Nous sommes « des serviteurs quelconques » de Dieu.
Vous êtes mes amis. Je ne vous appelle plus serviteurs car le serviteur ignore ce que veut faire son maître, je vous appelle mes amis.
La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voilà: 'Déracine-toi et va te planter dans la mer'; il vous obéirait.
Saint François d'Assise est notre patron, regardons-le bien, admirons-le et à sa suite, avec sa foi, déplaçons les arbres de notre temps.
Homélie du 27e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 7 octobre 2001
Un jour, je soupais chez des amis. Ce soir-là, j'étais déprimé, ça n'allait pas, ça m'arrive de temps en temps. Je me plaignais, je maugréais sur ma vie. La dame qui me connaissait bien, m'a dit soudain : « Pour qui te prends-tu, Jean-Louis, pour te plaindre comme cela? Penses-tu que Dieu te doit quelque chose? » La leçon était un peu dure, mais mon amie avait raison. Elle exprimait ce que nous venons de lire dans l'Évangile. Nous ne sommes pas les égaux et encore moins les patrons de Dieu. Nous sommes ses serviteurs, « des serviteurs quelconques » nous dit Jésus dans l'évangile. Si nous servons, nous ne faisons que notre devoir, rien n'oblige Dieu à nous faire passer à sa table. C'est le gros bon sens. Penser autrement, c'est empêcher Dieu d'être Dieu et nous, d'être nous-mêmes. C'est empêcher Dieu d'être bon et de donner gratuitement.
Mais ne nous arrêtons pas à la page de l'évangile d'aujourd'hui, tournons les pages pour lire dans saint Jean : « Vous êtes mes amis. Je ne vous appelle plus serviteurs car le serviteur ignore ce que veut faire son maître, je vous appelle mes amis. » Cette phrase de Jésus semble contredire l'évangile d'aujourd'hui, il n'en n'est rien; elle le complète, elle le précise. Dieu, le maître du monde et notre maître, a décidé librement d'être notre ami. Dieu, infiniment distant de nous, a décidé de se faire proche de nous. C'est cela que Jésus est venu nous annoncer. Il nous dit aujourd'hui que nous sommes des serviteurs quelconques pour nous montrer la gratuité de son amour et de l'intérêt qu'il nous porte. Il nous rappelle que nous ne sommes rien pour nous dire que nous sommes tout pour lui.
C'est son amour, sa disponibilité à notre égard qui amène Jésus à nous dire : « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde, vous diriez au grand arbre que voilà : 'Déracine-toi et va te planter dans la mer'; il vous obéirait ». Je n'ai pas peur que quelqu'un parmi vous, à cause de sa grande foi, retourne chez lui avec un des arbres plantés en avant de l'église. C'est une image, elle est très forte. Le grand arbre à déplacer, il n'est pas à l'extérieur de nous, il est à l'intérieur de nous.
Des grands arbres à déplacer, des grands arbres que nous ne voyons pas comment déplacer, il y en a beaucoup. Il y en a dans nos vies personnelles. Qui parmi nous n'est pas venu ici aujourd'hui sans apporter son lot de souffrances, de problèmes sans solutions? Qui parmi nous n'a pas de progrès à faire, d'attitudes à acquérir, de modifications à apporter à sa vie pour être plus conforme à l'idéal proposé par Jésus? Des grands arbres à déplacer, il y en a aussi dans la vie politique. Les actes barbares de terrorisme que nous venons de subir nous le rappellent cruellement. Les pays n'ont pas seulement à les contrer par la force, il leur faut surtout éviter de construire un monde qui favorise l'inégalité et donc l'injustice.
Devant les problèmes de nos vies et de notre monde, on se demande parfois qu'est ce que Dieu fait dans tout cela. C'est la question que se posait Habacuc dans la première lecture. « Combien de temps Seigneur, vais-je t'appeler au secours, et tu n'entends pas? », disait-il. « La vision paraît tarder », lui a répondu le Seigneur, « attends-la; elle viendra certainement à son heure. » « Vous pouvez déplacer de grands arbres, si vous avez la foi gros comme une graine de moutarde », nous dit Jésus dans l'évangile.
C'est cela qu'avait compris notre patron saint François d'Assise que nous célébrons aujourd'hui. Il n'a pas fait de grandes choses. Il s'est démuni de tout, même de ses vêtements, pour faire confiance à Dieu. Il s'est fait serviteur quelconque et il a transformé le monde de son temps. Il a déplacé un grand arbre qui encore aujourd'hui donne son ombre à notre monde. Saint François d'Assise est notre patron, regardons-le bien, admirons-le et à sa suite, avec sa foi, déplaçons les arbres de notre temps.
Jean-Louis Auger