Homélie du jour de Pâques prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 15 avril 2001.
Des gens, beaucoup de gens, avaient cru en Jésus. Ils avaient pensé qu'il était le grand prophète, qu'il était le Messie. C'étaient, pour la plupart, des petits, des pauvres, de braves gens. Avec beaucoup de plaisir, ils l'avaient entendu dire : « Bienheureux les pauvres, le royaume des cieux est à vous... Bienheureux, vous qui pleurez, vous serez consolés... Mon royaume est déjà parmi vous ». Ils avaient mis leurs espoirs en lui; il avaient fait des rêves, de grands rêves. Un monde nouveau allait commencer.
Et ce matin-là, ils étaient déçus. Terriblement déçus. Le supposé prophète était mort. Les Juifs l'avaient tué. Ça voulait dire que rien ne changerait, que tout continuerait comme avant. Pilate imposerait avec plus de mépris encore le joug romain. Au cours du procès de Jésus, il était devenu ami avec Hérode. Ça voulait dire que Hérode le servirait et serait son homme de main. Ça serait encore pire. La religion, dans les mains de ceux qui avaient condamné Jésus, le chef des prêtres, les docteurs de la loi et les pharisiens, continuerait à être tatillonne, étroite. Elle asservirait le pauvre monde. Elle oublierait l'essentiel qu'avait enseigné Jésus: l'amour de Dieu et l'amour des frères et soeurs.
C'est sans doute à cela que pensaient les deux apôtres en courant vers le tombeau vide. « L'autre disciple, celui qui était arrivé le premier entra dans le tombeau. Il vit et il crut. » Il crut et il comprit que rien ne recommencerait comme avant.
Jean et Pierre ont tiré la vraie leçon du tombeau vide. Étaient vrais les signes qu'avait faits Jésus et que nous avons découverts en parcourant le livre de notre vie au cours du carême. C'était vrai que Dieu était un Père comme le père de l'enfant prodigue, il pardonnait. Il donnait du temps au figuier lent à produire ses fruits. Dieu disait à la femme adultère et à tous les pécheurs que nous sommes : « Je ne te condamne pas ». C'était vrai que Dieu avait envoyé son Fils sauver le monde, établir un nouveau monde, un royaume de paix et d'amour. Hérode, Pilate, les docteurs de la loi n'avaient pas le dernier mot. Ils passeraient, Jésus ne passerait pas.
Nous pouvons, nous aussi, être déçus. Déçus de Jésus, de l'Église et de la religion. Bon nombre d'entre nous ont été éduqués en un autre temps. La religion a bien évolué dans ses pratiques, dans sa morale et même, il nous semble, dans son dogme. On peut avoir l'impression de s'être trompés et, encore pire, d'avoir été trompés. Bien des gens ont quitté; ce sont nos parents, nos proches, nos voisins. Ils nous disent ou semblent nous dire.
« Vous croyez encore à cela vous autres ! » Qu'est qui reste de vrai? Avons-nous raison de tenir, de venir ici, de pratiquer le vertu, de vivre nos amours, d'être fidèles quand tout le monde semble laisser tomber? Avons-nous raison de croire?
Regardons bien le tombeau vide et tirons la leçon, la même qu'ont tirée les deux apôtres. Jésus est ressuscité; il est vivant. C'est donc vrai ce qu'il a fait, c'est donc vrai ce qu'il a dit. En sortant du tombeau Jésus a signé l'enseignement qu'il avait donné. Il a montré que la nouvelle vie, la nouvelle manière de vivre qu'il proposait était éternelle.
Ne nous laissons pas influencer par le matérialisme, l'athéisme pratique de notre temps. La réussite d'une vie humaine ne se trouve pas dans le terre à terre de l'existence terrestre, dans la possession des biens de consommation, dans la « belle vie » égoïste, la « belle job » qui prend tout le temps et use toutes les énergies. Pour réussir une vie humaine, on n'a qu'à marcher à la suite de Jésus. On n'a qu'à aimer, aimer Dieu, aimer ceux qui sont autour de nous, aimer les pauvres, les petits. On n'a qu'à dire avec Jésus : « Bienheureux vous qui avez faim et soif, bienheureux vous qui pleurez. » La réussite d'une vie humaine ne se fait qu'en construisant le royaume de Jésus.
Pâques, c'est la fête de la vie. La vie, aimons-la. Aimons-la assez pour la vivre comme Jésus dans l'amour et le service. Aimons-la assez pour l'apporter au monde. Aimons-la assez pour la vouloir éternelle.
Jean-Louis Auger
VIE AVEC DIEU ... CHEMIN AVEC DIEU
A chaque printemps, les gouvernements comme les municipalités s'intéressent à l'état des routes. Elles ont subi les rigueurs de l'hiver, elles ont souffert de la gelée, de la neige, des vents et des redoux soudains. Les élus se demandent où trouver les sous pour réparer fissures et nids de poules, pour refaire les pavages.
Nous aussi, nous pouvons nous inquiéter des chemins de nos vies. A certains moments, ils sont droits, ombragés, ensoleillés; il est facile et agréable d'avancer. A d'autres moments, ils sont tortueux, escarpés, dangereux. Eux aussi souffrent de l'usure du temps. Il peut même arriver qu'ils deviennent tout crevassés, impraticables. Nous nous demandons alors où trouver les moyens de les réparer, de les redresser et même de les refaire.
« Ma vie avec Dieu » a été le thème de notre carême cette année. Les disciples d'Emmaüs, après avoir fait une longue route avec Jésus sans le reconnaître, se disaient entre eux: «Notre coeur n'était-il pas brûlant quand nous marchions avec lui?» Sur les chemins de nos vies, n'oublions pas de nous appuyer sur celui qui nous accompagne. Laissons-le réchauffer notre coeur, réparer fissures et nids de poules. « Je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin des temps. »... « Je suis le chemin, la vérité et la vie » a dit Jésus.
Non seulement il nous accompagne, nous guide sur la route, mais il est aussi au bout du chemin. Nos routes, ardues et essoufflantes à certains jours, nous conduisent à Celui qui nous accueillera les bras grand ouverts en disant: « Venez les bénis de mon Père ». Oui, notre vie est avec Dieu, faisons chemin avec lui, faisons chemin jusqu'à lui.
A tous nos paroissiennes et paroissiens, Joyeuses Pâques, joyeuse route vers le Seigneur
Jean-Louis Auger, ptre