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«Perdus sans notre guide»


Si la mission chrétienne est aujourd'hui
en panne
dans nos régions, c'est peut-être bien parce que ces différents ressorts
se sont relâchés
ou détendus
dans la société
et dans l'Église.



Nos concitoyens ne sont pas tellement disposés à se reconnaître malheureux,
fatigués,
abattus et errants comme des brebis sans berger.



Ils ne sont pas prêts à abandonner
un moment
leurs occupations habituelles
pour repartir
avec d'autres
à la recherche
d'une vie
plus digne
et plus heureuse.



Les routines
et les raideurs
de l'Église ne permettent pas toujours
d'apercevoir
l'amour gratuit
et libérant
qui est à sa source.




Elles freinent inévitablement
le recrutement
des nombreux témoins
dont la mission aurait besoin,
et leur mobilisation concertée.




Il nous revient de  proposer un bonheur autrement plus consistant
que celui
de pouvoir consommer
des biens
et des loisirs
à l'abri d'une
sécurité sociale performante.



Prions Jésus pour qu'il nous rende davantage sensibles à son amour gratuit et libérant et de nous donner la force de le traduire en actes. Demandons-lui aussi d'envoyer de nouveaux ouvriers. .


Réflexion pour le 16e dimanche ordinaire B

Évangile de Jésus Christ selon saint Marc 6, 30-34

Les Apôtres se réunissent auprès de Jésus, et lui rapportent tout ce qu'ils ont fait et enseigné.  Il leur dit : « Venez à l'écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, les arrivants et les partants étaient si nombreux qu'on n'avait même pas le temps de manger.  Ils partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l'écart.  Les gens les virent s'éloigner, et beaucoup les reconnurent. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.

En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de pitié envers eux, parce qu'ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les instruire longuement.

Jésus regarde la foule, il sent leur détresse, il perçoit leurs besoins, leurs attentes: des brebis sans berger, à la recherche d'une nourriture vitale pour eux, mais qu'ils sont incapables de trouver tout seuls. Sans leadership, les brebis sont vulnérables, exposées à la cupidité des mercenaires qui cherchent à profiter d'elles. Jésus voit qu'elles ont besoin de bergers, qui les guident sur des chemins de vie. Ce que Jésus voit, ce n'est pas un peuple, organisé et conscient de sa mission, mais une foule disparate et informe. Pourtant, le peuple juif de son époque semblait rassemblé autour de son Temple, encadré par une élite politico-religieuse sûre de ses prérogatives, maintenu fermement dans une observance exigeante de la loi de Moïse. Mais cet édifice était fragile, sur le point de s'effondrer. Jésus voit au-delà des apparences : des foules désorientées, fatiguées de la vie et sans véritable but dans l'existence. Elles sont comme des brebis sans berger, parce que les pasteurs qu'elles subissent ne sont pas de vrais pasteurs, mais des mercenaires sans scrupules. Dès lors, elles se répandent à droite et à gauche, ne sachant où aller pour trouver les bons pâturages. Inconsciemment, sans doute, elles soupirent après la venue du Bon Pasteur, et elles ne savent pas qu'il est là, tout proche, compatissant à leurs misères.

Jésus, voyant les foules, eut pitié d'elles. Jésus a donc jeté un regard attendri sur ces femmes et ces hommes de son temps, épuisés, abattus et prostrés. Alors que nous nous attendrions à des décisions pratiques et immédiates, la première mesure d'urgence que prend Jésus, c'est d'instruire les foules du Royaume de Dieu!

Nous pouvons avoir les mêmes sentiments que Jésus en regardant les gens qui nous entourent. Les gens n'ont plus de repères religieux. L'Église a perdu beaucoup d'influence. Elle a déçu des croyants, a favorisé des exclusions. Sans aucun doute, Jésus, comme autrefois, regarde la foule et a pitié d'elle. Jésus nous nous invite à nous retrousser les manches. Cette invitation, il nous la fait à tous. Dire sa foi, c'est la mission de Jésus. Nous sommes à notre tour appelés par Dieu.

Dire sa foi est notre urgence. Comme des brebis sans berger, les jeunes vivent souvent une certaine insécurité. Ils sont à un stade de leur vie où ils se découvrent eux-mêmes: leur sexualité, leurs traits de caractère, leurs goûts, leurs talents, les valeurs et les limites de leur milieu familial. Ils peuvent s'émerveiller devant les richesses qu'ils portent en eux, et devant les possibilités qui s'ouvrent devant eux. Mais ils peuvent aussi ne pas être très sûrs d'eux-mêmes. Ils ont peur de ne pas être acceptés tels qu'ils sont par leurs semblables, ou de ne pas être compris par les adultes. Ils ont soif de sentir reposer sur eux un regard positif, qui les valorise, qui leur fait découvrir leur vraie dignité en tant que personnes humaines; un regard qui apprécie leurs talents, et leur donne le goût de les développer. 

Aujourd'hui, les jeunes ont soif de rencontrer sur leur chemin de vrais bergers, du genre de ceux qui donnent leur vie pour les brebis. Nous, les adultes, sommes invités à donner notre vie pour les jeunes, en leur donnant notre écoute, notre attention, notre temps, notre amitié. Jésus a regardé la foule comme un berger qui aime ses brebis. Maintenant, il leur parle, il les enseigne longuement. Nous, les adultes, devons avoir sur les jeunes un regard positif mais nous devons aussi prendre le temps de leur faire entendre la Parole de Jésus. Les jeunes ont besoin d'être écoutés. Mais ils ont aussi besoin d'apprendre à écouter Jésus qui leur parle.

L'Évangile nous révèle d'abord le visage de Jésus. Quand Jésus regarde quelqu'un, ses yeux parlent: ils disent l'amour. Le jeune homme riche  comprend qu'il est aimé; le fils prodigue comprend que son père l'accueille et que, malgré ses péchés, il est toujours son fils; dans le regard de Jésus, Pierre voit le pardon de ses reniements, et il fond en larmes. Les jeunes sont à la recherche d'un amour solide sur lequel ils peuvent s'appuyer. Ils ont besoin de sentir sur eux un regard qui dit l'amitié, le pardon, la compréhension, la confiance. Ils ont besoin de croiser le regard de Jésus et de se laisser bouleverser par lui. S'ils font cette expérience et s'ils font confiance à Jésus, ils sauront qu'ils sont aimés gratuitement, sans condition. Alors, eux aussi voudront aimer gratuitement à leur tour et servir les autres par amour.

Jésus s'est choisi des gens ordinaires, il les a laissés dans leur milieu, il leur a demandé d'annoncer sa Bonne Nouvelle. Il n'a pas changé de méthode. C'est nous qu'il appelle aujourd'hui. Il compte sur nous, les adultes, pour être des témoins vivants de ce regard que Jésus pose sur eux. Entendrons-nous l'appel que Jésus nous lance?

Serge Lefebvre
d'après diverses sources