Alors que les
Juifs réclament
les signes du Messie, et que
le monde grec recherche une sagesse,
nous,
nous proclamons
un Messie crucifié, scandale
pour les Juifs,
folie pour
les peuples païens.
Mais pour ceux
que Dieu appelle, qu'ils soient
Juifs ou Grecs,
ce Messie est puissance de Dieu
et sagesse de Dieu. Car la folie
de Dieu
est plus sage
que l'homme,
et la faiblesse
de Dieu
est plus forte
que l'homme.
L'évangile de ce dimanche parle du Temple,
la maison de Dieu, aux deux sens
du terme.
Le Temple
comme édifice,
celui de Jérusalem où Jésus
s'est rendu fréquemment
pour la prière;
et le Temple
qui est son corps, présence physique de Dieu
parmi les hommes.
La plupart
du temps,
Jésus se montre patient,
amoureux de la vie
et des personnes qu'il rencontre
sur ses routes;
il s'adresse à eux avec une parole
qui sort tout droit
du coeur.
Mais cette fois-ci,
la colère s'empare
de lui,
traduisant ce que
les prophètes appelaient
« la passion
de Dieu »
et on pourrait
ajouter
la passion
des êtres humains.
Réflexion pour le 3e dimanche du Carême B
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 2, 13-25
Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : L'amour de ta maison fera mon tourment. Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répondit: « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai.» Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.
Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait. Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme : il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.
Nous sommes préoccupés par le conflit qui oppose les partisans d'une intervention armée, ceux d'une solution diplomatique, et l'Irak. C'est maintenant la guerre! Nous avons entendu les justifications mais plusieurs n'y voient que des prétextes. Seul semble compter les signes de puissance de certains dirigeants occidentaux. C'est l'image qui importe, quel qu'en soit le prix! Jésus était aussi un grand créateur d'images. Ses paraboles sont toutes, à leur façon, des images fortes, des images parlantes. Bien avant le développement des médias, les images jouaient déjà un rôle essentiel. L'image de Jésus, elle, n'était pas trompeuse, elle était un vrai signe de révolution, elle indiquait la venue du Royaume, d'un ordre nouveau. Elle indiquait la crucifixion et la résurrection de Jésus, et tout ce que ces événements impliquent.
Célébrée au printemps, la Pâque est la plus grande des fêtes annuelles de la religion juive. Tout juif fidèle qui peut, s'efforce alors de monter en pèlerinage à Jérusalem, la ville sainte, afin de se rendre à l'unique Temple de Dieu. C'est pour le juif le lieu le plus sacré du monde et le moment le plus solennel de l'année. A la place de la dignité solennelle et des murmures étouffées de la prière, Jésus trouve le mugissement des boeufs et le bêlement des moutons. A la place d'une sainte adoration, Jésus trouve l'agitation bruyante d'un marché. Tout ce commerce devait paraître tout à fait normal au juif moyen. Mais pas à Jésus. Jésus administre à ses contemporains juifs un traitement de choc. Il accomplit un acte qui a deux sens différents en même temps: un sens ayant trait à la situation matérielle immédiate et un sens symbolique ayant trait à sa vraie mission.
Le geste de Jésus est un signe, une action qui a un sens caché et qui annonce d'avance ce que le Christ va faire. Selon les apparences, le Temple est un édifice splendide, une institution impressionnante, preuve d'une très grande dévotion devant Dieu. L'inspection effectuée par Jésus révèle une réalité bien différente. La religion du Temple, corrompue par l'impiété et la cupidité d'hommes mauvais, n'a plus rien à voir avec le vrai culte et le respect de Dieu. Le commerce n'est là que comme symptôme du mal. Les marchands n'ont pas dû être chassés pour bien longtemps Quant à l'image, elle reste !
«Enlevez-moi tout ça!» Jésus passe à l'acte. Il provoque l'esclandre, puis il s'explique. Il revendique son acte. Jésus provoque alors un incident dans le temple de Jérusalem, il crée une image forte. Et quand il parle de la destruction du temple et de sa reconstruction, il va plus loin, dans la même direction. Il y est question de passage à un ordre nouveau, de détruire une réalité injuste et de la remplacer par quelque chose d'autre.
Quel sera donc ce nouveau temple qui succédera à l'ancien? Ce ne sera pas un nouveau temple de pierre. C'est par Jésus que nous avons accès auprès de Dieu; en venant à lui, nous montons vers le Père. Jésus ne va pas simplement abolir le Temple, il va accomplir ce que le Temple symbolisait: la présence de Dieu ouverte aux hommes. Plus de temples à construire, plus de seuils à franchir, plus de voiles à déchirer. Dieu est devenu présent pour nous dans la personne de son Fils. C'est en lui désormais que nous rencontrons notre Dieu.
L'épisode des marchands du temple est une annonce du projet de Jésus. Ce projet, c'est de se donner, complètement, jusqu'à en mourir. De donner sa personne. L'Occident est placé devant un vrai défi qu'il faut relever : donner de lui une image nouvelle, qui ait sa source dans un amour inconditionnel de l'humain. L'amour que Dieu nous a donné et qui nous permet à notre tour d'aimer, sans conditions. C'est plus qu'un temple qu'il fait reconstruire : c'est un peuple aimant et solidaire. Ce peuple, c'est nous. Soyons, par nos vies, l'image de ce monde à venir. Osons jouer la radicalité de l'Évangile! Cela vaut bien une bonne colère...
Serge Lefebvre
d'après diverses sources