Homélie du 2e dimanche du Temps Ordinaire prononcée
à l'église Saint-François d'Assise le 20 janvier 2002
Comme Jean Baptiste voyait Jésus venir vers lui, il dit. «Voici l'Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde; c'est de lui que j'ai dit: Derrière moi vient un homme qui a sa place devant moi, car avant moi il était. Je ne le connaissais pas; mais, si je suis venu baptiser dans l'eau, c'est pour qu'il soit manifesté au peuple d'Israël.»
Alors Jean rendit ce témoignage- «J'ai vu l'Esprit descendre du ciel comme une colombe et demeurer sur lui. Je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau m'a dit: « L'homme sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui-là qui baptise dans l'Esprit Saint. » Oui, j'ai vu, et je rends ce témoignage: c'est lui le Fils de Dieu.»
Par deux fois, dans le court texte que nous venons de lire, Jean Baptiste dit qu'il ne connaissait pas Jésus. Pourtant il était son cousin; il avait sans doute été élevé avec lui, avait joué avec lui. On pense même que durant un certain temps, Jésus l'avait suivi au désert. Jean Baptiste avait côtoyé Jésus, mais il ne le connaissait pas. Il ne savait pas que son cousin était le Fils de Dieu, l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. C'est l'Esprit descendu du ciel qui le lui a révélé.
Dans chacune de nos messes, plusieurs fois nous prions Jésus en l'appelant l'Agneau de Dieu. Ça ne nous dit peut-être pas grand-chose, mais ça disait beaucoup aux auditeurs juifs de Jean-Baptiste.
L'agneau leur rappelait la libération d'Égypte. Avant de fuir le pharaon et son armée, leurs pères, à la demande de Dieu, avaient tué et mangé un agneau. Ils avaient marqué de son sang les linteaux de leurs portes pour que l'ange exterminateur les épargne. A chaque Pâque, les Juifs refaisaient ces gestes pour célébrer leur libération, leur libération passée mais aussi leur libération future.
L'agneau était aussi l'animal que les prêtres immolaient fréquemment dans le temple en expiation des péchés. Dans la théologie juive, il était le symbole de l'innocence. C'était un animal pur qu'on offrait en sacrifice croyant qu'il apportait le pardon des péchés.
En voyant Jésus présenté comme l'Agneau de Dieu, les Juifs comprenaient la différence qu'il y avait entre le baptême dans l'eau de Jean Baptiste et le baptême dans l'Esprit de Jésus.
Je l'ai dit la semaine dernière, ceux qui se faisaient baptiser par Jean Baptiste vivaient un baptême de conversion. Ils le suivaient au désert, s'engageaient à combattre le mal et à expier leurs péchés. Ils espéraient, sans en être jamais sûrs, en faire assez pour gagner le pardon de Dieu. Ceux qui reçoivent le baptême de Jésus n'ont rien à expier, n'ont rien à gagner. Jésus, le Fils du Père, est l'Agneau de Dieu. C'est lui qui une fois pour toutes a expié pour nos péchés, une fois pour toutes nous a gagné le pardon.
Il y a quelques années, j'ai vécu un événement très particulier qui m'a beaucoup marqué. Dans les années 80, j'ai été mêlé de très près au parrainage des familles laotiennes qui devaient fuir leur pays. C'était l'époque des « boat people » Le père de la dernière famille accueillie, après trois mois au pays, est tombé malade. On a décelé un cancer et il était mourant. Mes amis laotiens, qui étaient tous bouddhistes, ont demandé qu'en tant que prêtre catholique, je rencontre le mourant pour sa conscience ont-ils dit. Nous n'avions pas beaucoup parlé religion avec eux, mais le contact qu'ils avaient avec nous, les avait convaincu que nous avions une réponse unique aux problèmes du péché et de la mort. Je me demande s'ils n'avaient pas une plus grande foi que certains catholiques.
J'ai évidemment répondu à leur demande et je me suis rendu auprès du malade. Il ne pouvait pas parler, mais il m'entendait et comprenait très bien le français. Je lui ai dit ma foi. Je lui ai dit que Jésus était le Sauveur. Qu'il était venu expier les péchés et apporter le pardon de Dieu. Qu'il était venu pour tout le monde, donc pour lui aussi. Qu'il l'attendait au ciel pour le conduire au Père. Je lui ai aussi dit qu'à cause de Jésus et avec son aide, nous nous occuperions de sa famille. Qu'est-ce que cela a donné? Un grand sourire et de grosses larmes.
Je venais de lui dire que Jésus est l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Aujourd'hui, suite à Jean Baptiste, je vous dis la même chose.
Jean-Louis Auger