Homélie du 31e dimanche du Temps Ordinaire prononcée
à l'église Saint-François d'Assise le 4novembre 2001
Zachée voulait voir Jésus. Il n'était pas seulement petit de taille, il était petit dans tous les sens du mot. C'était un collecteur d'impôts, donc un collaborateur des Romains. Il prenait l'argent de ses concitoyens et le remettait à l'occupant. Pour cela, il était payé grassement. Il était riche dit le texte.
Zaché avait le coeur lourd, il n'était pas fier de lui. Il voulait voir Jésus et il est monté dans l'arbre qui l'a rendu célèbre. Jésus l'a regardé, l'a regardé longuement jusque dans le fond de son coeur. Il n'a pas vu sa laideur, il a vu la beauté cachée dans son coeur.
« Descends vite : aujourd'hui il faut que j'aille demeurer chez toi. » Zachée est allé vite dresser sa table, tuer son veau gras, sortir son vin, mais la rencontre ne s'est pas limitée à une joyeuse fête. Les pharisiens n'ont rien compris. C'est dans le coeur de Zachée que Jésus est allé demeurer. « Le salut est arrivé dans cette maison. » lisons-nous dans l'évangile. La vie de Zachée a été bouleversée. Il déparle quasiment.
Il dit : « Je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, si j'ai fait du tort à quelqu'un, je vais lui rendre quatre fois plus. » Il va manquer d'argent, il a volé tout le monde. Mais il n'est plus laid, il nous est devenu sympathique. Il est l'un des personnages que préfèrent les enfants à l'école. Parce que Zachée a ouvert son coeur, parce que Jésus y est entré, la laideur a fait place à la beauté, la tristesse à la joie.
Nous pouvons facilement nous identifier à Zachée, nous approprier son parcours. Comme lui, nous sommes des riches, riches de talents, de pouvoirs, de biens. Comme lui, nous pouvons être des collaborateurs de pouvoirs et d'entreprises étrangères sinon opposés aux valeurs de Jésus. La triste guerre qu'il nous faut faire au terrorisme devrait nous questionner sur nos attitudes passées et présentes vis-à-vis le tiers-monde et en particuliers le monde islamique. Nous n'avons pas les mains nettes et il faudrait que nos hommes politiques en soient conscients. Il en est de même pour notre vie individuelle. Nous ne sommes pas nécessairement beau, nous avons tous nos laideurs et nos petitesses; nous vivons mal selon l'Esprit de Jésus.
Nous pouvons nous cacher de lui, de peur qu'il nous dérange, ignorer son passage sur nos routes. C'est ce que des gens à Jéricho ont fait. C'est ce que des gens chez nous font. Nous pouvons aussi comme Zachée monter dans notre arbre et laisser Jésus nous regarder jusque dans le fond de notre cur et nous interpeller. Ça suppose que nous lui donnions du temps, que nous le prions, que nous méditions son évangile, que nous nous nourrissions de lui comme nous faisons ce matin. Ça implique que nous le laissions influencer notre vie, notre vie personnelle mais aussi notre vie sociale et politique.
Nous ne pouvons pas monter dans notre arbre sans entendre Jésus dire : « Je veux demeurer chez toi » et le voir bouleverser notre vie. Avec Jésus, il n'y a pas de demi-mesure, sa présence est nécessairement dérangeante. Mais, Zachée en est témoin, elle apporte la joie.
Jean-Louis Auger