Le refus
du jeûne par Jésus,
son opposition constante
aux dirigeants,
ses jugements tranchants
face aux institutions
du temps
témoignent
de l'intensité
de son expérience
de Dieu.
Jésus ne peut envisager qu'une transformation radicale
des choses.
Quelle place
occupent les jeunes dans nos préoccupations?
Quel temps accordons-nous aux jeunes?
Quelle place leur laissons-nous
dans la société
et dans l'Église?
Quelle part
des richesses investissons-nous
pour la promotion
de la vie,
pour l'éducation,
pour la croissance?
Sommes-nous vraiment prêts à laisser fermenter le vin nouveau...
La communauté chrétienne est communauté
des temps nouveaux. C'est là notre identité profonde.
Sommes-nous
en cohérence
avec cette nouvelle manière d'être
et de vivre ? Sommes-nous
façonnés
par l'accueil
de cette ère nouvelle ?
C'est aujourd'hui
que nous sommes invités à la noce.
C'est aujourd'hui
que nous sommes appelés à inventer
notre vie
aux couleurs de l'Evangile.
C'est aujourd'hui
que nous avons
à semer la graine
de la Bonne Nouvelle dans les champs souterrains
de notre existence.
Alors, nous verrons
se lever des actes
et des paroles
que nous n'attendions pas,
s'ouvrir des fleurs
aux parfums oubliés, mûrir des fruits
dont nous avions
perdu le goût.
Réflexion pour le 8e dimanche ordinaire B
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 2, 18-22
Comme les disciples de Jean Baptiste et les pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus: « Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils pas, comme les disciples de Jean et ceux des pharisiens ? » Jésus répond : « Les invités de la noce pourraient-ils donc jeûner, pendant que l'Époux est avec eux ? Tant qu'ils ont l'Époux avec eux, ils ne peuvent pas jeûner. Mais un temps viendra où l'Époux leur sera enlevé : ce jour-là ils jeûneront.
Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d'étoffe neuve ; autrement la pièce neuve tire sur le vieux tissu et le déchire davantage. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement la fermentation fait éclater les outres, et l'on perd à la fois le vin et les outres. A vin nouveau, outres neuves. »
Que nous dit cette parabole ? Que nous révèle cette petite histoire apparemment anodine où il est question de noce et de jeûne, d'étoffe neuve et de vieux vêtement, de vin nouveau et de vieilles outres ? L'Évangile d'aujourd'hui veut nous faire prendre conscience que la présence de Jésus vient changer quelque chose dans nos vies, que Jésus vient apporter du neuf dans notre monde.
A l'époque où Jésus en parle, les outres permettent de transporter et conserver des liquides. L'outre est une peau de bouc en forme de sac. Avec le temps, elle a tendance à s'user, à être friable. Et comme le vin nouveau est acide, il peut crever l'outre si celle-ci a déjà été utilisée. Mieux vaut donc mettre le vin nouveau dans des outres neuves. Par ces images très parlantes, Jésus fait entendre qu'avec lui s'inaugurent des temps nouveaux. Jésus veut faire comprendre que des situations nouvelles appellent des comportements nouveaux. Le vieux vêtement et la vieille outre évoquent l'Ancien Testament, des vieux concepts, de vieux rites. Jésus est venu proposer une Nouvelle Alliance. Il ne s'agit pas de rejeter ou de mépriser le passé, mais d'entrer dans la perspective de Jésus qui veut introduire un changement radical dans nos relations avec Dieu. Oui, avec Jésus, nous entrons dans une ère nouvelle. Pour Jésus, on ne peut pas changer le monde en conservant de vieilles habitudes. Les rafistolages apparaissent dérisoires, les demi-mesures sont exclues, les compromis hors de question. Seule une société neuve pourra supporter la nouveauté de Dieu.
