Homélie du 3e dimanche du Carême, 
le 18 mars 2001.


Les deux calamités dont il est question dans la première partie de l'Évangile (Pilate qui fait massacrer des Galiléens et la tour de Siloé qui tombe sur dix-huit personnes) n'ont pas laissé de traces dans l'histoire. L'enseignement de Jésus est cependant clair: il n'y a pas de relation directement voulue par Dieu entre les malheurs de ces personnes et leurs péchés. Cela fait penser à un autre passage d'Évangile, où les disciples demandent à Jésus, en voyant un homme qui est né aveugle. Qui donc a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Et Jésus de répondre : Ni lui, ni ses parents (Jean 9, 2-3a).

Ces passages sont importants. Bien sûr, le monde a évolué ; en général, aujourd'hui, on est moins porté qu'au temps de Jésus à voir dans les épreuves une punition directement voulue par Dieu. Cela ne signifie pourtant pas qu'il ne reste pas en nous un vieux fonds de superstition que nous n'osons peut-être pas nous avouer à nous-mêmes mais qui demeure bien vivant, parfois même chez des gens très instruits !

Il arrive, par exemple, que l'on pense ou que l'on dise : «Qu'est-ce que j'ai bien pu faire à Dieu pour qu'une telle catastrophe m'arrive ? » On ne le dit pas tout à fait sérieusement, mais... Ou l'on dit de quelqu'un : «Il l'a bien mérité... » ou bien : «Dieu ne se laissera pas toujours faire : il va lui arriver quelque chose ! » Ou encore on se sent exagérément mal après une erreur ou une faute, tellement mal qu'on n'ose même pas imaginer que quelqu'un puisse s'intéresser à nous, surtout pas Dieu !

Et quelle est notre réaction devant les infirmités physiques ou mentales ? Dans certaines attitudes, il y a un malaise qui vient en partie, bien sûr, de l'étrangeté de la chose... ou encore de la peur (on sait bien que ce qui a pu arriver aux autres aurait pu ou pourrait nous arriver à nous) ; mais, quand on est tenté d'aller jusqu'au mépris pour une personne malade ou pour sa famille, est-ce que, au fond de nous-mêmes, nous ne sommes pas portés à reprocher à ces gens leur épreuve comme s'il y avait en eux quelque chose de mauvais, de la même façon qu'au temps de Jésus ?

L'Évangile n'est pas inutile : Jésus n'est pas venu chez nous pour rien ! Sans Jésus, nous serions sans doute tentés de nous représenter Dieu comme s'il était en tout semblable à nous : jaloux, vengeur, toujours en train de chercher la bête noire, prenant plaisir à punir, incapable de gratuité. Et, pourtant, la vérité est à l'opposé...

La vérité est que Dieu cherche non pas à punir, mais à pardonner. La vérité est que Dieu agit rarement de façon directe sur le monde qu'il a créé : il respecte infiniment ses créatures et les lois physiques qui les régissent, il respecte même notre liberté. La vérité est que Dieu ne vient ordinairement pas nous punir magiquement pour nos fautes : ce sont plutôt nos fautes qui nous attirent des ennuis, à nous-mêmes ou à notre entourage.

Notre Père est lent à la colère et plein d'amour (Psaume 102, 8b). Devant un arbre qui ne donne pas de fruit, il n'arrive pas à se décider à le couper : il attend, il attend, il espère... Devant celui qui ne veut pas suivre le chemin tracé par Jésus, il attend avec la même patience et la même espérance. Comme une maman qui marche avec son enfant, il ajuste son pas.

Ainsi, notre Dieu est près de nous non seulement dans les moments de joie, mais aussi lorsque nous traversons l'épreuve ou lorsque nous pêchons. Tant mieux si notre épreuve ou notre péché nous incitent à nous convertir, pourvu que nous nous convertissions à un Dieu qui pardonne et non pas à un Dieu qui se venge !

L'abbé Léon Brillon



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