Homélies...
Accueil

Homélie du 2e dimanche de Pâques prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 22 avril 2001.

L'Évangile que nous venons de lire a rendu saint Thomas tristement célèbre. Son histoire est passée dans le langage courant. Si on est le moindrement incrédule, on nous accuse d'être un saint Thomas. «Toi, il faut toujours que tu mettes les doigts dans le trou. »

Pourtant Thomas n'est pas un incrédule déraisonnable. C'est un homme intelligent, sensé. Il n'a pas été le seul à avoir des doutes. On l'a vu la semaine dernière, Marie-Madeleine, Pierre et Jean ont eu des hésitations devant le tombeau vide.

Ce n'était pas facile pour eux de croire. Ils avaient vu Jésus rejeté par les Juifs et cloué sur la croix. Il était mort et enterré, c'était fini. Ils ne pouvaient pas croire. Il fallait que Jésus leur ouvre les yeux et surtout leur ouvre le coeur. C'est ce qu'il fait dans ses apparitions. C'est ce qu'il fait  pour Thomas et il réussit très bien.

Thomas n'est pas le patron des incrédules, c'est le patron des croyants. Dans l'Évangile, c'est lui qui pose l'acte de foi le plus clair et le plus fort. En disant : « Mon Seigneur et mon Dieu », il ne reconnaît pas seulement quelqu'un du passé, un crucifié revenu à la vie, le maître qui donnait un si bel enseignement; il reconnaît Dieu lui-même présent devant lui.

Cet Évangile de Thomas nous invite à poser le même acte que lui, à dire  : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Pour nous aussi, il n'est pas nécessairement facile de croire. Nous vivons à une époque de scepticisme et de non confiance. Dans un monde où, influencé par les sciences positives, on cherche et on exige des raisons pour tout, dans un monde où on remet tout en question. Un jeune de onze ans me disait : « Moi je veux bien croire, mais il faudrait que tu me donnes des preuves. » Je lui ai répondu : « Je n'en ai pas;  moi je ne crois pas des choses, je crois en quelqu'un. Je crois que Jésus qui était mort est ressuscité. Il est aujourd'hui avec moi, il me parle dans mon coeur. »

L'acte de foi du chrétien n'est pas d'abord l'adhésion à un bloc de vérités plus ou moins difficiles à gober, mais l'adhésion à quelqu'un.  C'est être sûr, même si on ne le voit pas, que Jésus est avec nous, intéressé à notre vie, partie prenante de notre vie.


Jésus ressuscité n'est pas revenu à la vie pour s'en aller dans un autre monde, sur une autre planète par exemple; il n'est pas installé dans son ciel, au loin, m'attendant là pour me juger après ma mort. Jésus ressuscité n'est pas revenu à la vie pour être comme avant, prisonnier de l'espace et du temps. Dans l'Évangile, on le voit apparaître, disparaître, passer à travers les murs. Il vit d'une autre manière et il est près de moi, exactement là où je suis. Saint Paul dit qu'il nous habite par son Esprit.

Croire en lui,  ce n'est pas théorique, c'est pratique. C'est lui faire confiance, c'est le laisser guider notre vie, c'est le suivre, c'est vivre à sa manière en étant assurés qu'il nous conduit au bonheur dès aujourd'hui. Par trois fois dans l'Évangile de ce matin il nous dit : « La paix soit avec vous. »

L'acte de foi du chrétien suppose une rencontre personnelle de Jésus. Une rencontre voulue, recherchée, cultivée. « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Cette phrase est moins un reproche à saint Thomas qu'une louange et un encouragement à ceux qui recherchent Jésus là où il se trouve, dans leur coeur. Ce n'est pas avec les yeux du corps que l'on voit Jésus, mais avec les yeux du coeur. Ce n'est pas en touchant Jésus que Thomas l'a reconnu, mais en se mettant à genoux devant lui.

Nous ne rencontrerons  personnellement Jésus qu'en ouvrant notre coeur à sa présence, sa présence là où nous sommes : sa présence dans l'Église, dans la Parole de Dieu, dans le Pain de Vie, dans nos frères et soeurs que nous servons et que nous aimons. C'est dans notre vie de tous les jours qu'à la suite de Thomas, nous sommes invités à dire « Mon Seigneur et mon Dieu. »


Serge Lefebvre

Homélies
Soyez dans la joie! Dieu vous aime.