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«La richesse d'un jeune homme : le pari de l'amour»


J'ai prié,
et l'intelligence
m'a été donnée.




J'ai supplié,
et l'esprit
de la Sagesse
est venu
en moi.




Je l'ai préférée
aux trônes
et aux sceptres ;
à côté d'elle,
j'ai tenu
pour rien
la richesse
je ne l'ai pas
mise en comparaison
avec les
pierres précieuses ;
tout l'or
du monde
auprès d'elle
n'est qu'un peu
de sable,
et,
en face d'elle, l'argent
sera regardé
comme
de la boue.




Je l'ai aimée
plus que
la santé
et que
la beauté ;
je l'ai choisie
de préférence
à la lumière,
parce que
sa clarté
ne s'éteint pas.




Tous les biens
me sont venus
avec elle,
et par
ses mains
une richesse incalculable.




Elle est vivante,
la parole de Dieu, énergique
et plus coupante qu'une épée
à deux tranchants ; elle pénètre
au plus profond
de l'âme,
jusqu'aux
jointures
et jusqu'aux
moelles ;
elle juge
des intentions
et des pensées
du coeur. 



Pas une créature n'échappe
à ses yeux,
tout est nu
devant elle,
dominé
par son regard ;
nous aurons
à lui rendre
des comptes.






Réflexion pour le 28e dimanche ordinaire B

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 10, 17-30

Jésus se mettait en route quand un homme accourut vers lui, se mit à genoux et lui demanda : « Bon maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »  Jésus lui dit : « Pourquoi m'appelles-tu bon ? Personne n'est bon, sinon Dieu seul.  Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d'adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. »  L'homme répondit : « Maître, j'ai observé tous ces commandements depuis ma jeunesse. »  Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l'aimer. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor au ciel ; puis viens et suis-moi. »  Mais lui, à ces mots, devint sombre et s'en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarde tout autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d'entrer dans le royaume de Dieu! »  Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Mais Jésus reprend : « Mes enfants, comme il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu.  Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d'une aiguille qu'à un riche d'entrer dans le royaume de Dieu. »  De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et répond : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Pierre se mit à dire à Jésus : « Voilà que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : personne n'aura quitté, à cause de moi et de l'Évangile, une maison, des frères, des soeurs, une mère, un père, des enfants ou une terre,  sans qu'il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, soeurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.


Dimanche dernier, après sa réponse à la question sur le mariage, Jésus a  béni des enfants. Cela est suivi de l'épisode du jeune homme riche.  Dans notre société, on ne cesse de parler de reprise économique, de diminution ou d'augmentation du chômage, de fin de la crise ou de la crise qui dure, des scandales financiers. Lorsque la guerre ou le terrorisme n'occupe pas les devants de l'actualité, on ne manque pas de nous rappeler ces données. Il devait en être ainsi au temps de Jésus.

La conclusion facile du texte d'aujourd'hui serait que ce jeune homme a refusé l'appel de Jésus parce qu'il était riche. Il faut chercher plus loin le sens réel des paroles de Jésus au jeune homme riche. Ce n'est pas une leçon sur les dangers de l'argent que Jésus propose, une leçon contre le matérialisme ou sur le fait que nous soyons souvent possédés par ce que nous possédons; il s'agit plutôt d'une leçon sur l'amour. 

La question posée par le jeune homme à Jésus est cruciale: "Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?".  Il aurait pu poser une question plus simple comme quel est le sens de la vie? Ou encore, comment être heureux sur la terre malgré les épreuves de la vie? Mais il est rendu plus loin dans sa question: il parle de la vie éternelle et de l'héritage à recevoir. Comme réponse, Jésus rappelle à son interlocuteur les commandements de Dieu, la loi de Moïse. Malgré l'observance de ces Lois, et malgré sa sécurité matérielle, il y a encore une zone d'insatisfaction dans le coeur et la vie de ce jeune homme.

Jésus dit : « Il te manque une chose » à cet homme qui observe pourtant le décalogue depuis sa jeunesse. Jésus pousse sa démarche encore plus loin, encore plus haut. Jésus lui propose un pas en avant: sortir de sa sécurité artificielle pour miser sur lui, Jésus. Sortir de sa sécurité pour miser sur le royaume de Dieu. Le jeune homme est surpassé par l'invitation de Jésus. Il est renversé de l'ampleur de l'insécurité que lui propose Jésus. Il aurait voulu; mais, il ne peut pas. Il se retire en silence pour aller réfléchir.

C'est une leçon d'amour et c'est encore un enseignement sur le mariage. Quand nous aimons quelqu'un,  nous voulons sans cesse être près de lui. Nous voulons qu'il soit près de nous, avec nous. Nous voulons qu'il partage notre vie et nous voulons partager la sienne.  Nous attirons le regard de Dieu, comme l'homme riche attire le regard de Jésus. Dans la rencontre d'aujourd'hui. Dieu dit effectivement à chacun de nous: Viens, sois avec moi, car je t'aime. Dieu nous aime pour ce que nous sommes, pas pour ce que nous avons. Dieu nous aime à ce point qu'il veut partager sa vie avec nous, au quotidien, de manière permanente et intime. C'est pourquoi le mariage, où deux personnes partagent de manière intime leur vie quotidienne, est une image de l'amour de Dieu.

Le jeune homme d'aujourd'hui s'en va triste.  Sa tristesse montre qu'il sait vaguement qu'en s'en allant il rate quelque chose qui l'attire, qu'il perd quelque chose qu'il aime. L'homme et la femme qui refusent Dieu agissent contre son propre véritable amour, d'où sa tristesse. Richesse et argent ne seraient-ils que des obstacles à la vie éternelle ? Nous le savons bien : tout dépend de l'usage dont on fait d'eux. Au riche incombe le devoir du partage.  Le luxe, le superflu, sont des injustices pour les pauvres. L'invitation au partage avec les pauvres est au centre de l'Evangile. Mais comme tout devient plus difficile quand il est question d'argent et de richesse ! C'est vrai de chacun, c'est vrai aussi de nos sociétés.  Pour vivre selon l'Évangile, il nous faut un coeur d'enfant et un coeur de pauvre.

« Vendre et donner » cela va au-delà d'un sens matériel. « Viens et suis
moi » c'est l'aboutissement d'un itinéraire qui va de l'observation de la loi à l'amour. Tant que l'amour n'est pas là, rien n'est gagné, rien n'est « sauvé ».

L'Évangile est un chemin de bonheur, une direction de vie. Il n'est surtout pas un ensemble de lois ou d'obligations. Quel genre de femme ou d'homme, demande-t-il, voulez-vous devenir? Avez-vous sérieusement l'intention de réussir votre vie? Réfléchissons donc à notre manière de vivre avec les biens matériels et élargissons notre coeur aux dimensions du monde. Ouvrons notre coeur au Royaume des cieux qui est offert aux pauvres en esprit.

Serge Lefebvre