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«Ne craignez pas !»
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"Ce que je vous dis dans l'obscurité, dites-le au grand jour."







C'est pour toi
que j'endure l'insulte,
que la honte me couvre le visage :
l'amour de ta maison
m'a perdu ;



on t'insulte,
et l'insulte retombe
sur moi,
Et moi, je te prie,
Seigneur :
c'est l'heure
de ta grâce ;




dans ton grand amour,
Dieu, réponds-moi,
par ta vérité sauve-moi.






Et moi, humilié,
meurtri,
que ton salut, Dieu,
me redresse ;




et je louerai le nom
de Dieu par
un cantique,
je vais le magnifier,
lui rendre grâce.




Les pauvres l'ont vu,
ils sont en fête :


À vous
qui cherchez Dieu,
vie et bonheur !


Car le Seigneur
écoute les humbles,
il n'oublie pas
les siens emprisonnés.




Homélie pour  le 12e dimanche ordinaire A


Évangile de Jésus Christ selon Matthieu 10, 26-33

Jésus disait aux douze Apôtres : Ne craignez pas les hommes ; tout ce qui est voilé sera dévoilé, tout ce qui est caché sera connu. Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour ; ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez-le sur les toits. Ne craignez pas ceux qui tuent le corps mais ne peuvent pas tuer l'âme ; craignez plutôt celui qui peut faire périr dans la géhenne l'âme aussi bien que le corps. Est-ce qu'on ne vend pas deux moineaux pour un sou ? Or, pas un seul ne tombe à terre sans que votre Père le veuille. Quant à vous, même vos cheveux sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus que tous les moineaux du monde. Celui qui se prononcera pour moi devant les hommes, moi aussi je me prononcerai pour lui devant mon Père qui est aux cieux. Mais celui qui me reniera devant les hommes, moi aussi je le renierai devant mon Père qui est aux cieux.

Un jour, je me rendais dîner à un restaurant dont le propriétaire est un grec, orthodoxe fervent que le connais très bien. Il venait de faire un agrandissement à son restaurant. En me voyant, il m'a dit : « Mon père, venez voir ce que j'ai placé dans mon restaurant ». Il me conduisit dans la nouvelle salle à manger où il avait installé sur le mur une grande reproduction de la Cène du Seigneur.  Devant ma surprise, il m'a dit, fier de lui-même. « Je suis chez-moi, je peux faire ce que je veux. »

Par trois fois, dans le court texte d'Évangile que nous venons de lire, Jésus dit : « Ne craignez pas ».  Il fait cette invitation à des gens qui vivent la persécution, qui risquent à tout moment d'être arrêtés et martyrisés par les Romains ou par les Juifs. C'était la situation des premiers chrétiens. Tous les apôtres, sauf saint Jean, sont morts martyrs. Saint Paul avant sa conversion lapidait les chrétiens. Encore aujourd'hui, dans certaines régions, en milieu islamiste par exemple, des gens sont physiquement persécutés à cause de leur foi.

Dieu merci, ce n'est aucunement notre situation. Nous vivons dans un  pays où il y a liberté de culte, liberté de presse, liberté de penser. Mais, ça ne veut pas dire qu'il soit facile de témoigner de sa foi et que nous n'avons rien à craindre. La société québécoise est maintenant une société totalement sécularisée. Même nos écoles sont devenues laïques, non-confessionnelles. La neutralité est une valeur proposée à tout le monde, que tout le monde est pressé de pratiquer. Le respect des personnes et des différences nous amènerait à bannir toute référence à la religion. La religion est maintenant quelque chose de privé, de personnel, même de secret. Les associations, les mouvements, les oeuvres charitables doivent être neutres. Au début des réunions, on remplace la prière par un temps de silence. On évite soigneusement de parler de Dieu dans les discours. Plusieurs hommes et femmes politiques ne font plus publiquement leur serment d'office sur la Bible, ils font une promesse sur leur honneur. Je n'accuse et ne blâme personne, il y a des intentions de respect et d'acceptation des autres dans ces attitudes, mais je pense qu'on se trompe. Il ne faudrait pas remplacer ce qu'on a appelé la grande noirceur, par une autre grande noirceur aussi néfaste.

Comme mon restaurateur, je respecte les gens en disant qui je suis et je les tromperais en leur cachant. Parmi mes amis, il y a des juifs, des bouddhistes, un prêtre anglican. Je suis assez amis avec eux pour leur partager la richesse de ma foi. J'entends parfois dire : « À la maison on ne parle jamais de religion, on évite les chicanes ». Drôle de phrase. On éviterait peut-être plus de chicanes en parlant religion avec respect. Qui dira Dieu à notre monde, à nos enfants, si nous nous taisons? Il ne s'agit pas de faire du prosélytisme, de tordre des bras, de faire des guerres saintes. Il s'agit de dire qui nous fait vivre et qui peut faire vivre le monde.

C'est cela que nous demande le Seigneur dans l'Évangile d'aujourd'hui. « Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour, criez-le sur les toits. » Ce n'est pas facile, ce ne l'a jamais été, ce ne l'était pas pour Jérémie dans la première lecture. Il répond à ses détracteurs qui veulent le mettre à mort en leur disant: « Le Seigneur est avec moi. » Jésus est avec nous, il veille sur nous autant que sur les oiseaux du ciel. Il nous demande de nous prononcer pour lui comme il se prononcera pour nous au jour du jugement. Répondons à sa demande, pour notre bonheur et le bonheur de notre monde.


Jean-Louis Auger