Homélies...
Accueil
Homélies
«Confiance, lève-toi ; il t'appelle »


En effet,
le grand prêtre
est toujours pris parmi les hommes,
et chargé d'intervenir en faveur
des hommes
dans leurs relations avec Dieu ;
il doit offrir
des dons et
des sacrifices
pour les péchés.
Il est en mesure
de comprendre
ceux qui pèchent
par ignorance
ou par égarement, car il est,
lui aussi,
rempli de faiblesse ;  et, à cause
de cette faiblesse,
il doit offrir
des sacrifices
pour
ses propres péchés comme
pour ceux du peuple.
On ne s'attribue pas cet honneur
à soi-même,
on le reçoit
par appel de Dieu, comme Aaron.
Il en est
bien ainsi
pour le Christ : quand il
est devenu
grand prêtre,
ce n'est pas
lui-même
qui s'est donné
cette gloire ;
il l'a reçue
de Dieu,
qui lui a dit :
Tu es mon Fils,
moi, aujourd'hui,
je t'ai engendré,
et qui déclare
dans un autre psaume :
Tu es prêtre
pour toujours
selon le sacerdoce
de Melkisédek.


Un autre récit d'aveuglement
Un soir,
dans une petite chambre,
trois étaient à table. L'un d'eux
s'était approché
des deux compagnons
dans la tristesse,
et avait fait brûler leur coeur,
en leur parlant
dans toutes les Écritures
des choses qui
Le regardent.
Mais leurs yeux étaient retenus :
ils ne s'étaient pas rendu compte que Jésus Lui-même
avait marché
avec eux.
À table,
Il prend le pain
et bénit,
le rompt et le leur distribue, «et leurs yeux furent ouverts, et ils
le reconnurent !» (Luc 24:31).

Réflexion pour le 30e dimanche ordinaire B

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc  10, 46-52

Jésus et ses disciples arrivent à Jéricho. Et tandis que Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une foule nombreuse, un mendiant aveugle, Bartimée, le fils de Timée, était assis au bord de la route. Apprenant que c'était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi ! »  Beaucoup de gens l'interpellaient vivement pour le faire taire, mais il criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! »  Jésus s'arrête et dit : « Appelez-le. » On appelle donc l'aveugle, et on lui dit : « Confiance, lève-toi ; il t'appelle. »  L'aveugle jeta son manteau, bondit et courut vers Jésus. Jésus lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ?  Rabbouni, que je voie. »  Et Jésus lui dit : « Va, ta foi t'a sauvé. » Aussitôt l'homme se mit à voir, et il suivait Jésus sur la route. 

Il est un peu surprenant que l'aveugle Bartimée jette son manteau, qu'il bondisse et qu'il court vers Jésus. Qu'est-ce que l'évangile veut bien nous dire? Cet aveugle ne représente pas seulement un homme privé de l'usage de ses yeux. Il représente aussi les hommes qui ne savent pas voir ou qui ne veulent pas voir. Cet épisode est à mettre en relation avec la demande de Jacques et de Jean, qui précède immédiatement dans le texte (voir la semaine dernière). Les deux disciples n'ont pas entendu, ou n'ont pas voulu entendre, le message de Jésus. Surdité, aveuglement, c'est tout un. Une foule d'aveugles, dont Jacques et Jean, dans l'évangile précédent, sont des exemples et dont Bartimée est le symbole.  Nous devons nous demander en quoi nous sommes aveugles devant les chemins d'amour  que nous propose Dieu.

Prenons le temps d'entrer dans le cheminement de Bartimée en reconnaissant que nous sommes aveugles. Reconnaître ce qui nous fait souffrir, ce n'est pas si facile. On nie sa souffrance ; c'est une phase de dénégation. Il faut du courage pour reconnaître ses aveuglements. Parfois dans un couple, les choses se dégradent, mais l'un d'eux ou les deux continuent à affirmer que tout va bien. On reste dans une situation de souffrance qu'on ne s'avoue pas.

Prenons le temps d'entrer dans le cheminement de Bartimée en reconnaissant que nous nous taisons souvent par crainte de faire peser nos histoires sur les autres. C'est finalement le problème de notre monde, de notre siècle : nous devrions transformer le monde  avec notre science, notre technique, mais le XXIe siècle comporte  comme les siècles précédents ses guerres, ses génocides.  Un monde d'orgueil et de suffisance est en chacun de nous : « Je vais tâcher de me débrouiller seul». Y a-t-il quelque chose d'humiliant à penser que le Seigneur a besoin des autres pour nous aider ? Il nous dit : acceptes-tu de l'aide ?

Prenons le temps d'entrer dans le cheminement de Bartimée en reconnaissant qu'il y a bien des choses aujourd'hui pour lesquelles nous ne voyons pas clair : le conflit entre juifs et palestiniens; les mécanismes qui font grandir l'écart en riches et pauvres, les violences. Nous sommes tous des aveugles sur le chemin de la vie. Nous voulons voir, nous voulons comprendre, nous voulons rencontrer quelqu'un qui donnera un sens à notre vie et nous voulons le suivre sur la route qui nous mènera au bonheur véritable.

Le cri de Bartimée n'est pas seulement de douleur, mais aussi de confiance: dans la foule, un coeur est touché et quelqu'un s'arrête. Jésus prend le temps d'entendre et de voir, d'aimer et de guérir. À l'appel de Jésus, Bartimée jette son manteau. Il se dépouille de ce qui pourrait le retenir. Il ose ce que le jeune homme riche n'a pas eu le courage de faire : tout quitter. Il bondit, il saute sur ses pieds : il redevient donc un homme debout, restauré dans sa dignité d'image et de fils de Dieu. Il court vers Jésus comme vers celui qui le guérit mais aussi comme vers celui qu'il veut suivre désormais, Jésus  qui est notre chemin, notre vérité et notre vie. Bartimée ne peut plus rester au bord du chemin, car  il a rencontré Jésus personnellement.

Jésus guérit aussi la foule de la cécité de son indifférence, de l'aveuglement de son égoïsme.  Y voir clair et suivre Jésus peut servir à définir toute la vie chrétienne. Comme la foule de cet évangile, nous sommes en chemin, pas encore au bout de notre route.  Lorsque nous ne voyons pas clair dans notre vie, ou dans les problèmes de notre monde, nous pouvons " crier " vers le Dieu de Jésus-Christ. Il nous donnera l'espérance active qui faisait bondir Bartimée. Cette  espérance nous mettra en chemin avec d'autres, chrétiens ou non, qui cherchent à voir, à comprendre, à agir.

Souvenons-vous de Bartimée qui continue à crier pour que sa vue lui soit rendue. Souvenons-nous-en et persévérons dans l'action. Pour lui, Dieu n'a pas été une simple parenthèse. Une fois obtenue la délivrance, il a reconnu Jésus de ses lèvres et de sa vie. Il suivrait Jésus. Toute sa vie était transformée : ses orientations, ses buts et ses objectifs étaient entièrement nouveaux, différents. Pour nous, c'est pareil.  C'est sans doute cela suivre Jésus sur la route!

Comme l'aveugle Bartimée, ayons confiance bondissons à l'appel de Jésus. A chacun nous est dit aujourd'hui : " Confiance, lève-toi ; il t'appelle ".

 
Serge Lefebvre