Le prophète Élie
partit pour Sarepta, et il parvint
à l'entrée
de la ville.
Une veuve
ramassait du bois ;
il l'appela et lui dit :
« Veux-tu me puiser, avec ta cruche,
un peu d'eau
pour que je boive ? »
Elle alla en puiser.
Il lui dit encore :
« Apporte-moi
aussi
un morceau
de pain. »
Elle répondit :
« Je le jure
par la vie du Seigneur ton Dieu : je n'ai pas de pain. J'ai seulement,
dans une jarre,
une poignée
de farine,
et un peu d'huile
dans un vase.
Je ramasse deux morceaux de bois,
je rentre préparer pour moi
et pour mon fils
ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »
Élie lui dit alors :
« N'aie pas peur,
va,
fais ce que tu as dit. Mais d'abord cuis-moi
un petit pain
et apporte-le moi, ensuite tu feras
du pain pour toi
et ton fils.
Car ainsi parle
le Seigneur,
Dieu d'Israël :
Jarre de farine
point ne s'épuisera,
vase d'huile
point ne se videra,
jusqu'au jour
où le Seigneur
donnera la pluie pour arroser
la terre. »
La femme alla faire ce qu'Élie lui avait demandé,
et longtemps,
le prophète, elle-même
et son fils eurent à manger.
Et la jarre de farine ne s'épuisa pas,
et le vase d'huile
ne se vida pas,
ainsi que le Seigneur l'avait annoncé
par la bouche d'Élie.
Réflexion pour le 32e dimanche ordinaire B
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 12, 38-44
Dans son enseignement, il [Jésus] disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus sévèrement condamnés. »
Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes. Jésus s'adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
La semaine dernière Jésus répondait à une question d'un scribe. Cette semaine il dit à ses disciples de se méfier d'eux car leur comportement est souvent à l'opposé de ce que Jésus attend de ceux qui le suivent. Jésus voit plus loin que les seules apparences. Il ne vise pas tous les scribes, et encore moins tous les Juifs, dans ses dures paroles de condamnation. Il s'attaque à des situations particulières, à des situations que tous nous vivons. Jésus critique ainsi ceux qui détiennent le pouvoir et l'utilisent à leur profit. C'est une tentation pour tous ceux qui exercent une autorité. D'une part, ils peuvent rechercher la gloire et les honneurs en s'attribuant partout les premières places. Ensuite, ils peuvent exploiter ceux qui font appel à eux en toute confiance.
La principale différence entre l'obole de la veuve et celles des autres n'est pas du tout la somme donnée mais le sens de son don. Les veuves de l'époque étaient laissées à elles-mêmes, comme la veuve de Sarepta. La femme pauvre de cet Évangile donne ce qu'elle a pour vivre, son «nécessaire». D'une certaine façon elle donne sa vie. Souvent nous donnons parce que cela fait partie d'une bonne vie en société, par convention, ou par intérêt. La veuve, elle, donne tout. Elle refuse la fatalité de sa misère. Puisque de toute façon elle n'a plus rien, inutile de garder ce rien, autant en faire quelque chose. Elle retrouve ainsi sa vraie liberté. Par son don, elle n'est plus une pauvre veuve mais elle devient l'égale de celui qui donnerait toute sa fortune. Le jeune homme riche avait reculé devant le don mais pas la veuve. Elle est sortie de la logique des contrats, des sacrifices pour la bonne conscience ou le prestige.
En chacun de nous se mêlent l'attitude du scribe et celle de la veuve. D'un côté, la recherche de possessions toujours plus grandes pour soi à travers les honneurs et la richesse. De l'autre, le don humble et gratuit de soi-même. D'un côté encore, sa mise en valeur dans le détournement du sens de la prière et de la piété. De l'autre, l'ouverture au partage et à la solidarité d'un coeur qui traduit en acte sa capacité de don. Il nous faut, nous aussi donner ce que nous avons de plus précieux et c'est souvent donner de notre temps. Ne nous laissons pas décourager par l'ampleur de la tâche et la faiblesse de nos moyens. Depuis les origines, Dieu ne cesse de nous montrer qu'il est capable de faire des merveilles avec peu de choses :
- son souffle sur un peu de terre et voici l'homme à son image
et à sa ressemblance,
- sa présence amoureuse au coeur de la pauvreté offerte et voici la vie, 
- sa bénédiction sur du pain et des poissons et voici la profusion,
- sa parole sur du pain et du vin et voici son corps et son sang,
- son pardon sur nos péchés et voici la joie et la paix.
Depuis les origines, Dieu désire continuer son oeuvre, mais il ne veut pas la continuer sans nous. Il ne demande pas grand chose, il souhaite seulement que chacun lui apporte le " vrai " de son être, de sa personne.
Que donnons-nous : des choses ? des gestes ? notre coeur ?
Que donnons-nous?
C'est là la question fondamentale, la pierre de touche de notre pauvreté réelle sur laquelle et avec laquelle Dieu peut tout construire ou transformer.
Serge Lefebvre