On ne peut voir Dieu sans le reconnaître, sans renoncer à quelque chose, sans mourir.
" L'Esprit du Seigneur... m'a envoyé annoncer aux aveugles le retour à la vue " (Luc 4, 18).
" Christ, notre Dieu, Soleil de Justice qui dépasse tout entendement,
toi qui, en le touchant, a ouvert les yeux de l'aveugle-né,
ouvre les yeux de nos âmes et fait de nous des enfants de lumière... ".
Je viens vers toi,
ô Christ,
les yeux de l'âme aveuglés comme l'aveugle-né
et je crie vers toi avec repentir .
Tu es la Lumière à la suprême clarté pour tous ceux qui sont dans les ténèbres .
La lumière du monde : Jésus Christ libérateur et sauveur !
Réflexion pour le 4e dimanche du Carême A
En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : "Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? " Jésus répondit : " Ni lui ni ses parents n'ont péché, mais c'est afin que soient manifestées en lui les oeuvres de Dieu. Tant qu'il fait jour, il nous faut travailler aux oeuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient, où nul ne peut travailler. Tant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. " Ayant dit cela, il cracha à terre, fit de la boue avec sa salive, enduisit avec cette boue les yeux de l'aveugle, et lui dit : " Va te laver à la piscine de Siloé " (ce qui veut dire : Envoyé). L'aveugle s'en alla donc, il se lava et revint en voyant clair.
Les voisins et ceux qui étaient habitués à le voir auparavant, car c'était un mendiant, dirent alors : " N'est-ce pas celui qui se tenait assis à mendier ? " Les uns disaient : " C'est lui. " D'autres disaient : " Non, mais il lui ressemble. " Lui disait : " C'est moi. " Ils lui dirent alors : " Comment donc tes yeux se sont-ils ouverts ? " Il répondit : " L'homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, il m'en a enduit les yeux et m'a dit : "Va-t'en à Siloé et lave-toi. " Alors je suis parti, je me suis lavé et j'ai recouvré la vue. " Ils lui dirent : " Où est-il ? " Il dit : " Je ne sais pas. "
On le conduit aux Pharisiens, l'ancien aveugle. Or c'était sabbat, le jour où Jésus avait fait de la boue, et lui avait ouvert les yeux. A leur tour les Pharisiens lui demandèrent comme il avait recouvré la vue. Il leur dit : " Il m'a appliqué de la boue sur les yeux, je me suis lavé et je vois. " Certains des Pharisiens disaient : " Il ne vient pas de Dieu, cet homme-là, puisqu'il n'observe pas le sabbat " ; d'autres disaient : " Comment un homme pécheur peut-il faire de tels signes ? " Et il y eut scission parmi eux. Alors ils dirent encore à l'aveugle : " Toi, que dis-tu de lui, de ce qu'il t'a ouvert les yeux ? " Il dit : " C'est un prophète. " Les Juifs ne crurent pas qu'il eût été aveugle tant qu'ils n'eurent pas appelé les parents de celui qui avait recouvré la vue. Ils leur demandèrent : " Celui-ci est-il votre fils dont vous dites qu'il est né aveugle ? Comment donc y voit-il à présent ? " Ses parents répondirent : " Nous savons que c'est notre fils et qu'il est né aveugle. Mais comment il y voit maintenant, nous ne le savons pas ; ou bien qui lui a ouvert les yeux, nous, nous ne le savons pas. Interrogez-le, il a l'âge ; lui-même s'expliquera sur son propre compte. " Ses parents dirent cela parce qu'ils avaient peur des Juifs ; car déjà les Juifs étaient convenus que, si quelqu'un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue. C'est pour cela que ses parents dirent : " Il a l'âge : interrogez-le. "
Les Juifs appelèrent donc une seconde fois l'homme qui avait été aveugle et lui dirent : "Rends gloire à Dieu ! Nous savons, nous, que cet homme est un pécheur. " Lui répondit : "Si c'est un pécheur, je ne sais pas ; je ne sais qu'une chose : j'étais aveugle et à présent j'y vois. " Ils lui dirent alors : " Que t'a-t-il fait ? Comment t'a-t-il ouvert les yeux ? " Il leur répondit : " Je vous l'ai déjà dit et vous n'avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous l'entendre à nouveau ? Est-ce que, vous aussi, vous voudriez devenir ses disciples ? " Ils l'injurièrent et lui dirent : " C'est toi qui es son disciple ; mais nous, c'est de Moïse que nous sommes disciples. Nous savons, nous, que Dieu a parlé à Moïse ; mais celui-là, nous ne savons pas d'où il est. " L'homme leur répondit : " C'est bien là l'étonnant : que vous ne sachiez pas d'où il est, et qu'il m'ait ouvert les yeux. Nous savons que Dieu n'écoute pas les pécheurs, mais si quelqu'un est religieux et fait sa volonté, celui-là il l'écoute. Jamais on n'a ouï dire que quelqu'un ait ouvert les yeux d'un aveugle-né. Si cet homme ne venait pas de Dieu, il ne pourrait rien faire. " Ils lui répondirent : " De naissance tu n'es que péché et tu nous fais la leçon ! " Et ils le jetèrent dehors.
