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«Dieu n'est né à Noël que s'il naît aussi dans nos coeurs»


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Et le verbe s'est fait chair et il a établi sa demeure parmi nous














Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière



















L'enfant dans la crèche vient apporter la paix sur la terre.













Homélie de Noël prononcée à l'église Saint-François d'Assise
les 24 et 25 décembre 2001


Regardons bien l'enfant dans la crèche. C'est lui notre Dieu, c'est lui le Dieu des chrétiens.

Quand nous pensons Dieu, nous sommes portés à penser à un être spirituel, vague, lointain, inaccessible, donc étranger à nos préoccupations, à nos petits problèmes de tous les jours. On dit qu'il est partout pour dire qu'il est nul part. On parle de lui, en termes du Nouvel Âge, comme l'énergie première, l'origine du cosmos pour lui enlever toute présence concrète dans nos vies.

L'enfant dans la crèche nous dit que ce n'est pas cela Dieu, que c'est beaucoup mieux que cela. L'enfant dans la crèche nous dit, qu'un jour, Dieu a décidé de venir demeurer chez nous. « Et le verbe s'est fait chair et il a établi sa demeure parmi nous », lisons-nous dans l'Évangile de saint Jean. Une demeure, c'est le lieu où l'on est chez-soi, où on aime vivre. Dieu a établi sa demeure chez nous. Et il n'a pas changé d'idée. Il n'est pas venu seulement nous faire une visite en passant. Comme j'ai dit dans mon homélie dimanche dernier, il ne s'est pas légèrement vêtu d'un manteau humain le temps d'une courte vie terrestre pour ensuite nous abandonner.  L'enfant né de Marie, nous le savons, est mort sur une croix, on l'a tué. Mais il ne nous a pas quitté. Ressuscité, il est vivant; il vit en permanence au milieu de nous d'une autre manière, par son Esprit. Il est aussi présent et aussi agissant dans nos vies qu'il l'était il y a 2000 ans. C'est cela la foi chrétienne.

Fêter Noël, fêter Noël en profondeur, c'est ouvrir les yeux sur la présence de Dieu. C'est accueillir Dieu dans sa vie pour la rendre heureuse. « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière », avons-nous lu en première lecture.

Dieu s'est fait homme, Dieu vit avec nous, pour nous éclairer, pour nous montrer comment vivre une vie humaine. Il n'est pas venu nous sortir du monde, faire de nous de faux mystiques qui mépriseraient les réalités, les biens, les joies terrestres. L'incarnation ce ne sont pas les hommes qui deviennent Dieu, qui essaient de s'habiller comme Dieu; c'est Dieu qui se fait homme pour vivre avec nous la condition terrestre et nous dire :
« Vous êtes tous frères »...
« Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé »...
« Pardonnez jusqu'à 77 fois 7 fois  comme le Père vous pardonne » ...
« Le plus grand parmi vous est le plus petit, ce n'est pas celui qui est servi, mais celui qui sert... »
« Il y a plus de plaisir à donner qu'à recevoir... Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime. »

L'enfant dans la crèche vient apporter la paix sur la terre. Mais il ne la fera pas par autorité, par la force comme on fait la guerre. Il respecte notre liberté. Il nous demande de la faire en son nom et avec lui. Chaque génération a à la construire dans la situation qui est la sienne. Nous, dans les conflits politiques actuels, dans les difficultés que nous vivons dans nos couples, dans nos familles, nos milieux de travail.

Regardons bien l'enfant dans la crèche. Il ne casse rien, il ne fait  tomber sur personne le feu du ciel. C'est un nouveau-né complètement démuni. Comprenons sa méthode pour sauver le monde. Cet enfant a besoin de nos mains, de nos bras, de notre coeur, de notre personne pour réussir quelque chose, pour construire le monde de justice, de paix, d'amour qu'il vient établir. En regardant la crèche, entendons-le déjà nous dire :
« Bienheureux les pauvres, bienheureux ceux qui on faim et soif de justice. » Entendons-le nous dire: « Viens, suis-moi. » Ne lui reprochons pas de ne rien faire pour combattre le mal dans le monde, sans nous demander ce que nous, nous faisons. Dieu est présent dans le monde, mais il ne peut pas être agissant sans nous, c'est un tout petit enfant.

Nourrissons-nous bien de lui ce soir, laissons-le nous habiter de son Esprit, pour aller chez nous, dans notre milieu de vie, apporter un  peu  de sa paix, de sa manière de vivre. N'oublions pas ses noms: «Merveilleux conseiller », « Prince de la paix ». 

Jean-Louis Auger