Lorsque l'on se décide à faire quelque chose de difficile, d'exigeant, on dit parfois :
« Je plonge ».
C'était cela le baptême de Jean-Baptiste: un plongeon.
Voici que les cieux s'ouvrirent.
Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour.'
Parce que nous sommes baptisés, parce que nous sommes enfants de Dieu, il nous faut correspondre à l'amour d'un Dieu qui nous a aimé le premier.
Je te connais par ton nom, tu es précieux à mes yeux. Mon amour pour toi ne s'en ira jamais.
Homélie de la fête du Baptême du Seigneur prononcée
à l'église Saint-François d'Assise le 13 janvier 2002
Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait.- «C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi!» Mais Jésus lui répondit: «Pour le moment, laisse-moi faire; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste.» Alors Jean le laisse faire.
Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j'ai mis tout mon amour. »
Il y a une très grande différence entre le baptême que donnait Jean-Baptiste et le baptême que nous avons reçu.
Le baptême de Jean-Baptiste était un baptême de conversion. Les Juifs qui venaient à lui se reconnaissaient pécheurs et décidaient de changer de vie. Pour signifier leur ferme propos, ils posaient un geste rituel très significatif. Ils plongeaient dans le Jourdain, il s'immergeaient dans ses eaux pour en ressortir. Ils exprimaient par là une nouvelle naissance, un nouveau départ dans la vie. Lorsque l'on se décide à faire quelque chose de difficile, d'exigeant, on dit parfois : « Je plonge ». C'était cela le baptême de Jean-Baptiste: un plongeon. Ce n'était pas à une voie facile. Les gens qui le vivaient devenaient disciples de Jean, ils le suivaient au désert, faisaient pénitence comme lui et s'engageaient à vivre une vie parfaitement vertueuse.
Jésus, après trente ans d'une vie discrète dans le petit village de Nazareth, est venu se mêler à la foule des pécheurs pour recevoir le baptême de Jean-Baptiste. En posant ce geste, il a vécu son incarnation. Comme il l'a fait durant toute sa vie publique, il s'est rapproché des petits et des pécheurs, il s'est identifié à eux. Avec eux et comme eux, il a signifié son désir d'une vie pleinement vertueuse, toujours en accord avec la volonté de son Père.
Arrive alors un événement qui bouleverse sa vie et bouleversera la nôtre. « Voici que les cieux s'ouvrirent », venons-nous de lire dans l'Évangile. Pour dire que Dieu ne parlait plus et qu'il n'intervenait plus par ses prophètes en faveur de son peuple, les Juifs disaient que le ciel était fermé, comme nous, nous disons que Dieu ne nous entend pas. Avec le baptême de Jésus, le ciel s'ouvre et Dieu sort de son silence. « Il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe sur lui et des cieux une voix disait : 'Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour.' »
Cette parole du Père change tout pour Jésus. Il ne retourne pas dans son village de Nazareth, il ne va pas au désert avec Jean-Baptiste. Il parcourt villes et villages pour annoncer la Bonne Nouvelle, la venue du Royaume de Dieu. Le nouveau baptisé n'est pas seulement Jésus de Nazareth, il n'est pas un prophète parmi d'autres, il est le Fils de Dieu, il est Dieu lui-même venu chez les hommes. Il ne fait pas pénitence comme Jean-Baptiste dans l'espoir de compenser les péchés des hommes, il les pardonne. Quand il croise la femme adultère, Marie Madeleine, Zachée, les publicains, il ne leur dit pas comme Jean-Baptiste: « Faites pénitence, convertissez-vous. » Il dit : « Va, tes péchés sont pardonnés. »
Cette parole du Père change aussi tout pour nous. Le baptême que nous avons reçu n'est pas celui de Jean-Baptiste. C'est celui de Jésus. Au jour de notre baptême, sur nous aussi l'Esprit Saint est descendu, sur nous aussi le Père a dit: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour. » Le baptême que nous avons reçu a fait de nous des en-fants de Dieu. Ce n'est pas une image, c'est la réalité. La vie du baptisé, celle qui coule dans nos veines, n'est pas seulement humaine, elle est divine, pas seulement terrestre, elle est céleste, pas seulement temporelle, elle est éternelle. Bien sûr que nous avons à éviter le péché, à nous convertir comme le demande Jean-Baptiste. Dans un instant nous allons renouveler nos engagements du baptême. Mais la conversion n'est pas un prérequis au baptême, elle en est une conséquence. Parce que nous sommes baptisés, parce que nous sommes enfants de Dieu, il nous faut correspondre à l'amour d'un Dieu qui nous a aimé le premier.
Pour faire comprendre le baptême aux enfants de première année, nous vivions avec eux autrefois une célébration que j'aimais beaucoup, que j'aimais faire. Je me rendais dans leur classe et au cours de cette célébration, ils venaient me voir à tour de rôle, je leur disais au nom de Dieu en leur prenant les mains et les regardant dans les yeux la phrase de la Bible : « Je te connais par ton nom, tu es précieux à mes yeux. Mon amour pour toi ne s'en ira jamais. »
En cette fête du baptême du Seigneur, je dis la même chose à chacun de vous.
Jean-Louis Auger