Homélie du deuxième dimanche de l'Avent, prononcée à
l'église Saint-François d'Assise le 9 décembre 2001
J'aime beaucoup la première lecture. « Un rameau sortira de la source de Jessé, père de David... Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera prêt du chevreau... Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra.» Ce texte d'Isaïe est très beau. Martin Luther King s'en est inspiré pour écrire son fameux « I had a dream », pour crier au monde son rêve de paix, de compréhension et de fraternité entre noirs et blancs, pauvres et riches, petits et grands.
Ce texte d'Isaïe est très beau. Mais en l'entendant, nous pensons aux événements du 11 septembre, à ce qui se passe dans le moment en Afghanistan et en Israël. Tous les jours, je lis les journaux, je regarde autour de moi, dans le monde, dans mon pays, dans mon entourage. Que de haine, de confrontations, que de blessures on se fait. Martin Luther King avait fait un beau rêve. On l'a assassiné comme on a assassiné Gandhi, comme on a assassiné Jésus, comme on assassine ce qu'il y a de plus noble en nous.
Force nous est de reconnaître que le loup continue à manger l'agneau; le léopard à bouffer le chevreau. Et c'est prendre un grand risque que de mettre la vache et l'ours dans le même pâturage.
Mais, comme je le disais dimanche dernier, la prophétie d'Isaïe n'est pas une utopie. C'est vrai qu'elle n'est pas pleinement réalisée, qu'à certains moments elle ne semble ne l'être aucunement, mais elle est un projet, elle est un chantier. Le rameau sorti de la souche de Jessé, c'est Jésus. Il a été fidèle à Isaïe, il n'a pas imposé la paix d'autorité, par la force comme on fait la guerre. Il a refusé plusieurs fois de faire tomber le feu du ciel. Il n'a pas envoyé des bombes sur les gens. Il a apporté la paix en agissant sur les coeurs, sur nos coeurs.
Dans le monde, ces dernières années, il n'y a pas eu seulement des drames et des tragédies, il y a eu plusieurs événements de paix très intéressants. Ceux de mon âge se souviennent de la fin de la ségrégation raciale au États-Unis. J'ai connu un temps où dans le sud des États-Unis, noirs et blancs ne montaient pas dans les mêmes autobus, n'envoyaient pas leurs enfants dans les mêmes écoles, ne jouaient pas au base-ball dans le même stade. C'est fini. Nous avons vécu la chute du mur de Berlin et la fin des régimes totalitaires communistes. Est advenu l'arrêt de l'apartheid en Afrique du Sud. Ces victoires ne sont pas le résultats de la guerre et même pas le fruit de la diplomatie. Elles sont l'oeuvre de la foi, du coeur et du courage des Martin Luther King, du prisonnier devenu le président Mendela, de l'archevêque noir anglican Mgr Desmond Tutu et aussi de Jean-Paul II. Sa prière, ses voyages pastoraux et son action ont sans aucun doute influencé le cours de l'histoire.
Cette manière de proposer la paix, de la faire, est efficace pour le monde, mais aussi pour notre vie. Nous connaissons tous des gens qui ont une présence pacifiante. Il s'agit qu'ils soient là pour que « ça marche » bien dans la famille, dans le milieu de travail, dans la paroisse. Ils apportent la paix par leur personne comme une brise légère apporte du bon air dans une pièce. Jésus a été un de ceux-là et il nous invite à être comme lui. C'est le sens du « convertissez-vous » que crie Jean-Baptiste dans l'Évangile d'aujourd'hui.
Jean-Louis Auger