Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.
Ce que Jésus reproche à Thomas, c'est de ne pas lui avoir fait confiance, confiance malgré tout.
Nous aussi nous pouvons être hésitants devant les faits et les dogmes.
Heureux ceux qui croient sans avoir vu.
Oh, mon Dieu, Donne-moi un coeur nouveau,
mets en moi un coeur nouveau.
Ote de ma chair mon coeur de pierre
et donne-moi à la place un autre coeur,
un coeur de chair.
Mets en moi ton Esprit et fais que je marche selon tes lois
et que j'observe et pratique tes coutumes.
Pâques est-il pour moi une croyance ou une pratique?
Est-ce que j'ai répondu à l'appel de mon compagnon de travail en déprime?
Suis-je allé visiter ma voisine entrée à l'hôpital?
ou au moins
est-ce que j'ai pris le temps de lui parler au téléphone?
Est-ce que je suis
allé saluer la nouvelle famille qui vient d'arriver dans la maison à côté?
Homélie du 2ième dimanche de Pâques
prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 7 avril 2002.
Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étant fermées, à cause de la crainte qu'ils avaient des Juifs, Jésus vint, se présenta au milieu d'eux, et leur dit: La paix soit avec vous! Et quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent dans la joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau: La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.
Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint Esprit.Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.
Thomas, appelé Didyme, l'un des douze, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint. Les autres disciples lui dirent donc: Nous avons vu le Seigneur. Mais il leur dit: Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point.
Huit jours après, les disciples de Jésus étaient de nouveau dans la maison, et Thomas se trouvait avec eux. Jésus vint, les portes étant fermées, se présenta au milieu d'eux, et dit: La paix soit avec vous! Puis il dit à Thomas: Avance ici ton doigt, et regarde mes mains; avance aussi ta main, et mets-la dans mon côté; et ne sois pas incrédule, mais crois. Thomas lui répondit: Mon Seigneur et mon Dieu! Jésus lui dit: Parce que tu m'as vu, tu as cru. Heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru! Jésus a fait encore, en présence de ses disciples, beaucoup d'autres miracles, qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom.
Thomas était un homme honnête, réaliste. Il avait suivi Jésus parce qu'il avait pensé qu'il était le Messie, le Sauveur d'Israël. Il avait cru qu'il libérerait le peuple, qu'il vaincrait les romains, les chasserait du pays et rétablirait le royaume d'Israël. Comme le grand roi David, il serait sacré roi des Juifs. Il donnerait du pain, du lait et du beurre aux pauvres gens. En voyant le bonheur du peuple d'Israël, tous les peuples de la terre loueraient l'unique Dieu.
Et voilà que les chefs de la religion juive avaient livré Jésus aux Romains. Ceux-ci l'avaient fait mourir sur une croix comme un scélérat. Tout était fini pour Thomas. Il n'avait pas de plan B. On s'était trompé, il fallait passer à autre chose, attendre un autre messie, le vrai. Parler de résurrection, c'était bon pour les illuminés, ceux qui n'acceptaient pas l'évidence.
« Avance ton doigt ici, et vois mes mains,
avance ta main et mets-les dans mon coté :
cesse d'être incrédule, sois croyant. »
« Sois croyant en moi ». Ce que Jésus reproche à Thomas, c'est de ne pas lui avoir fait confiance, confiance malgré tout. Bien sûr que les événements étaient gros, très gros : Jésus était bien mort et enterré, on l'avait vu mourir. Mais c'était Jésus qui avait vécu ces événements. Il les avait annoncés, il avait prédit qu'il mourrait et ressusciterait. Il avait dit qu'il était le Fils de Dieu, il avait annoncé une autre sorte de Royaume. Si Thomas avait raison d'hésiter devant les faits, il n'avait pas raison d'hésiter devant Jésus. En voyant les trous dans les mains et le coté, ce n'est pas des preuves qu'il a trouvées, c'est Jésus, le Fils de Dieu, qu'il a enfin reconnu. Il se jette à genoux et s'écrit :
« Mon Seigneur et mon Dieu. »
Nous aussi nous pouvons être hésitants devant les faits : les faiblesses de notre Église, les scandales des hommes d'Église qui maintenant nous viennent du monde entier et que les médias publient avec beaucoup de complaisance. Nous sommes hésitants devant certains dogmes que nous trouvons difficiles à croire, devant des exigences morales qui nous briment et semblent irréalistes. A nous aussi aujourd'hui Jésus montre ses mains et son coté et nous invite à reconnaître son visage.
Chrétiens, disciples de Jésus, nous ne croyons pas à des choses, nous croyons en quelqu'un. L'acte de foi du chrétien n'est pas d'abord l'adhésion à un bloc de vérités plus ou moins difficiles à accepter, mais l'adhésion à quelqu'un. Croire, c'est être sûr que, même si on ne le voit pas, Jésus est avec nous. Je l'ai dit dimanche dernier, Jésus ressuscité ne nous a pas quittés. Jésus n'est pas parti s'installer au ciel, je ne sais où, il est près de nous, là exactement où nous sommes. Il est intéressé à notre vie, partie prenante de notre vie. Saint Paul dit qu'il « nous habite par son Esprit ».
« Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Cette phrase est moins un reproche à saint Thomas, qu'une louange et un encouragement à ceux qui recherchent Jésus là où il se trouve, c'est-à-dire dans leur coeur. Ce n'est pas en touchant Jésus que Thomas l'a reconnu, c'est en se mettant à genoux devant lui.
Jean-Louis Auger