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«Les mandatés de Dieu»


Le Seigneur descendit
dans la nuée
pour s'entretenir
avec Moïse.


Il prit
une part
de l'esprit
qui reposait
sur celui-ci,
et le mit sur les soixante-dix anciens du peuple.


Dès que l'esprit reposa sur eux,
ils se mirent à prophétiser,
mais cela
ne dura pas.


Or, deux hommes étaient restés
dans le camp ;
l'un s'appelait
Eldad,
et l'autre
Médad.


L'esprit reposa
sur eux ;
bien que
n'étant pas venus
à la tente
de la Rencontre,
ils comptaient
parmi les anciens
qui avaient
été choisis,
et c'est
dans le camp
qu'ils se mirent
à prophétiser. 


Un jeune homme courut annoncer
à Moïse :
« Eldad et Médad prophétisent
dans le camp ! »


Josué,
fils de Noun, serviteur de Moïse depuis sa jeunesse, prit la parole :
« Moïse,
mon maître, arrête-les ! » 


Mais Moïse
lui dit :
« Serais-tu jaloux pour moi ?
Ah ! Si le Seigneur pouvait mettre
son esprit
sur eux,
pour faire
de tout son peuple un peuple
de prophètes ! »




Réflexion pour le 26e dimanche ordinaire B

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 9, 38-48

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. »  Jésus répondit : « Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ;  celui qui n'est pas contre nous est pour nous.  Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas.  Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.  Si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne,  là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas

Dans la première lecture ce sont les disciples de Moïse, et dans l'évangile ce sont ceux de  Jésus qui s'indignent parce que quelqu'un de non officiel, de non mandaté,  agit au nom de Dieu! Josué, le serviteur de Moïse, semble jaloux parce que Eldad et Médad, qui n'ont pas reçu l'Esprit, prophétisent! Dans l'Évangile, c'est Jean qui rapporte à Jésus qu'il a vu quelqu'un chasser des esprits mauvais au nom de Jésus alors qu'il ne fait pas partie des disciples de Jésus. Dans les deux cas, les réactions des disciples sont assez hostiles et méfiantes. Dans les deux cas, la réaction de Moïse et de Jésus est surprenante, pleine d'ouverture. Jésus donne une leçon de jugement, de patience et de souplesse! Tant mieux répond Jésus car qui n'est pas contre nous est pour nous ! C'est le signe que l'amour de Dieu les anime. Cet amour ne connaît pas de frontières, il ignore les frontières de l'incroyance, comme celles des races ou des sociétés. L'action de la grâce déborde toutes les frontières. Le salut est universellement offert à tous les hommes et toutes les femmes.

Pour nous aussi cette leçon s'applique. Beaucoup de nos convictions, si jalousement gardées, ne sont que des héritages, des habitudes, des préjugés. Nos préjugés sont des opinions pas nécessairement fondées sur des faits, mais plus vraisemblablement sur un attachement purement émotionnel. L'expression "nous avons toujours fait comme cela" nous montre la force des préjugés. A l'image de l'apôtre Jean, certains chrétiens, même devant des faits établis et démontrés, s'accrochent à leur méthode et à leurs opinions. Nous sommes tellement enclins à penser que ceux qui ne suivent pas Jésus avec nous ne le suivent pas du tout, et que ceux qui ne font pas les choses comme nous les faisons ne font rien de bon ! Apprenons à développer nos convictions et à supprimer nos préjugés pour vivre bien avec les autres dans ce monde. Nous n'avons pas le monopole du salut, de l'animation de l'Esprit et de son action. 

Sachons reconnaître ce qu'il y a de bon en ceux qui ne partagent pas nos convictions religieuses et aussi ce qu'il y a de juste dans les critiques qu'ils nous font. Nous n'avons pas à annexer les autres à une Église, les conquérir à une doctrine, mais à être auprès d'eux les témoins de Jésus Christ et de son amour. Cela ne veut pas dire qu'il faut vivre hors de la communauté, de rejeter les structures, la hiérarchie. Jésus a donné une forme visible à la communauté de ceux et celles qui s'efforcent de l'écouter et de le suivre. Il a organisé concrètement le groupe de ses disciples. Il les a réuni afin de les instruire pour la mission qu'il leur a confié. A travers ces disciples fragiles, qui cherchent et qui tâtonnent, qui s'efforcent d'aider l'autre mais que Jésus est obligé de soutenir, l'Eglise apparaît comme «communauté des vulnérables ». C'est une communauté où chacun est tour à tour celui qui écoute et encourage les autres, et celui dont la faiblesse appelle à l'aide.

Il ne s'agit pas d'imposer des réponses mais simplement de faire entendre clairement la Parole de Dieu qui ouvre un chemin de confiance et de liberté. Nous ne devons pas en rester à un individualisme, à une invisibilité de l'Eglise. L'Eglise est cette communauté où il s'agit de donner, de faire, de s'activer, de parler, d'apporter mais aussi d'écouter et de recevoir.   C'est une communauté qui n'utilise pas une  «langue de bois» sans saveur mais, comme à Pentecôte, une langue de feu qui rejoint chacun, personnellement, au coeur de ses joies et de ses souffrances. 

Il faut témoigner de l'évangile dans le monde. Il faut partager et proposer clairement des convictions consistantes et ouvertes. Il faut utiliser des paroles qui consolent, qui guérissent, qui orientent, qui aident les gens à vivre. Une parole parfois de vigilance, d'indignation, de protestation, de résistance quand la vie du monde est menacée, quand la dignité d'hommes et de femmes est bafouée.

Serge Lefebvre