Homélie du dimanche de l'Épiphanie, prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 7 janvier 2001
Regardons bien ces mages qui viennent d'arriver dans la crèche. Ils ont suivi une étoile, ils s'agenouillent, offrent des présents; ils retourneront chez eux par une autre route. Ils nous ressemblent et ils nous invitent à les imiter.
Ils ont suivi une étoile; elle n'était pas toujours très claire, très visible. Bien des gens de leur temps ne l'ont pas remarquée, la fameuse étoile ... ou ont fait semblant de ne pas la voir ... et surtout n'ont pas « embarqué » dans le cortège. Comme le roi Hérode, ils n'avaient aucunement l'idée d'être embarrassés par Dieu. En voyant passer les mages, ils ont ri et ils leur ont dit: « Vous croyez encore à cela vous autres? »
La foi de tous les temps suppose une démarche personnelle. C'est à chacun de décider de s'engager sur la route qui conduit à Dieu. Comme pour les mages autrefois, il y a une étoile dans le firmament de nos vies : elle s'appelle Jésus et son Évangile. Oh! elle n'est pas toujours bien claire, bien visible. Parfois elle disparaît, nous ne savons plus quoi faire, où aller. A nous de rechercher l'étoile; à nous de savoir attendre que les nuages passent; à nous de retrouver dans la réflexion, dans la prière, dans la célébration eucharistique... la lumière nécessaire pour garder le cap sur l'essentiel : sur Dieu et sur son royaume.
Les mages se sont prosternés et ont adoré l'enfant. Ils ont fait ce qu'Hérode ne voulait surtout pas faire : reconnaître un autre maître, un autre roi que lui-même.
Les Hérode sont nombreux aujourd'hui : ce sont tous ces gens qui ne veulent rendre de comptes à personne, même pas à Dieu. Ils sont les uniques maîtres de leur vie, de leurs biens, du monde. « Mon argent, je l'ai gagné, il est à moi, je peux en faire ce que je veux... Mon corps, ma vie, mon temps m'appartiennent, je peux en disposer à mon gré. » Les Hérode d'aujourd'hui, comme celui d'autrefois, tuent les innocents, les pauvres, les petits, les chômeurs, les assistés sociaux... Les Hérode d'aujourd'hui ne peuvent avoir d'implications sociales, il n'y a qu'eux qui existent.
Les mages nous invitent à nous agenouiller et à adorer l'enfant, non seulement en paroles, mais en actes. Ils nous invitent à donner à Dieu la place qui est la sienne; à le servir avec attention, amour, efficacité dans les personnes qui le représentent auprès de nous : nos proches. Adorer Dieu, ce n'est pas seulement une geste rituel, un geste de prière; c'est faire que notre monde soit le monde de Dieu; c'est construire chez nous et autour de nous le royaume de justice, de paix et d'amour que le Christ est venu établir.
Les mages ont offert à Jésus des cadeaux: de l'or, de l'encens et de la myrrhe. Yvon Deschamps, dans un de ses monologues, trouve que ce n'est pas très pratique pour un enfant naissant. Il a raison. Retenons la signification des présents, reconnaissons Jésus comme Dieu, Roi et Messie mais donnons-lui un cadeau pratique, celui qu'il a lui-même demandé : « J'ai eu faim et vous m'avez donné à manger. J'ai eu soif et vous m'avez donné à boire... Ce que vous faites aux moindres de ces petits, c'est à moi que vous le faites. » Le vrai cadeau des mages, c'est leur marche pour venir à Jésus; notre vrai cadeau ne peut être que notre marche à la suite de Jésus.
Enfin, les Rois mages ont pris une autre route pour entrer chez eux. Ils n'ont pas voulu passer par Jérusalem et être du clan d'Hérode. Pour être fidèles à Jésus, ils ont accepté de changer leur itinéraire.
En nous agenouillant devant la crèche, comme les mages, écoutons bien les appels du Seigneur. Il peut nous demander de changer de route, du moins de couper des courbes; il peut nous demander d'opérer des changements sérieux, de faire du neuf dans notre vie personnelle, dans notre paroisse, dans notre Église. Peut-être entendrons-nous des appels dérangeants; ils seront l'étoile qui nous conduira à Jésus, qui nous conduira au bonheur... comme pour les mages.
Jean-Louis Auger