Homélie du premier dimanche de l'Avent, prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 3 décembre 2000
« Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur que j'ai adressée à la maison d'Israël », avons-nous entendu au début de la première lecture. C'est notre Dieu qui nous parle, c'est sa Parole que nous entendons.
Bien sûr, cette Parole écrite par Jérémie 600 ans avant Jésus-Christ s'adressait d'abord à Israël qui, quelque temps plus tard, a été délivré de l'esclavage dans lequel il se trouvait. Bien sûr, cette Parole annonçait aussi le Messie qui est venu il y a 2000 ans et que nous célèbrerons à la fin de l'Avent, dans trois semaines.
Mais par delà les siècles, cette Parole nous est redite et s'applique à nous qui vivons en l'an 2000. « Voici venir des jours où j'accomplirai la promesse de bonheur. »
Il ne faut pas prendre l'Évangile d'aujourd'hui au pied de la lettre. Jésus ne nous annonce pas des signes visibles dans le soleil, la lune, les étoiles, pas plus qu'il ne prédit des mers déchaînées. Il ne nous dit pas que le ciel va nous tomber dessus ni qu'il va venir assis sur un petit nuage. Ce sont des images qu'il emploie comme il aime en employer dans ses paraboles.
Il annonce que le monde va être bouleversé, que ses assises vont être changées, que le monde va être refait, mais refait de l'intérieur. C'est ce qu'il enseigne continuellement dans l'Évangile. « Mon royaume n'est pas de ce monde », n'est pas comme ceux de ce monde. La tempête qui s'en vient, elle est causée par une voix très douce qui dit: « Bienheureux les pauvres ... Bienheureux ceux qui ont faim et soif de justice ... Bienheureux ceux qui pleurent ... Bienheureux les doux, les pacifiques »... « Bienheureux êtes-vous parce que un nouveau monde est commencé, un monde où les hommes, les femmes non seulement sont des égaux mais sont des frères, des soeurs qui s'aiment . Un monde où le souffrant, le mal pris, l'endolori est secouru, est chéri. Un monde où le premier, le roi, c'est celui qui sert ».
La fin du monde qu'annonce Jésus, ce n'est pas un cataclysme, une mauvaise nouvelle, c'est une bonne nouvelle. C'est la fin du monde des exploiteurs, du monde des « au plus fort la poche »; c'est le début du monde de l'amour.
Je crois au retour de Jésus quand je vois des gens qui s'étaient cruellement blessés, se réconcilier et s'embrasser.
Je crois au retour de Jésus, quand je vois des gens veiller sur des malades qui ne finissent plus de mourir, sur des personnes âgées qui demandent de plus en plus de soins.
Je crois au retour de Jésus quand je vois des parents ne pas perdre confiance en leur enfant malgré les frasques de leur adolescent, l'insuccès de leur jeune adulte, l'échec de leur grand ou de leur grande.
Je crois au retour de Jésus quand je vois des gens engagés dans l'Église ou dans la société civile qui continuent à oeuvrer avec courage quand tout va mal et qu'eux-mêmes sont pris à partie.
Je crois au retour de Jésus quand je pense à des oeuvres comme la Guignolée que nous ferons cet après-midi, la Casa à Longueuil, Développement et Paix, l'Action bénévole et la Maison de l'entraide ici à Sainte-Julie.
Les étoiles dans le nouveau monde de Jésus portent des noms : miséricorde, dignité, confiance, assurance, respect, amour, etc. C'est nous qui avons à les placer dans le ciel du monde refait par Jésus.
Quand Jésus nous demande dans l'Évangile de ce matin de nous redresser, de lever la tête, de rester éveillés, il ne nous invite pas à observer le ciel, à surveiller les routes au cas où il reviendrait. Il ne reviendra pas de cette manière là. La première lecture parle de la venue d'un germe de justice. Ce germe de justice, c'est le petit grain de sénevé que Jésus a placé en terre. Il nous demande de lui permettre de se développer. Il nous demande de construire le royaume de justice et d'amour qu'il est venu initier. Les bouleversements du monde ne se feront pas à l'extérieur, mais à l'intérieur de nous même, en nous, dans notre coeur. C'est là que Jésus revient, c'est là que commence la fin du monde, le début du monde nouveau.
Jean-Louis Auger