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Homélie du 3e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église
Saint-François d'Assise le 21 janvier 2001
(Messe d'ouverture de la semaine de prière pour l'unité des chrétiens)

Il y a quelques années, j'étais de passage à Barre, une petite municipalité du Vermont. Je rentrais de vacances avec des confrères; c'était un dimanche matin et nous cherchions une église pour participer à la messe. Nous avons trouvé, au centre de la ville, une grande place où il y avait sept églises de confessions différentes, sans compter l'église catholique et le temple franc-maçon situés dans un autre quartier de la ville. Il y avait deux églises méthodistes, des églises baptiste, épiscopalienne, évangéliste, etc., construites les unes à coté des autres. Là, j'ai touché du doigt le scandale de la division des chrétiens. Dans chacune de ces églises, on lisait la même Parole de Dieu, avec une dévotion semblable à celle d'Esdras dans la première lecture d'aujourd'hui; on croyait Jésus présent dans l'assemblée comme nous venons de le voir dans la synagogue de Nazareth, on disait le même « Je crois en Dieu », celui que nous dirons dans un instant. Mais on ne pouvait pas se rassembler pour le dire ensemble et faire une même eucharistie.

La division des chrétiens en sectes, confessions et Églises différentes est inadmissible et va contre les fondements du christianisme.  « Tous, juifs ou païens, esclaves ou hommes libres, nous avons été baptisés dans l'unique Esprit pour former un seul corps » dit saint Paul dans la deuxième lecture. Jésus a prié pour que nous soyons uns comme il est un avec le Père. Et nous voilà divisés à cause de son nom : c'est ridicule.

Heureusement, depuis quarante ans, il se passe des choses intéressantes à tous les niveaux. Régulièrement, nous voyons nos chefs religieux se rencontrer, prier ensemble, fraterniser. Les théologiens des Églises catholiques, luthériennes et anglicanes ont eu des échanges très fructueux et ont produit des documents de grande sagesse. Nous avons perdu beaucoup de nos méfiances et de nos ressentiments. Dans mon enfance, nous craignions les protestants, nous les considérions quasiment comme des ennemis; aujourd'hui nous les appelons nos frères séparés. C'est une grande grâce que nous vivons.

Mais ne nous trompons pas. Il reste beaucoup de chemin à parcourir pour que mes sept églises de Barre ne fassent qu'une; pour que catholiques, protestants, orthodoxes, musulmans et juifs arrêtent de se tirer au fusil en Irlande, en Yougoslavie et au Moyen-Orient. On peut même penser que la situation se corse avec l'arrivée des nouvelles sectes et nouvelles églises qui sont souvent très agressives et sectaires.

Que faire? Il est trop facile de dire que le Pape, les évêques, les ministres protestants, les chefs d'état n'ont qu'à s'entendre. L'unité des chrétiens sera voulue et construite par la base ou elle ne se fera jamais. Que faire?

D'abord vivons notre foi et aimons notre Église catholique. C'est elle qui nous a fait connaître Jésus, nous donne sa Parole et ses sacrements. L'unité des chrétiens ne se fera qu'entre chrétiens convaincus apportant la richesse de leur foi. Elle ne se fera pas en cherchant un commun dénominateur le plus bas possible, en disant que toutes les religions sont également bonnes et en sous-entendant qu'aucune n'est valable. Nous avons des valeurs importantes, intouchables à présenter au monde et aux autres Églises. Pensons à la présence réelle dans l'Eucharistie.  Nous devons tenir à nos valeurs et les transmettre. Nous n'obtiendrons pas l'unité, pas plus que la paix, en sacrifiant ce que nous avons d'essentiel et en nous détruisant.

Deuxièmement, soyons des gens à l'esprit ouvert; non pas des gens qui s'entêtent, se scandalisent ou sont prêts à partir en croisade à tout propos. Ayons un grand respect de ceux qui n'ont pas notre foi, nos idées, notre morale. Aimons-les et reconnaissons que nous avons à apprendre d'eux. Par exemple, nous pouvons nous émerveiller devant la piété de certains protestants, l'intériorité des bouddhistes, le zèle des  Témoins de Jéhovah. Nous pouvons emprunter au culte à l'Esprit Saint des protestants, à leur attachement à la Bible, à la dévotion à la Vierge des Orthodoxes. Nous pouvons retrouver dans les autres confessions et les autres religions des valeurs, des théologies et des pratiques que nous avons perdues ou oubliées. Toutes les fois que je rencontre une vraie charité, une vraie piété, une vraie relation à Dieu, je m'incline.

Troisièmement, soyons des gens de paix et de charité. Que par notre amour, Jésus vive dans notre milieu. Il ne peut y avoir de barrières, de frontières entre des chrétiens authentiques vivant l'amour de Dieu. Mère Thérésa était parente avec le frère Roger, moine protestant de Taizé. Ils ont écrit ensemble un petit livre de toute beauté sur la prière.

Enfin, si nous voulons l'unité, si elle est importante pour nous, faisons comme Jésus, prions; demandons-la, demandons-la non seulement pour les chrétiens, mais aussi pour le monde...pour les pays en conflits...pour nos familles. Jésus disait qu'il y a une sorte de démon qui ne se chasse que par le jeûne et la prière. Je pense que le démon de la discorde en est un. Comme disait le Père Congar, c'est à genoux seulement que nous parviendrons au jour du rassemblement.

Jean-Louis Auger

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