls pour les vivre. Nous avons un partenaire. Jésus marche avec nous. Si nous sommes  le moindrement attentifs à sa présence sur la route de notre vie, si nous lui donnons du temps pour nous expliquer les écritures, si nous partageons le pain avec lui, nous dirons-nous aussi : « Notre coeur n'était-il pas brûlant, tandis qu'il nous parlait? »

Enfin, remarquons qu'après le repas, Jésus est disparu et les disciples sont allés annoncer la Bonne Nouvelle. Il n'avait plus besoin d'être physiquement visible, il l'était par les disciples. Aujourd'hui, c'est nous qui manifestons sa présence.

Jean-Louis Auger