Homélie du troisième dimanche de l'Avent, prononcée
à l'église Saint-François d'Assise le 17 décembre 2000
« Que devons-nous faire? » demandent à Jean-Baptiste les gens qui le suivent. C'est la même question que posera un jour le jeune homme riche à Jésus: « Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle? » C'est la même question que nous nous posons lorsque nous nous demandons : « C'est quoi être chrétien en l'an 2000? »
Jean-Baptiste commence par répondre rapidement à la question; sa réponse est même un peu simpliste. Il dit aux collecteurs d'impôt de ne pas voler, de ne pas se « graisser » en demandant plus que ce qui est fixé par la loi; aux soldats, de ne pas tuer et torturer les gens. Il demande à tous de partager nourriture et vêtements. Mais il donne sa vraie réponse quand il pointe Jésus en disant à la foule d'aller à celui-là dont il n'est pas digne de défaire la courroie de ses sandales.
Jésus procède de la même manière avec le jeune homme riche. Il commence par lui dire: « Ne tue pas, ne vole pas, ne commets pas d'adultère, ne fais de tort à personne. » Mais quand le jeune homme lui dit: « Tout cela je l'ai observé depuis ma jeunesse », Jésus l'aima, rapporte l'évangéliste, et il lui dit: « Si tu veux être parfait, va, vends tout ce que tu as, donne le aux pauvres. Viens et suis moi .»
Bien sûr que, chrétiens, nous avons à vivre une vie morale, honnête, responsable devant Dieu et les hommes mais Jésus nous demande beaucoup plus que cela. Il nous demande de le suivre sur les routes de l'amour, sur des routes qui peuvent être inconfortables.
Dans quelques jours, ce sera Noël et nous dirons à tous ceux que nous rencontrerons : « Joyeux Noël !» Ce souhait m'a toujours semblé un peu étrange. N'avons-nous pas autre chose à nous souhaiter que de passer une joyeuse journée de Noël. Jésus n'est pas venu faire la fête, un jour, dans la crèche de Bethléem. Le jour de sa naissance est un jour extraordinaire pour l'humanité parce qu'il commence un monde nouveau. Au lieu de Joyeux Noël, il faudrait plutôt dire: « Je te souhaite la joie d'entrer dans le monde nouveau de Jésus . » Les Espagnols disent « Feliz Navidad », c'est à dire joyeuse naissance pour toi. C'est peut-être cela que Joyeux Noël veut dire.
La guignolée nous a permis de recueillir, il y a deux semaines, quelque
11 000$ en plus de toutes les victuailles et les dons de toutes sortes. Ces jours prochains, ici à Sainte-Julie et partout dans la province, on ira porter des paniers de Noël aux pauvres. C'est beau, c'est impressionnant, nous pouvons être fiers de notre générosité. Mais en voyant partir tous ces paniers, je ne puis m'empêcher de me demander: « Qu'est-ce qu'ils vont manger les autres jours et comment les pauvres vont-ils sortir de leur misère? » Suivre Jésus, comme demande Jean-Baptiste, ne se limite pas à l'observance de quelques lois et à quelques pratiques de dépannage un jour de Noël, mais amène à un engagement pour un monde nouveau où il y aura de la justice, de l'amour, de la paix pour tout le monde.
« Que devons nous faire? » - Ce que Jésus a fait : construire le Royaume qu'il est venu initier. Le construire chez nous, dans notre maison, dans notre bureau, dans notre milieu de travail; le construire partout dans le monde. Nous ne pouvons pas tout faire, c'est évident. D'autant plus que, comme le ménage à la maison, c'est continuellement à refaire. Nous ne sommes pas seuls, Jésus est là. Nous n'avons qu'à avoir son esprit, sa mentalité qui nous donne une seconde nature, nous amène à tenir des positions, à influencer les gouvernements, les organismes et à poser des actions en faveur des pauvres. Vendredi dernier, je suis allé à Victor-Gadbois, une maison de soins palliatifs. C'est plein de bénévoles qui se succèdent les uns aux autres pour chérir les malades. Malgré la triste situation des bénéficiaires (ils vont mourir), cette maison sent la joie et la paix. En sortant, je n'ai pu m'empêcher de me dire : «Dieu est là . »
« Soyez dans la joie, le Seigneur est proche », dit saint Paul dans la deuxième lecture. L'image affichée sur l'écran aujourd'hui peut prêter à confusion. Il ne s'agit pas de danser parce que nous sommes près de Noël, et pas plus de danser le jour de Noël. La joie que Jésus apporte est profonde, durable jusqu'en éternité. On ne peut l'avoir sans l'apporter aux autres, sans porter le tablier jour après jour. C'est le truc laissé par Jésus. Je connais un curé qui garde sa crèche de Noël toute l'année; ça fait drôle, mais c'est peut être lui qui a raison.
Jean-Louis Auger