Les tentations de Jésus ont duré de sa naissance jusqu'à sa mort sur la croix.
« Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
C'est là une tentation bien de notre temps.
Les tentations de Jésus, ce sont les tentations de tout le monde.
Nous avons les mêmes tentations que Jésus et nous avons à les rejeter de la même manière.
Renaissons à la confiance en Dieu.
Donnons-lui de la place dans notre vie, donnons-lui sa place.
Homélie du 1er dimanche du Carême prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 17 février 2002
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 1-11
Alors Jésus fut conduit par l'Esprit au désert, Pour être tenté par le diable. Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il finit par avoir faim. Le tentateur s'approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » Mais il répliqua : « Il est écrit: Ce n'est pas seulement de pain que l'homme vivra, mais de toute parole sortant de la bouche de Dieu. » Alors le diable l'emmène à la Ville Sainte, le place sur le faîte du Temple et lui dit: « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas, car il est écrit : Il donnera pour toi des ordres à ses anges et ils te porteront sur leurs mains pour t'éviter de heurter du pied quelque pierre. » Jésus lui dit : « Il est aussi écrit : « Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu. » Le diable l'emmène encore sur une très haute montagne; il lui montre tous les royaumes du monde avec leur gloire et lui dit: « Tout cela je te le donnerai, si tu te prosternes et m'adores. » Alors Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! Car il est écrit : Le Seigneur ton Dieu tu adoreras et c'est à lui seul que tu rendras un culte. » Alors à diable le laisse, et voici que des anges s'approchèrent, et ils le servaient.
À première vue, Jésus a eu d'étranges tentations. Ça n'arrive pas à tout le monde d'être tenté de changer des pierres en pain, de se jeter du haut du temple, de prendre possession de tous les royaumes du monde. Mais ne considérons pas cet Évangile comme un récit historique. Sachons lire entre les lignes, comprendre le style, traduire la parabole, nous réaliserons que Jésus a marché sur des routes bien semblables aux nôtres.
Les tentations de Jésus n'ont pas été le fait d'un moment. Elles ont dépassé de beaucoup les quarante jours du désert. En fait, elles ont duré de sa naissance jusqu'à sa mort sur la croix.
En tout temps, les Juifs, les pharisiens et même ses apôtres ont essayé de détourner Jésus de sa mission. Ils l'ont continuellement invité à se dévêtir de sa divinité, à s'affranchir de son Père, à se donner une mission purement terrestre. Combien de fois n'a-t-on pas voulu qu'il se fasse roi pour que le peuple de Dieu domine tous les autres peuples et par le fait même cesse d'être le peuple de Dieu? Même après la résurrection, les apôtres lui disent: « Est-ce maintenant que tu vas rétablir le Royaume d'Israël? » C'était la tentation d'Adam et Eve dans la première lecture.
« Vous serez comme des Dieu » avait dit le serpent. C'est notre tentation à nous aussi.
«Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.» C'est là une tentation bien de notre temps. On vit pour son ventre. On veut gagner de l'argent, le plus que l'on peut; avoir du plaisir, le plus que l'on peut; réussir sa vie professionnelle, sa vie sociale le mieux que l'on peut. Pas de prière, pas de messe, pas de religion. On dit que Dieu existe mais on vit comme s'il n'existait pas, comme s'il n'y avait pas au fond de nous-mêmes une aspiration profonde à une vie spirituelle, à une relation avec Dieu.
« Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas du Temple, Dieu ordonnera à ses anges de te porter sur leurs mains. » Une autre tentation bien de notre temps, celle de se servir de Dieu et non de le servir. Je lui reproche ma condition mortelle, ma maladie, mon échec. Je lui reproche les guerres, la pauvreté, la misère dans le monde, comme s'il devait accomplir ce qu'il m'a demandé de faire.
« Tout cela, je te le donnerai si tu te prosternes pour m'adorer ». Nous n'avons pas dans nos temples, au coin de nos rues, des idoles de pierre, de bonze ou de bois, mais nous avons d'étranges croyances et disons de drôles de phrases. Nous parlons en termes de « ils ». « Ils » vont nous envoyer de la pluie. Nous ne prions pas Dieu, mais nous demandons aux gens de nous envoyer des ondes positives, de penser très fortement à telle chose pour qu'elle se produise. Ces croyances, ces pratiques ne nous détournent-elles pas du vrai Dieu, ne nous empêchent-elles pas d'adorer l'unique Dieu, celui que nous a révélé Jésus?
Les tentations de Jésus, ce sont les tentations de tout le monde et de tous les temps. Remarquons bien comment Jésus les a chassées. À chaque tentation, il répond à Satan en citant une Parole de Dieu. « Il est écrit: ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre... Il est écrit: tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu... Il est écrit: c'est ton Dieu seul que tu adoreras. » Toute sa vie Jésus a résisté à la tentation en faisant confiance au Père, en se mettant à son écoute, en faisant sa volonté. À l'âge de douze ans, au temple, il disait à sa mère : « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père. » Sur le haut de la croix, il disait : « Non pas ma volonté, mais que ta volonté soit faite. »
Nous avons les mêmes tentations que Jésus et nous avons à les rejeter de la même manière. Les textes du mercredi des cendres nous ont demandé de revenir à Dieu de tout notre coeur. Ce premier dimanche du carême a comme thème : renaître à la confiance en Dieu. Donnons-lui de la place dans notre vie, donnons-lui sa place.
Jean-Louis Auger