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« Lazare ne viendra pas »
Le pauvre,  c'est celui  qui a besoin de moi pour pouvoir vivre, pour pouvoir survivre.
















Le riche ne voyait pas Lazare. Il ne pensait qu'à fêter avec ses semblables et à profiter de l'argent qu'il avait gagné.  







Jésus est venu refaire le monde. Il a changé l'ordre des valeurs, l'orientation du monde.




Homélie du 26e dimanche du Temps Ordinaire
prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 30 septembre 2001


« Y a-t-il des pauvres à Sainte-Julie? » Une question que l'on me pose parfois, comme on me l'a posée dans les autres endroits où j'ai été curé. « Y a-t-il des pauvres à Boucherville? »  « Y a-t-il des pauvres à Saint-Basile-le-Grand? »  J'ai déjà répondu en boutade: « Oui, il y a le pauvre Jean-Louis. »

Des pauvres, à Sainte-Julie et ailleurs, il y en a. Nous les trouvons toujours au même endroit : assis sur le parvis de notre porte comme dans la parabole d'aujourd'hui. Le pauvre, mon pauvre, ne manque pas nécessairement d'argent, n'est pas nécessairement en guenilles, n'a pas nécessairement faim. Le pauvre, mon pauvre selon l'Évangile, c'est celui  qui a besoin de moi pour pouvoir vivre, pour pouvoir survivre. C'est mon conjoint, mon enfant, mes parents qui ont besoin de mon attention, qui quémandent ma tendresse. C'est la personne de mon entourage qui vit l'échec d'un mariage qui était le but de sa vie. C'est mon voisin apparemment très riche qui vient de perdre son emploi et qui, par le fait même, a perdu l'estime de lui-même. C'est le retraité qui voit fondre ses revenus à cause de la situation économique actuelle. Des pauvres, à Sainte-Julie et ailleurs, il y en a beaucoup. Le problème, c'est qu'on ne les voit pas, qu'il y a un fossé entre eux et nous.

Dans la parabole de l'évangile d'aujourd'hui, le grand abîme qui existe au séjour des morts entre Lazare et le riche,  ce grand abîme qui empêche Lazare  de mettre un peu d'eau sur la langue du riche, ce n'est pas Dieu qui l'a creusé. Il ne s'est pas construit au pays des morts. C'est le riche qui l'a creusé de son vivant.

Remarquons bien, le riche n'a fait aucun tord à Lazare. Il ne le voyait  pas. Il ne pensait qu'à fêter avec ses semblables et à profiter de l'argent qu'il avait gagné.  Il avait le regard  tourné vers lui-même et il continue à l'avoir en éternité. Il ne peut pas s'asseoir  à la table de Lazare au ciel, il  ne s'est pas assis avec lui durant sa vie terrestre.

Je ne peux pas aider personnellement tous les pauvres du monde, même pas tous ceux qui viennent frapper à ma porte. Je n'ai pas assez d'argent et je dois m'en garder pour ne pas être pauvre comme eux. Mais je peux les voir, faire effort pour les voir, avoir le soucis de les aider, de les défendre. C'est cela que demande Jésus. Il commande un esprit, une mentalité. J'en ai parlé il y a quinze jours. Il est venu refaire le monde. Il a changé l'ordre des valeurs, l'orientation du monde. L'orientation instinctive du monde, c'est moi, c'est mon besoin, c'est mon caprice. Je suis le centre du monde. On doit me servir, je dois me servir. L'orientation proposée par Jésus est  contraire à celle du monde. C'est l'autre, c'est le service du frère et de la soeur jusqu'à donner sa vie pour eux. Jésus l'a fait le premier, il nous demande de le suivre.

« Vous n'êtes pas propriétaire, monsieur, vous êtes gérant. Apprenez à gérer vos biens pour Dieu. », disait mère Thérésa dans la citation que j'ai donné l'autre jour.

Gérer nos biens pour Dieu, c'est voir le pauvre qui est assis à notre porte. C'est le voir avec les yeux de notre coeur. C'est seulement en le voyant de cette façon que nous pourrons un jour nous asseoir avec lui à la table de Lazare.

Jean-Louis Auger