Mes frères,
ne mêlez pas
des considérations de personnes
avec la foi
en Jésus Christ,
notre Seigneur
de gloire.
Imaginons que,
dans votre assemblée,
arrivent
en même temps
un homme
aux vêtements rutilants,
portant des
bagues en or,
et un homme pauvre aux vêtements
sales.
Vous vous tournez vers l'homme
qui porte des vêtements rutilants
et vous lui dites :
« Prends ce siège,
et installe-toi bien » ; et vous dites
au pauvre :
« Toi, reste là
debout »,
ou bien :
« Assieds-toi par terre à mes pieds ».
Agir ainsi,
n'est-ce pas faire
des différences
entre vous,
et juger
selon des
valeurs fausses ?
Écoutez donc,
mes frères bien-aimés !
Dieu, lui,
n'a-t-il pas choisi ceux qui
sont pauvres
aux yeux
du monde ?
Il les a faits
riches de la foi,
il les a faits
héritiers du Royaume qu'il a promis
à ceux
qui l'auront aimé.
Quand les ségrégations
entre humains
sont vaincus
dans nos vies,
quand nous vivons
la force créatrice
de Dieu,
qui délie
notre langue
et ouvre nos coeurs pour témoigner
de lui et
pour le louer.
Réflexion pour le 23e dimanche ordinaire B
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 7, 31-37
Jésus quitta la région de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction du lac de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole. On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui. Jésus l'emmena à l'écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et,prenant de la salive, lui toucha la langue. Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit :
« Effata ! », c'est-à-dire : « Ouvre-toi ! » Ses oreilles s'ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia, et il parlait correctement. Alors Jésus leur recommanda de n'en rien dire à personne ; mais plus il le leur recommandait, plus ils le proclamaient. Très vivement frappés, ils disaient : « Tout ce qu'il fait est admirable : il fait entendre les sourds et parler les muets. »
C'est une Église très humaine à laquelle s'adresse Jacques dans son courrier destiné à l'ensemble de l'Église dispersée dans le monde. De tout temps, les édifices et les clergés ont été entretenus par les puissants du monde. Mais l'Église ne doit pas se contenter de reproduire les classes sociales ou les réalités humaines. Elle doit rester fidèle au message de Jésus et transformer le monde. Elle doit reconnaître l'égale valeur de tout être humain, parce que tous, indépendamment de nos particularités, tous nous sommes aimés de Dieu, exactement de la même manière. Dans l'Église, une seule chose doit compter : la foi.
C'est ce que Jésus fait dans l'évangile. La scène de l'évangile se passe en Décapole. Décapole : dix-villes en langue grecque. Il s'agit de la partie du Moyen-Orient, que nous nommons aujourd'hui Transjordanie. Nous sommes chez des gens de culture grecque, chez les non Juifs. Jésus agit avec pédagogie avec le sourd-muet que des membres de sa famille ou des voisins lui emmènent. Il a besoin de quelqu'un pour l'encourager, besoin aussi de lèvres qui intercèdent clairement pour lui. Seuls ceux qui le côtoyaient tous les jours parvenaient à le comprendre. Les gestes que Jésus pose : mettre les doigts dans les oreilles, toucher la langue avec sa salive, n'ont rien d'extraordinaire; ce sont les gestes des thaumaturges de l'époque. Mais lui fait ces gestes "en levant les yeux au ciel", car il agit par la puissance et avec l'autorité de son père. En nous faisant tourner les yeux vers en haut, Jésus veut aussi nous montrer que tout dans notre vie, l'important et le secondaire, se fonde sur sa parole. L'important, c'est finalement que Dieu nous parle et que nous, nous lui prêtions attention, et que nous prêtions aux autres. Dieu ouvre nos lèvres et nos oreilles pour un accueil des autres sans préjugés Juifs et non-Juifs, croyants et distants.
Il faut bien le dire pourtant, nous sommes assez souvent sourds à ce que Dieu veut nous dire. Nous nous bouchons les oreilles. Nous sommes souvent trop occupés, sinon trop préoccupés pour percevoir l'appel de Dieu. Nous n'entendons pas ce qu'il voudrait nous dire à travers notre prochain. Nous n'entendons que ce qui nous rassure, mais nous n'entendons pas ce qui nous remet en question. Nous n'entendons pas le cri des autres. Nous entendons bien une suite de mots, mais non les gens, leur coeur, leur appel au secours. Nous avons besoin de silence pour percevoir la voix de Dieu, car c'est bien le silence qui nous permet de nous confronter avec lui et avec nous-mêmes. Nous devons éviter de tourner en rond dans notre tête et laisser Dieu entrer dans notre cur, laisser Dieu nous toucher et nous interpeller.
Nous sommes aussi souvent muets, peut-être parce que les autres ne nous ont pas compris, ou n'ont pas cherché à nous comprendre. Peut-être parce qu'ils ont parfois étouffé nos voix en trompant notre confiance. Peut-être sommes-nous muets en présence de Dieu parce que nous croyons qu'il n'a pas entendu notre appel, parce que nous avons peur de nous révéler à nous-mêmes qui nous sommes vraiment? Combien de fois restons-nous muets quand nous devrions nous ouvrir à Dieu et à l'autre?. Combien de fois sommes-nous incapables de vraiment écouter et accueillir? Combien de fois, la détresse de l'autre nous rend-elle muet?
Il est souvent malaisé de traduire ce qui sommeille au fond de notre coeur : nos sentiments, nos souffrances, nos blessures, nos désillusions et notre amertume. Nous balbutions ce qui reste caché au fond de notre coeur. Nous n'osons pas révéler notre vérité la plus profonde. Quand Jésus met un peu de salive sur la langue du sourd-muet, c'est un geste de tendresse. Pour nous délier la langue, Jésus crée une atmosphère d'intimité et d'acceptation. Il prend le temps qu'il faut, les formes qu'il faut. Il instaure un climat de confiance pour que nous puissions traduire en mots ce que nous pensons vraiment, pour nous apprendre à vraiment parler.
Nous devons jeter un regard différent, nouveau, renouvelé sur le monde, afin de pouvoir y reconnaître Dieu, y découvrir son action en direct. Jésus nous apprend à trouver Dieu partout, en toute situation. Quand nous vivons ces moments privilégiés, l'Esprit-Saint nous prend à part, à l'écart de la foule, loin du bruit quotidien. Jésus nous prend chez lui, nous fait habiter avec lui. Dieu nous prend dans son coeur pour que nous apprenions de ce qu'il voudrait faire en nous. Le doigt de Dieu est à l'oeuvre autour de nous, en nous, dans le monde.
Serge Lefebvre,
d'après diverses sources