Homélie du 29e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 21 octobre 2001
(Journée missionnaire mondiale)
Il y a quelques années, en vacances dans le nord de l'Ontario, j'ai visité le territoire de mission qu'avaient fondé les jésuites, au début de la colonie, pour évangéliser les Hurons. C'est là qu'ont été martyrisés les pères Jean de Brébeuf et Gabriel Lalemand. C'est un lieu de pèlerinage. Il y a un sanctuaire; on a reconstitué le village que les pères jésuites et leurs compagnons s'étaient construit ainsi qu'un village huron. Cette visite m'a beaucoup impressionné, à tel point qu'au retour j'ai lu un gros bouquin sur la vie de Jean de Brébeuf.
Ce qui m'a impressionné, ce n'est pas la mission; elle fut un échec. On peut penser aujourd'hui que l'aventure de Brébeuf, Lalemand et leurs compagnons était téméraire, mal planifiée et vouée à l'échec. Ils étaient à plus de 800 km de Québec, il fallait faire quelques trente jours de canoë pour se rendre sur les lieux. Ils étaient trop loin et sans aucune protection. Sans le savoir, ils s'étaient placés au coeur de la guerre que Iroquois livraient aux Hurons. Ils ont été identifiés comme des alliés de ces derniers. Après dix ans de travail ardu, après le martyre de Brébeuf et La-lement, après un hiver à se cacher dans les bois, les missionnaires sont revenus à Québec avec les Hurons convertis qui ont voulu les suivre. Les Iroquois ont anéanti les Hurons affaiblis par les maladies apportées par les Français.
Ce n'est pas la mission qui m'a impressionné; ce sont les missionnaires. Qu'est-ce qui a poussé un homme intelligent comme Jean de Brébeuf à traverser l'océan, se rendre chez les Hurons, apprendre leur langue et sacrifier sa vie? C'est simple, il avait la foi, il se trouvait privilégié d'être dans l'Église catholique, de connaître Jésus et son Évangile, d'avoir une manière de vivre qui le rendait heureux aujourd'hui et pour toujours. Il ne pouvait pas accepter que des gens ne vivent pas de cette foi, n'en n'aient pas entendu parler. A Rouen, en France, où il faisait son noviciat chez les Jésuites, il ne pensait qu'à se rendre en territoire huron, au bout du monde de son temps, pour évangéliser les «sauvages» comme on disait alors. Il a réalisé son rêve.
Je vous raconte tout cela, pour vous dire que c'est maintenant à notre tour. C'est aujourd'hui la journée missionnaire mondiale. Cette journée n'est pas seulement l'occasion de recueillir des argents pour nos missionnaires à l'étranger, elle se veut un appel à tous les chrétiens catholiques à se faire missionnaire, à se faire, comme l'a demandé Jésus, responsable de l'annonce de la Bonne Nouvelle qu'il a apportée.
Pour répondre à cet appel, nous n'avons pas nécessairement à aller loin, ni besoin de parler beaucoup. Comme Jean de Brébeuf, il nous faut d'abord avoir conscience de la valeur de notre foi, être convaincus que ça vaut la peine de la transmettre à nos enfants, à notre entourage. La foi chrétienne catholique n'en est pas une parmi d'autres, elle est unique, elle dit le Dieu d'amour de Jésus et la manière de vivre en union avec lui. Ça me dérange, ça me peine que de mes proches ne partagent pas ouvertement ma foi, ça me dérange, ça me peine qu'ils ne fassent pas baptiser leurs enfants. Ça dérangeait Jésus, ça l'inquiétait qu'on ne partage pas sa connaissance et son amour du Père. Il dit à la fin de l'évangile d'aujourd'hui : « Le Fils de l'homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur terre? »
Pour répondre à l'appel de Jésus, être missionnaire chez soi, il nous faut prier, prier avec insistance. La première lecture et l'évangile d'aujourd'hui nous le rappellent clairement. Dieu répondra à ses enfants qui lui demandent de se faire connaître autant que le juge répond à la veuve qui l'importune. Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus dont nous vénérerons les reliques bientôt, a été déclarée par l'Église patronne mondiale des missions. Elle n'est jamais sortie du cloître où elle était entrée à l'âge de quinze ans. Dans sa prière, elle avait une passion pour les missions. On l'a considère responsable de l'élan missionnaire de son temps.
Enfin pour être missionnaire, il faut parler. Ne pas perdre de chance de témoigner. Je l'ai déjà dit, je me demande, si influencés par les oppositions, les railleries, nous ne sommes pas trop timides et hésitants. Saint Paul écrit à son disciple Thimothée dans la deuxième lecture :
« Je te le demande solennellement, interviens à temps et à contre temps, dénonce le mal, fais des reproches, encourage, mais avec une grande patience et avec le souci d'instruire. » Ces paroles s'adressent à nous aujourd'hui. Il nous faut les adapter à notre temps, éviter d'être prêcheurs et surtout intolérants, mais forts de notre foi et de notre prière, nous avons à apporter à notre monde Jésus, son Évangile, sa manière de vivre, son salut. C'est notre mission individuelle et collective.
Jean-Louis Auger