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« Le Dieu des vivants»


Qu'est-ce qui pousse les Sadducéens à engager cette controverse avec Jésus ? Leur rivalité avec les Pharisiens, qui croient en la résurrection, mais aussi une lecture au pied de ta lettre des lois de Moïse, une idée bien faible de ce que serait une vie ressuscitée et le plaisir de poser un piège.












Jésus nous rappelle que notre vie terrestre ne se termine pas comme un cul-de-sac.















Avant la mort et après la mort, c'est la même personne qui vit, même si sa vie se déroule comme en deux temps et sous deux modes tellement différents que la vie d'ici-bas ne peut pas nous indiquer clairement ce que sera la vie dans l'au-delà.






















Jésus nous parle d'être jugés dignes... Cela signifie que nous pouvons déjà vivre sur la terre un peu comme nous vivrons après la mort, que nous pouvons déjà être un peu semblables aux anges: serviteurs de Dieu, fils de Dieu, «envoyés» de Dieu (le mot «ange» signifie «envoyé»).



Réflexion pour le 32e dimanche du Temps Ordinaire C


Les sadducéens ne cherchaient pas à connaître la vérité au sujet de la résurrection: ils n'y croyaient pas. Ils voulaient plutôt confondre les pharisiens, qui, eux, au temps de Jésus, admettaient cette théorie comme un dogme, mais s'en faisaient, comme nous souvent, une idée plutôt naïve. Ils voulaient surtout embêter Jésus, dont l'autorité devenait passablement menaçante. Voilà pourquoi la petite histoire qu'ils imaginent semble un peu farfelue: ils «charrient», dirait-on aujourd'hui, comme nous le faisons nous-mêmes lorsque nous voulons absolument avoir raison d'un interlocuteur!

Jésus ne va pourtant pas se fâcher. Il saisit plutôt l'occasion pour donner un enseignement très important sur la résurrection, une idée tellement neuve dans l'histoire du peuple juif...

Jésus affirme clairement le fait de la résurrection. Jésus s'appuie sur un texte que tous les Juifs, sans aucune exception, reconnaissent comme venant de Dieu lui-même: un texte du Pentateuque, et plus particulièrement de l'Exode. C'est le passage où Dieu révèle son nom à Moïse en disant: Celui qui m'a envoyé vers vous, c'est Yahvé, c'est LE SEIGNEUR, le Dieu de vos pères, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob (Exode 3, 15).

Jésus veut dire: «Si votre Dieu est le Dieu de Moïse, qui est bien vivant sur la terre à l'époque du buisson ardent, et aussi le Dieu d'Abraham, qui a pourtant vécu six cents ans avant Moïse, c'est qu'Abraham continue de vivre après sa mort: autrement, Yahvé serait le Dieu de quelqu'un qui n'existe plus! Or, il n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants; tous vivent en effet pour lui (Luc 20, 38). Presque par définition, Dieu, c'est celui pour qui on vit. Alors, si Yahvé est le Dieu de Moïse, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, c'est que ceux-ci vivent encore pour lui.

Et nous, aujourd'hui, nous pouvons en conclure avec certitude que, dès le moment de la mort, il y a déjà une certaine forme de participation à la résurrection. Comme chrétien, je n'affirme pas cela parce que je l'ai appris dans le Credo, encore moins parce que j'ai peur de la mort et que je n'ose pas la regarder en face. Comme chrétien, j'affirme cela parce que je fais confiance à Jésus; et c'est cette foi en Jésus qui devrait orienter toute ma vie, de même qu'elle devrait m'aider à accepter la mort.

Ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection ne peuvent plus mourir   ... (Luc 20, 35a-36).

Ces paroles de Jésus, on les oublie probablement, lorsqu'on prétend que la théorie de la réincarnation serait parfaitement conciliable avec le dogme de la résurrection. Bien sûr, la vie que nous vivons sur terre peut être très belle, puisqu'elle nous vient de Dieu; mais ce n'est pas mon amour de la vie qui peut me renseigner le plus sûrement sur la résurrection, c'est Jésus! Et Jésus me dit que la vie après la mort est une vie encore plus parfaite que celle que je connais parfaitement: une fois ressuscité, je ne mourrai plus.

Jésus élève le niveau du débat: on ne peut imaginer « ce monde- là » comme une simple continuation de « ce monde-ci ». N'en concluons pas que les liens d'amour privilégiés cesseront car, dans les corps des ressuscités, leur histoire sera transfigurée. Mais l'amour de Dieu les comblera au point de leur faire aimer tous tes êtres avec une qualité que cette vie terrestre, limitée dans le temps et l'espace, ne permet qu'avec quelques-uns. « Ils sont pareils aux anges » : Jésus n'exprime pas un mépris du corps, il souligne l'immortalité. « Ne plus prendre femme ou mari » signifie que les ressuscités ne sont plus des êtres de besoin mais de plénitude. « Ils sont fils de Dieu »: admirons cette certitude de Jésus. Il a l'expérience que son Père est un Dieu qui comble et, avec un « instinct » très sûr, il va droit à un texte essentiel de la Révélation : quand le Dieu de la Vie se lie de destin avec des êtres mortels comme Abraham, Isaac et Jacob, ce n'est pas pour les abandonner à la mort, mais en faire des vivants.


Les enfants de ce monde se marient. Mais ceux qui ont été jugés dignes d'avoir part au monde à venir et à la résurrection d'entre les morts ne se marient pas, car ils ne peuvent plus mourir: ils sont semblables aux anges, ils sont fils de Dieu, en étant héritiers de la résurrection (Luc 20, 35-36).

Une fois ressuscité, je ne mourrai plus... et je ne ressentirai plus, par conséquent, le besoin de me prolonger dans des enfants. En comparant la vie après la mort à celle des anges, Jésus prend ici un risque... parce que nous l'aimons, notre vie humaine! Nous avons peut-être pensé à des esprits sans corps ou à des créatures ailées comme sur les images pieuses, et nous ne sommes pas loin de nous demander ce que les anges peuvent trouver de savoureux dans leur vie, fût-elle éternelle! Je pense que Jésus veut seulement nous enseigner que la vie après la mort sera radicalement différente de celle que nous vivons présentement. Nous reconnaîtrons-nous? Comment communiquerons-nous avec ceux que nous aimons? Serons-nous rajeunis? Que ferons-nous? Pas de réponse claire dans les paroles de Jésus. Celui-ci ne désire pas satisfaire avant tout notre curiosité mais nous inviter plutôt à faire confiance à la bonté de son Père. Aurait-il voulu nous renseigner davantage, d'ailleurs, qu'il ne l'aurait probablement pas pu sans miracle: les expériences que nous vivons sur terre n'ont pas assez de similitude avec celles que nous connaîtrons dans l'au-delà...

La résurrection n'est pas la ré-animation d'un cadavre ou la reprise des molécules du corps qui aura été le nôtre ici-bas. Mais c'est l'entrée dans une vie nouvelle désormais sans mort et débarrassée de tout ce qui y mène. La résurrection de la chair, c'est donc la résurrection de l'être humain tout entier, et précisément dans ce qui le fait humain, c'est-à-dire sa capacité de relations. La résurrection de la chair est l'expression du caractère sacré de la totalité de la personne humaine, corps et âme.

L'enseignement de Jésus peut  nous rendre un très grand service aujourd'hui, puisqu'il nous invite à renouveler notre foi en lui et l'espérance que cette foi fait naître.



d'après un texte de l'abbé Léon Brillon