Réflexion pour le 20e dimanche ordinaire B
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 51-58
« Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »
Les Juifs discutaient entre eux :
« Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger ? »
Jésus leur dit alors :
« Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui. De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »
En cette période de vacances, nous nous reposons d'une vie faite de trop d'agitation. Parfois, tout le bruit qui nous entoure devient assourdissant. De toutes parts nous sommes entraînés. Autour de nous, tout va vite et nous vivons dans un monde de consommation. Nous vivons comme des fous et non comme des sages. Parfois, la maladie nous rappelle la fragilité de notre vie sur terre.
En vacances, c'est le temps de ne plus rien entendre de ce qui nous fait mal, de ce qui nous étourdit, de ce qui nous assomme ou nous fascine. C'est le temps de profiter de repos pour nous retrouver, nous refaire une santé. Il est bon de parfois se mettre en retrait pour faire le point. Nous ne pouvons pas être vraiment à l'écoute de l'autre quand nos oreilles sont bouchées par tous les bruits du monde ou lorsque nos yeux sont obscurcis par toutes sortes de nouvelles.
Le pain et le vin sont conviés à nos vacances. Mais, avons-nous seulement faim ? Et de quoi ? Et de qui ? Quelle est notre faim ? Avons-nous faim de quelque chose ? Faim de justice? Faim de vérité? Au-delà de notre satiété physique, saurons-nous creuser en nous d'autres faims ? celle de l'âme ? Aurons-nous suffisamment faim et soif de Dieu pour donner envie aux autres de se nourrir aux mêmes sources ?
Saurons-nous lire les faims et les soifs du prochain, de nos amis, de nos parents? Saurons-nous apporter le pain qu'ils sont en droit d'attendre de nous tous chrétiens, porteurs d'évangile ? Je pense ici à cette petite fille Marie-Pain. Voici son histoire racontée par Dieu à travers les mots de Normand Barré.
C'était le 6 août 1945, au Japon au moment même de la catastrophe d'Hiroshima, alors qu'un nuage noir couvrait et brûlait Hiroshima, une étoile a brillé dans cette nuit, une espérance. Noël en plein été, en pleine guerre...
Plusieurs petites embarcations avaient été préservées. Dans l'une d'elles, une maman était montée avec sa fille. Face à elles, était assise une petite bonne femme d'environ neuf ans. Son corps était tout couvert de brûlures et de plaies, et il saignait. Elle souffrait beaucoup et ne cessait d'appeler : "Maman, maman". Et tout à coup, elle s'adressa à la dame assise face à elle. « S'il vous plaît, Madame, votre enfant est là » - car elle ne voyait pas : elle n'avait plus d'yeux, à la place il n'y avait que des trous béants. La dame lui répondit : « Oui, elle est ici ». Alors la petite fille dit : « S'il vous plaît, donnez-lui cela» et elle tendit quelque chose. C'était la boîte dans laquelle elle transportait son repas - le dîner que sa maman lui avait préparé avant son départ pour l'école. « Tu ne veux pas manger ? » demanda la dame. « Je vais mourir. Donnez-le à votre fille ».
Tu sais, moi Dieu, j'ai pleuré ce jour-là et j'ai appelé cette petite fille Marie-Pain. Je regardais l'embarcation et je voyais en même temps la mangeoire de mon fils. Je regardais Marie-Pain et je pensais à mon fils, l'enfant Jésus. Et je voyais aussi mon fils quelques heures avant sa mort dire à ses amis qu'il avait rassemblés autour de lui : « Prenez et mangez. Ceci est mon corps livré pour vous ».
Oui, dit Dieu, ce jour-là, ce 6 août 1945, je n'ai rien vu de plus beau que cet enfant qui allait mourir et qui ne pensait qu'à partager, même après sa mort : « Je vais mourir. Donnez-le à votre fille ».
À travers Marie-Pain, un invité que personne n'attendait s'était annoncé. Le silence avait couvert toutes les fatigues, toutes les colères. Dieu était là.
Serge Lefebvre, d'après diverses sources