Jésus apprit qu'ils l'avaient jeté dehors. Le rencontrant, il lui dit : " Crois-tu au Fils de l'homme ? " Il répondit : " Et qui est-il, Seigneur, que je croie en lui ? " Jésus lui dit ; " Tu le vois ; celui qui te parle, c'est lui. " Alors il déclara : " Je crois, Seigneur ", et il se prosterna devant lui. Jésus dit alors : " C'est pour un discernement que je suis venu en ce monde : pour que ceux qui ne voient pas voient et que ceux qui voient deviennent aveugles. " Des Pharisiens, qui se trouvaient avec lui, entendirent ces paroles et lui dirent : " Est-ce que nous aussi, nous sommes aveugles ? " Jésus leur dit : " Si vous étiez aveugles, vous n'auriez pas de péché ; mais vous dites : Nous voyons !
Votre péché demeure. "
Dimanche dernier, avec la Samaritaine nous découvrions Jésus dans l'image de l'eau vive. Aujourd'hui, avec l'aveugle-né, nous découvrons qu'il est la Lumière du monde. C'est un thème pascal important.
Jésus rencontre un homme, aveugle de naissance ; ayant fait une mixture de boue et de salive, Jésus envoie l'homme se layer dans la piscine de Siloé - Siloé veut dire «envoyé de Dieu»... Pour voir clair, il faut aller vers Jésus. C'est Jésus, la lumière. C'est lui qui fait voir.
L'homme recouvre donc la vue et devient l'objet de la curiosité hostile, d'une enquête, et des questions insidieuses des Pharisiens. Ceux-ci peuvent bien déclarer que Jésus est un pécheur : l'homme proteste qu'un pécheur n'a pas la puissance de rendre la vue à un aveugle. Expulsé par les Pharisiens, l'ancien aveugle est retrouvé par Jésus. Jésus lui demande s'il croit au Fils de Dieu. " Qui est-il, Seigneur, pour que je croie en lui? ". Jésus répond : " Tu le vois ; c'est celui qui te parle " (On se rappellera la phrase toute semblable dite par Jésus à la Samaritaine). " Alors il dit : Je crois, Seigneur, et il se prosterna devant lui ".
Les pharisiens ne pouvaient pas comprendre. Ils voyaient Jésus de leurs yeux grand ouverts. Ils ont été témoins du miracle, mais ils ont refusé d'en voir le signe. Ils ont refusé de voir le sens, la signification de ce miracle. Ce sont des pratiquants scrupuleux du détail. Mais ils en oublient l'essentiel. Ce sont des croyants non-voyants.
L'aveugle né de l'Évangile, c'est vous, c'est moi. C'est tout homme qui a besoin d'être illuminé par Dieu, qui ne possède pas en lui la lumière et qui reconnaît qu'il ne voit pas tout. C'est l'homme qui accepte qu'un autre que lui-même puisse le conduire, le mener là où il ne voudrait pas : au pardon, au partage, à la rencontre de l'autre.
La lumière du Christ nous arrache à la nuit de nos doutes et de nos peurs.
La lumière du Christ nous arrache à la nuit de nos indifférences, de nos solitudes, et de la mort. Jésus nous fait entrer dans le monde de la lumière où la réalité de notre existence est transfigurée, où chacun est invité à tout regarder avec les yeux de la foi, où chacun est invité à reconnaître les signes du Royaume et de la présence agissante du Christ. Ce nouveau regard est un don de Dieu. Ce sont les yeux mêmes de Jésus qui nous sont offerts. Cette guérison est l'oeuvre du Seigneur qui poursuit son oeuvre en nos coeurs. Elle est véritable création, naissance à une vie nouvelle, naissance dans la lumière.
L'homme qui était aveugle de naissance était le seul à voir ce qui se voit. Ouvrant pour la première fois ses yeux sur les visages des hommes, il a dû s'étonner de ne pas y voir briller la lumière et la joie. Ils avaient tous une drôle façon de regarder. Finalement, il a rencontré le visage aux yeux de lumière qui lui a dit sans mentir : " Tu le vois ; c'est celui qui te parle". Au contact de cette source d'eau vive plus pure encore que celle de Siloé, l'aveugle né puise le sens de la vie, c'est-à-dire " Voir Dieu. "
Le Carême, c'est le temps des voyants de Dieu, des visionnaires, de ceux et celles qui ont une vision du monde à la manière de Jésus. C'est le temps de ceux et celles qui veulent éclairer leur projet personnel, conjugal, familial et social à la lumière de l'évangile.
Serge Lefebvre