Homélie du 28e dimanche du Temps Ordinaire
prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 14 octobre 2001
« Qu'est-ce qu'on dit? » demandons-nous aux enfants après leur avoir donné un jouet ou un biscuit. « Qu'est-ce qu'on dit à Dieu? » nous demande Jésus aujourd'hui.
Dans l'évangile que nous venons de lire, il me semble agacé. « Et les neuf autres, où sont-ils? » demande Jésus. Le cadeau qu'il vient de faire aux dix hommes qui le suppliaient de prendre pitié d'eux, est énorme : il les a guéris de leur lèpre. Et voilà que sur les dix, un seul est venu le remercier et c'est un samaritain. C'est comme si les neuf qui ne reviennent pas étaient des catholiques et celui qui remercie un témoin de Jéhovah!
Le cadeau que Dieu nous a fait est énorme. Il nous a donné la vie humaine. Nous venons tous du néant. Il nous a placé sur une planète qui est un immense supermarché où l'on trouve des légumes et des fruits variés, un choix incroyable de poissons et d'animaux comestibles, du bois et des métaux pour la construction de nos habitations, du pétrole en abondance pour nos millions de voitures, des instruments et des techniques qui nous apportent un confort que n'ont pas connu les générations qui nous ont précédées. Et plus que cela encore, en nous envoyant Jésus, il nous a donné un sauveur, un compagnon de route, qui nous conduit au bonheur éternel.
Devant tout cela, quelle est la qualité de notre reconnaissance? Notre gratitude est-elle meilleure que celle des dix lépreux? Avons-nous une meilleure moyenne qu'eux? C'est la question que nous pose Jésus aujourd'hui.
Au Québec, actuellement, il n'y a pas un personne sur dix qui participe aux Eucharisties dominicales. La messe c'est la grande prière d'action de grâce, de remerciement que Jésus fait au Père en notre nom. Ce n'est pas la seule manière de remercier, mais c'en est une bonne. Est-ce que nous nous en donnons d'autres? Influencés par la mentalité de notre temps, ne pensons-nous pas plus à nous que nous pensons à Dieu , même dans notre spiritualité et notre prière? On se retire à l'écart, on va à Saint-Benoît-du-Lac, on fait un pèlerinage à Compostelle pour se retrouver soi-même. On prie parce que ça nous fait du bien. On va à la messe parce qu'on en a besoin. On jeûne parce que ça nous permet de garder le contrôle sur notre corps. Et Dieu dans tout cela? A-t-il une place? Quand le remercions-nous gratuitement comme un remercie un bienfaiteur?
Nos remerciements à Dieu se disent par nos paroles, par notre prière, mais aussi par la gratitude que nous exprimons à ceux et celles qui nous ont manifesté ou nous manifestent sa bonté. Dieu se réjouit des visites que nous faisons à nos parents et nos amis, des cadeaux que nous leur apportons, des fêtes que nous leur organisons. Il apprécie les mercis que les enfants disent à leurs parents, les gestes de tendresse, les attentions amoureuses que les époux se témoignent et tous les sentiments de reconnaissance que nous exprimons à ceux qui nous font du bien.
Mais encore ici nous pouvons nous demander si notre moyenne est meilleure que un sur dix. Qui parmi nous ne connaît pas quelqu'un qui souffre du manque de reconnaissance d'un patron, d'un conjoint, du responsable de l'oeuvre où a été bénévole pendant de nombreuses années. Des parents et des grands parents attendent des visites qui ne viennent pas. Trop de personnes sont délaissées sinon abandonnées dans des maisons qu'on appelle maisons d'accueil. Nous disons que le temps nous manque, que la vie nous emporte, c'est peut-être cela que se sont dit les neuf lépreux qui se sont hâtés de retourner à leur maison.
En regardant les bontés de Dieu à notre égard, en pensant à ceux et celles qui nous les manifestent, entendons la voix qui nous dit : « Tu n'oublies pas quelque chose? » « Qu'est ce qu'on dit? »
Jean-Louis Auger