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Homélie du 6e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 11 février 2001


Il y a quelque temps, je magasinais pour trouver un numéro de revue qui manquait à ma collection. C'était la quatrième librairie que je visitais. La personne qui me servait est partie voir si elle l'avait et est revenue avec un grand sourire  et ma revue dans les mains. Elle m'a dit : « Vous êtes chanceux que je sois là, parce ce que c'est le seul exemplaire que nous avons et je suis la seule personne qui pouvait le trouver. »

« Vous êtes chanceux que je sois là. » Dans l'Évangile d'aujourd'hui, c'est cela que dit Jésus aux gens qui sont devant lui. Ces gens sont des pauvres, de vrais pauvres, des gens qui ont faim dans leur corps, qui pleurent leur souffrance, qui sont malades, boiteux, aveugles, lépreux... Ces gens que nous voyons continuellement courir après Jésus dans l'Évangile. Jésus ne leur dit pas : « Vous êtes chanceux d'être comme cela. Dieu aime vous voir misérables. Vous allez rester comme cela. Arrangez-vous pour rester comme cela. » Ils ne l'auraient accepté; ils seraient partis ou lui auraient lancé des roches.

Jésus ne leur dit pas non plus : « Ne vous en faites pas, votre bonheur vous l'aurez après votre mort. Vous souffrez aujourd'hui pour payer un bonheur plus grand dans un autre monde. Plus vous vous faites souffrir, plus votre bonheur sera grand. »  Il a déjà existé une spiritualité qui allait un peu dans ce sens. C'est aberrant. Dieu n'a que faire de notre souffrance, elle lui fait mal comme la souffrance d'un enfant fait mal à ses parents. L'acceptation de notre vie est méritoire, mais nos souffrances, nos peines, nos malheurs ne sont pas des monnaies d'échange pour avoir le bonheur éternel.

Jésus dit aux gens qui sont devant lui, et à nous aujourd'hui : « Vous qui pleurez, qui souffrez, qui êtes malades, heureux êtes-vous, parce que je suis là et que j'apporte une réponse, un soulagement à votre misère. Et je ne suis pas seul. D'autres me suivent et me suivront; ils sont mes disciples et eux aussi viendront à votre aide. Ensemble, nous construirons un monde nouveau, mon royaume. » Ce sont là les béatitudes.

Nous célébrons aujourd'hui la journée mondiale des malades. Je sais que certains parmi nous vivent avec des personnes limitées pas la maladie ou la vieillesse, accompagnent des personnes handicapées, soutiennent un proche ou un enfant qui ne peut aucunement vivre par lui-même. Ils redisent par leur vie le « bienheureux » de Jésus.

En septembre dernier, environ quarante personnes ont participé, ici au sous-sol de l'église, à une session d'une dizaine de rencontres pour se donner une compétence dans l'accompagnement spirituelle des malades. Ils veulent dire le « bienheureux » de Jésus.

Les agentes de pastorale et moi-même avons écrit une lettre aux malades dans le Lien fraternel. Nous vous demandons de l'apporter et de la faire lire à vos malades. Mais cette lettre, nous en sommes conscients, ne sera que des mots si vous n'êtes pas là et s'il n'y a personne pour dire à vos malades « bienheureux ».

Le problème avec les malades c'est quand ils ne cessent pas d'être malades, et avec les vieux c'est quand ils  ne cessent pas d'être vieux. Comme le problème avec les pauvres c'est quand ils ne cessent pas d'être pauvres. Trop de malades sont esseulés, sinon abandonnés dans des centres d'accueil, les hôpitaux et même dans leur résidence. Cette situation doit nous préoccuper, comme doit nous préoccuper la qualité des soins hospitaliers. Le Pape a institué cette journée des malades en la fête de Notre-Dame de Lourdes pour que les béatitudes soient vécues, pour que nous disions aux malades et aux éclopés qui nous entourent :
« Bienheureux vous les pauvres, vous qui pleurez, vous qui souffrez parce que je suis là et que par moi Jésus est présent. »


Jean-Louis Auger
Homélies
Heureux, vous qui avez faim maintenant: vous serez rassasiés,
Luc 6-21