Homélie du quatrième dimanche de l'Avent,
prononcée à l'église Saint-François d'Assise
Chaque année, la liturgie du 4e dimanche de l'Avent nous fait jeter un regard sur Marie. Elle est enceinte, elle le sait, elle sent une vie en elle. Et, sans doute comme toutes les mamans, elle tient une douce conversation avec l'enfant qui grandit en elle, un mystérieux dialogue, une vie à deux commencée à la conception et qui ne se terminera pas, même à la naissance.
Marie, une laïque, est plus près de Dieu que le grand prêtre dans le temple de Jérusalem; moins parce qu'elle porte Dieu dans son ventre que parce qu'elle l'a accueilli dans sa foi et dans son coeur. Notons que la cousine Élisabeth la salue en lui disant : « Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. » Elle ne lui a pas dit : « Heureuse celle qui porte Jésus dans son ventre. »
En regardant Marie enceinte, la veille de Noël, je me pose une question ... pour moi et pour vous: «Savons-nous» Jésus en nous et tenons-nous conversation avec lui? Ce soir, nous ne ferons pas que nous souvenir d'un événement passé, aussi sublime soit-il; nous célébrerons une présence. Dieu n'est pas venu il y a deux mille ans nous faire une courte visite, il est venu établir sa demeure chez nous. Souvenons-nous, avant de quitter physiquement notre terre, il a dit : « Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles. » Bien sûr, il n'est pas corporellement en nous, ce fut la grâce unique de Marie, mais il est étroitement présent à notre vie, il est en nous par son Esprit. Là, exactement où nous sommes; là, exactement dans ce que nous vivons. Saint Paul disait : « Ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi. »
Quelle place lui faisons-nous individuellement et collectivement? Quelle conversation tenons nous avec lui? La Presse de vendredi rapportait que la pratique religieuse au Québec connaissait un véritable effondrement. Une personne sur quatre seulement participerait régulièrement à des services religieux. Je ne suis pas surpris, je pensais et je pense que les chiffres donnés par la Presse sont encore plus bas. C'est triste! La pratique rituelle n'est pas le tout de la vie chrétienne, mais elle en est un signe, elle en est un élément important. De quoi, ou plutôt de qui se nourrissent les Québécois? Quelle spiritualité, quelle intériorité gardent-ils? Il ne s'agit pas de retourner en arrière et encore moins de bouder la modernité et les avantages que nous ont apportés les sciences et la technique.
Marie et Jésus étaient de leur temps; ils étaient de toutes les fêtes, pensons à Cana. Il s'agit de vivre une vie humaine et divine dans tout cela et avec tout cela, en gardant contact et en nous laissant influencer par celui qui nous habite.
Regardons bien Marie enceinte tenir conversation avec l'enfant qu'elle porte. Émerveillons-nous de son intériorité, trouvons le goût de l'imiter. Dans nos parcours de vie agitée et matérialiste, ne devons-nous pas nous donner plus de temps de silence et de calme, viser une certaine sobriété de vie, refusant de faire de la consommation, du profit, du succès professionnel les buts de notre existence. Sur les pas de Marie, cherchons dans la prière et la lecture de la Parole celui-là seul qui peut combler notre coeur. C'est saint Augustin qui disait : « Mon Dieu, je te cherchais dehors et tu étais en dedans . »
Enfin, la conscience de la présence de Jésus en elle a poussé Marie à aller aider sa vieille cousine et à lui apporter la Bonne Nouvelle. Celui qui nous habite nous pousse, nous aussi, à aller annoncer sa présence par nos paroles et notre vie charitable. À l'occasion de Noël, saurons-nous dire à notre monde une parole sur Jésus?
Jean-Louis Auger