La lèpre,
celle qui
défigure l'humanité, celle qui
gangrène le coeur humain,
la lèpre
du péché
qui fait de
tant de lieux sur la terre comme
autant d'enfers.
Jésus n'a pas besoin qu'on s'arrête
au spectaculaire,
mais qu'on descende lentement
jusqu'au mystère
de sa personne.
Le sauvetage radical qu'il propose
ne peut se comprendre qu'à la lumière
de sa mort
et de sa résurrection.
Il veut qu'on mesure
ce qu'il en coûte
de sauver l'homme
du mal et de la mort.
Le récit du miracle
est bref et sobre.
Pas d'enjolivures,
de détails piquants destinés à exalter Jésus. En un instant
la lèpre a disparu,
les doigts rongés
par la maladie
ont été restitués
à cet homme.
La guérison est instantanée et totale.
Au diable les tabous, quand il s'agit de secourir un malheureux!
L'amour incite Jésus
à devenir participant
de la lèpre
de ce lépreux,
comme il l'incite
à assumer l'impureté fondamentale des hommes,
leur péché,
et à s'en charger
pour les en délivrer. C'est cela, l'Evangile.
Tout comme Jésus
était disponible
pour ce lépreux,
il est disponible
pour vous maintenant.
Il éprouve de la compassion envers vous et il désire
vous guérir
de votre péché
si vous venez simplement
vers lui.
Réflexion pour le 6e dimanche ordinaire B
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 1, 40-45
Un lépreux vint à Jésus, se mit à genoux devant lui et lui demanda son aide en disant : "Si tu le veux, tu peux me rendre pur." Jésus fut rempli de pitié pour lui; il étendit la main, le toucha et lui déclara : "Je le veux, sois pur !" Aussitôt, la lèpre quitta cet homme et il fut pur. Puis, Jésus le renvoya immédiatement en lui parlant avec sévérité. "Écoute bien, lui dit-il, ne parle de cela à personne. Mais va te faire examiner par le prêtre, puis offre le sacrifice que Moïse a ordonné, pour prouver à tous que tu es guéri." L'homme partit, mais il se mit à raconter partout ce qui lui était arrivé. A cause de cela, Jésus ne pouvait plus se montrer dans une ville; il restait en dehors, dans des endroits isolés. Et l'on venait à lui de partout.
Saint Marc laisse aux chrétiens de Rome un document écrit de ce que leur a enseigné Pierre. Marc écrit d'une manière concise et illustre son récit de faits et d'actes et il insiste souvent sur les sentiments et émotions de Jésus. Dans l'évangile d'aujourd'hui, il poursuit le récit d'une journée-type de Jésus commencé la semaine dernière. C'est le lien entre les miracles de Jésus et l'éveil de la foi qui intéresse Marc. C'est la signification générale du miracle qui intéresse Marc: la guérison des corps vise celle des coeurs.
Lorsque Jésus rencontre une personne, il se passe toujours quelque chose. Et souvent ce qui se passe est inhabituel, différent de ce que nous imaginons, mais on trouve toujours la marque de l'amour. Ainsi en est-il de cette rencontre d'un lépreux et de Jésus parce qu'il respecte le lépreux, et veut lui montrer déjà dans la rencontre l'amour qu'il a pour lui. Un lépreux, à l'époque, était isolé des autres personnes, on mettait les lépreux à part, avec des cloches, pour que les gens qui n'avaient pas cette maladie puissent s'éloigner en entendant le son de la cloche. Jésus ne veut pas guérir de loin, comme s'il avait peur d'approcher le lépreux de trop près. Il attend que le lépreux vienne à lui, que le lépreux lui surmonte la barrière qu'il y a entre lui et les autres, ou la barrière que les bien-portants ont établi. Jésus considère le lépreux comme un autre humain à part entière, il ne le considère pas comme un paria, un homme valant moins que les autres à cause de sa maladie.
L'attitude de Jésus révèle en réalité son coeur et celui de Dieu : un coeur qui s'émeut de compassion devant les cris du coeur de l'homme, devant sa souffrance, devant sa misère, et devant l'état de péché qui est le sien. La compassion le pousse à l'action. Il touche le malade. Il touche un intouchable, un lépreux! Il ne faisait pas cela avec tous les malades qu'il guérissait. Ici, il le fait. C'est un signe. Il n'a pas peur de la lèpre et il est plus fort qu'elle. Il lui suffit de parler pour en guérir un homme, mais il accompagne la parole d'un geste riche de sens.
Jésus recommande sévèrement au lépreux de ne pas divulguer la guérison, mais d'aller chez le sacrificateur, pour confirmer la guérison comme la loi de Moïse le prescrit. L'attitude de Jésus est caractéristique. Il n'est pas venu abolir la loi, mais l'accomplir. Il est au-dessus de la loi et la transgresse en touchant le lépreux, un impur avec lequel il ne devait avoir aucun contact physique. En même temps, il se soumet à elle, en l'envoyant dans le temple. « Ne dis rien à personne ». Pourquoi cette attitude déroutante ? Jésus craint peut-être l'enthousiasme irréfléchi des foules, la suspicion des notables. Mais ne faut-il pas chercher plus loin ? Ce qui compte pour Jésus, ce n'est pas que l'on sache qu'il a guéri telle ou telle personne, mais qu'elle soit guérie, et surtout qu'elle soit sauvée. La guérison n'est pas le centre du message de Jésus. Ce n'est qu'un signe accompagnateur, un signe puissant qui montre que Jésus uni à son père est plus fort que la maladie, mais ce n'est pas son message central.
Le centre du message, c'est que Dieu m'aime vraiment, il ne me rejette pas, il m'accepte, avec ou sans la lèpre, avec ou sans tel ou tel péché, avec telle ou telle faiblesse, il m'aime, et m'offre la vie éternelle, que je peux accepter ou refuser. Qu'attendons-nous de Jésus ? De quelle lèpre désirons-nous être purifiés ? Quelle maladie intérieure ronge en nous et la santé et la sainteté ?
Dans notre existence, nous rencontrons des situations qui nous brisent. C'est peut-être la maladie, un divorce, le chômage, une situation d'exclusion, de solitude ou encore de rejet. Bien des situations nous brisent, bien des maux mettent à mal notre existence, et nous laissent sans force sur le bord du chemin. Demandons la grâce de la conversion.
N'oublions pas tous les « lépreux » devant notre porte, tous ceux qui sont humiliés, méprisés, bafoués, maudits. Nous sommes appelés à faire tomber les barrières que dressent les hommes, les fossés de dégoût, de répulsion, de mépris, de peur et d'agressivité qu'ils creusent si souvent. Appelés à accueillir tout croyant comme un frère, à lutter contre toute discrimination raciale, linguistique, sociale, culturelle ou autre. A faire passer l'amour avant les règles, surtout quand elles concernent l'extérieur. A être ouverts à tous, accueillants pour tous. Aimer et aider comme Jésus. En un mot, être des signes de son amour.
Laissons l'amour en nous être le plus fort, en découvrant que « tout homme est un frère, que toute femme est une soeur.»
Serge Lefebvre
d'après diverses sources