Homélies...
Accueil
Homélie du 2e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 14 janvier 2001

Je trouve rafraîchissant de voir Jésus aux noces avec sa mère et ses compagnons; à une vraie noce juive qui dure plusieurs jours puisqu'on écoule toute la réserve de vin. Jésus fait la fête, il danse, il chante, il s'amuse. Son cousin Jean-Baptiste n'est pas là; il jeûne dans le désert et prêche le baptême de conversion avec beaucoup de sérieux.  Bien des chrétiens ne voient pas Jésus là;  ils aiment se le représenter en prière dans la montagne... ou confrontant les docteurs de la loi au temple ... ou faisant la morale aux pharisiens dans une synagogue de Galilée.

Ce n'est probablement pas la seule noce à laquelle a participé Jésus. On le voit fréquemment à la table des publicains. Il mange chez Zachée, chez Matthieu, chez Marie et Marthe. En fait, il parcourt la Galilée au milieu d'une fête continuelle. Ceux qui se disent ses disciples l'ont souvent oublié au cours des siècles.

La religion de Jésus n'est pas une religion triste et contraignante. On sait comment Jésus s'est opposé aux pharisiens, à leurs lois tatillonnes et embarrassantes. Il leur a reproché de mettre sur les épaules des pauvres gens des fardeaux qu'il ne veulent pas toucher du bout du doigt.  La religion de Jésus est exigeante, elle a les exigences de l'amour; mais, justement à cause de cela, elle ouvre à la joie et à la fête. Une mauvaise compréhension du christianisme nous a présenté comme suspect le plaisir et vertueux la recherche de la souffrance. C'est aberrant. Ce qui est mal, c'est la recherche du plaisir au détriment de l'autre, sans vouloir le partager avec l'autre, sans vouloir servir l'autre. « Il y a plus de plaisir à donner qu'à recevoir » a dit Jésus.

« Un saint triste est un triste saint » affirme  l'adage.  Il ne peut pas être plus juste. Jésus est venu combattre la tristesse. « Bienheureux ceux qui pleurent, ils seront consolés » a-t-il dit. Si notre religion ne contribue pas à nous rendre heureux, laissons-la; nous n'avons pas la bonne religion. Si nous ne montrons pas que nous sommes heureux, que nous sommes bien dans notre foi, nous n'aurons aucune influence, nous ne manifesterons pas le visage de Jésus. Le visage de Jésus est souriant.

Le miracle de Cana a une signification symbolique. Six cuves d'eau servant aux ablutions juives transformée en vin, ça fait beaucoup de vin, environ 800 bouteilles; beaucoup plus qu'il ne faut pour terminer une noce. Il y a un lien entre la fête de Cana et le Christ sur la Croix ... l'heure de Jésus. Aux deux événements Marie est présente et se fait appeler « femme » par Jésus :
« Femme, que me veux-tu? » ... « Femme, voilà ton Fils. »  Il y a un lien entre les noces de Cana et le repas de la dernière Cène.  À la dernière Cène, Jésus continue son miracle, il transforme le vin en son sang. « Prenez et buvez-en tous, ceci est mon sang versé pour vous. » Le vrai vin nouveau versé en abondance pour la vie et la joie du monde, c'est Jésus lui-même.

Tout l'enseignement de Jésus est une invitation à passer des cuves pour les ablutions juives à sa coupe, à passer de la vieille religion ritualiste des Juifs à la religion du coeur. Peu de temps après les noces de Cana Jésus dira : « Il vous a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Et moi je vous dis : Aimez vos ennemis et faites du bien à ceux qui vous persécutent. » Il vous a été dit... Et moi je vous dis. Avec Jésus, il y a une nouvelle manière de voir, de penser, une nouvelle manière de vivre. Il y a un nouveau vin : il s'appelle Jésus.

C'est à ce nouveau vin que nous venons boire dimanche après dimanche pour avoir l'esprit de Jésus et vivre ...et faire vivre la fête. « Je suis venu pour qu'ils aient la vie et l'aient en abondance. »

Jean-Louis Auger

Homélies