Homélie du quatrième dimanche de l'Avent prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 23 décembre 2001
"Voici comment naquit Jésus Christ : comme Marie, sa mère, avait été fiancée à Joseph, avant leur union elle se trouva enceinte par l'action de l'Esprit-Saint. Joseph, son mari, qui était un homme de bien, et ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. Il y réfléchissait lorsque l'ange du Seigneur lui apparut en songe : «Joseph, dit-il, fils de David, ne crains point d'accueillir Marie, ta femme ; l'enfant qu'elle a conçu vient de l'Esprit-Saint. Elle va mettre au monde un fils, à qui tu donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.» En tous ces événements, s'accomplissait l'oracle inspiré du prophète : «Voici que la vierge va concevoir et enfantera un fils, auquel on donnera le nom d'Emmanuel» (Is. 7, 14) - c'est-à-dire : Dieu avec nous. Dès son réveil, Joseph exécuta ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit, et prit chez lui son épouse."
À la veille de Noël, j'aime m'imaginer Marie enceinte. Joseph se tient près d'elle; il la prendra chez lui. Cette scène que nous décrit l'Évangile d'aujourd'hui, nous dit comment Dieu nous est proche.
Assez souvent, quand je veux parler de religion ou de Dieu avec les gens qui viennent me voir, les fiancés pour un mariage ou les parents pour un baptême, j'essaie de partir d'eux. Je leur demande : « Qui est Dieu pour vous? Quelle image avez-vous de Dieu? » Les réponses sont ordinairement plutôt vagues. C'est très rare qu'on dit que Dieu, c'est Jésus. Comme si c'était trop simple. Comme si on était gêné. On dit : « C'est l'être suprême » ou « Nous croyons qu'il y a quelque chose au-dessus de nous » ou encore « Dieu, c'est le premier moteur, c'est celui qui était au début et qui a tout créé ». Et si on est influencé par le Nouvel Âge, on définit Dieu comme l'énergie du monde ou comme une force mystérieuse du cosmos. Ces manières de parler de Dieu ne sont pas nécessairement fausses. Mais elles font de Dieu un nuage, une idée, un principe plutôt qu'une réalité. Ça ne m'avance pas à grand chose. Ça ne dit rien de la personnalité de Dieu, des sentiments qu'il peut avoir pour moi, de ce qu'il peut faire pour moi.
Quand je regarde la Vierge enceinte, j'ai une toute autre idée de Dieu. Marie a senti Dieu bouger dans son ventre comme toute femme qui porte un enfant. Elle sait que Dieu a des pieds et des mains. Et moi aussi je le sais. Je sais que Dieu est venu habiter la terre, un petit coin dans le vaste cosmos. Il a choisi de vivre ma manière de vivre, il est donc intéressé à moi. Il m'aime, il me l'a dit.
Dieu n'a pas fait semblant, il ne s'est pas légèrement vêtu d'un manteau humain le temps de sa vie terrestre pour ensuite nous abandonner. Il se nomme Emmanuel, c'est à dire « Dieu-avec-nous », a dit le prophète. Mort, il est ressuscité, il est vivant. Il vit avec nous d'une autre manière, mais il est aussi réel, aussi présent, aussi efficace qu'il était il y a deux mille ans. Maintenant, moi aussi je le porte en moi. C'est avec lui que je fais Eucharistie ce matin. C'est de lui que je vais me nourrir dans un instant. Et il restera avec moi dans ma vie quotidienne, comme il est resté avec la Vierge après sa naissance.
Nous le répétons depuis le début de l'Avent, Jésus est venu nous inviter à réaliser le rêve du Père, à construire un monde meilleur, un monde de justice, de paix, d'amour. Ça ne veut pas dire qu'il s'est défilé, qu'il nous a laissé seuls. Il est toujours impliqué, partie prenante dans la réalisation de ce projet.
Un ami à moi, comptable de profession, a de lourdes responsabilités professionnelles et, comme plusieurs, des problèmes de famille. Je le rencontrais il y a quelque temps et je lui demandais comment ça allait. Il m'a répondu : « Ça va très bien. Je n'ai plus de problèmes, je les laisse à mon ami le matin et il s'en occupe. Essaye cela. Mais il faut que tu lui laisses pour vrai, il ne faut plus que tu y penses. » Certains diront que mon ami a une foi naïve. Il en a une, mais je préfère sa foi à celle qui fait dire : « Il y a quelque chose au-dessus. »
L'histoire de Marie et Joseph que nous venons de lire dans l'Évangile peut aussi sembler naïve, mais elle me révèle qui est Dieu et ce qu'il fait pour moi. Il n'est pas au-dessus de moi, il est à coté de moi. Il n'a pas seulement fait quelque chose pour moi au début de ma vie, il m'accompagne tous les jours. Ce n'est pas une vague énergie, c'est une personne avec qui je peux entrer en relation. Son nom, c'est Jésus, le <
« Dieu-qui-sauve ». C'est lui que nous fêterons à Noël. Pas un paquet d'énergie, par quelque chose qui risque de nous tomber dessus à tout moment, un petit enfant dans la ventre d'une maman.
Jean-Louis Auger