Dans un monde en rapide transformation, les questions surgissent de manière ininterrompue. Selon certains, le vin nouveau est "la Bonne Nouvelle", tandis que les vieilles outres sont "les vieilles structures, les vieux systèmes et les anciennes méthodes qui ont un urgent besoin d'être rénovés". Pour Jésus, on ne peut toujours pas changer le monde en conservant de vieilles habitudes. Cela signifie aujourd'hui la nécessité d'opérer des changements, voire des révolutions.
Pensons aux difficultés de notre Église actuellement. Beaucoup de croyants ont pris leurs distances par rapport à l'Église. La participation à la messe du dimanche est très faible. Nous connaissons aussi le manque de prêtres et la décroissance des communautés religieuses, des changements de structure, et beaucoup de situations qui souvent nous attristent. Notre situation n'est pas la situation rêvée. Bien sûr, l'héritage chrétien ne se transmet plus très facilement. Bien sûr, il y a moins de prêtres et de pratiquants réguliers. Bien sûr! Et on peut allonger à l'infini la liste des doléances. Le Québec est de nouveau une terre d'évangélisation.
Mais, regardons mieux ce qui se passe. Tout n'est pas négatif. Il y a énormément de bien qui se fait. On en voit les germes dans les groupes communautaires qui font souvent oeuvre d'évangélisation. Beaucoup se préoccupent des pauvres et des exclus; sous bien des formes la Bonne Nouvelle leur est annoncée. Nous sommes provoqués aujourd'hui à un dépouillement. Mais ce dépouillement est une chance pour retrouver l'essentiel, la source de l'aventure chrétienne. Une nouvelle Église pousse en dehors des Églises. Ces nouveaux groupes qui naissent ne sont-ils pas pour notre milieu l'équivalent de ce qu'ont été les communautés religieuses apostoliques au début de notre société? On la voit aussi cette nouvelle Église, pousser chez les jeunes dans l'émergence des travailleurs de rue, des comités jeunesse en milieu rural. Il faut s'ouvrir les yeux et découvrir les nouveaux missionnaires qui n'ont pas peur d'aller vers les pauvres, les exclus, les marginalisés, les alcooliques, les personnes hésitantes à accueillir une nouvelle vie, à prendre soin de la terre ou de la forêt. Notre Église a besoin de nouveaux moissonneurs pour récolter la nouvelle moisson que sont nos pauvres et nos exclus. Il nous faut des ministres de l'écoute et de la compassion, des missionnaires de la tendresse pour manifester en acte aux gens qui souffrent, que Dieu ne les a pas oubliés, qu'il est de leur côté et qu'il les sauve.
Aurons-nous le courage d'investir dans les outres neuves? Ne nous faudrait-il donc pas, nous aussi, avoir le courage de reformuler la vérité de l'Évangile pour notre temps ? Il n'est pas certain qu'il faille toujours et obligatoirement annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus à la manière de nos parents. Ne devrions-nous pas aider nos concitoyens à retrouver le sens de Dieu, de la création et de l'homme ? A quoi sert-il de faire une expérience de « salut » si celle-ci ne s'accompagne pas d'une réelle compréhension de Dieu et de l'homme ? L'exercice de l'autorité dans l'Église doit-elle nécessairement s'exercer de nos jours comme il y a quelques siècles ? Les notions de collégialité, de délégation, d'organisation en réseaux ne sont-elles pertinentes que pour le monde de l'entreprise ? Ne vaudrait-il pas mieux réfléchir sérieusement aux nouveaux moyens de communication plutôt que d'y avoir recours sans discernement ?
De quel côté sommes-nous? Du côté des disciples de Jésus qui ont accepté un enseignement nouveau ou des pharisiens qui n'ont pas compris la visite dérangeante de Dieu incarné en Jésus-Christ? L'esprit est-il en train de nous jouer des tours? Il agit là où on ne l'attendait pas ou plutôt là où il agit toujours, dans les personnes qui ont un coeur à l'écoute et plein de compassion. Osons écouter, osons témoigner, osons innover !
Serge Lefebvre
d'après diverses sources