Homélie du 17e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 28 juillet 2002
Il y a quelque temps, j'ai eu une surprise en arrivant chez un de mes amis. Devant sa maison, il y avait un panneau « À vendre, vendu ». En me voyant, il m'a dit: « As-tu vu, on déménage? Nous avons trouvé la maison de nos rêves. Tout le monde est emballé. Je m'endette, mais ça ne fait rien, on va se serrer la ceinture; ça en vaut la peine. » Ça en vaut la peine. C'est cela que nous dit Jésus au sujet du Royaume des cieux. Il le compare à un trésor caché, à une perle précieuse qu'il faut acquérir à tout prix.
Plus je vieillis, plus j'aime ma foi, j'aime ma religion. Alors que bien des gens autour de moi prennent des distances vis-à-vis l'Église, moi, j'y suis plus attaché. Les amis que j'ai eus, les événements de ma vie, le ministère que j'ai exercé m'ont amené, je pense, à mieux saisir comment le Dieu des chrétiens est près de moi, comment Dieu peut faire mon bonheur.
Le Royaume des cieux dont parle l'Évangile, nous le savons, ce n'est pas un lieu, un pays. Le Royaume des cieux, c'est Dieu lui-même. Au ciel nous serons heureux, parfaitement heureux parce que nous serons avec Dieu, nous vivrons avec lui.. Les couples, les amoureux savent le plaisir qu'ils ont à être ensemble et à vivre l'un pour l'autre. Ce sera comme cela au ciel. Ce bonheur est déjà à notre portée sur terre. Jésus nous dit que nous pouvons déjà entrer dans le Royaume des cieux.
Mais il y a un prix à payer, comme mon ami avait un prix à payer pour entrer dans sa maison. Le prix est élevé. Les personnages de l'Évangile vendent tout ce qu'ils ont pour acquérir la perle précieuse ou le trésor caché.
On n'achète pas le Royaume en donnant à Dieu un minimum et en gardant le restant. Un peu de pratiques religieuses quand ça nous tente, quelques gestes de dévotion quand on a peur, quelques bonnes actions. Il ne s'agit pas de faire des choses, faciles ou difficiles. Il s'agit de vivre une orientation. On entre dans le Royaume de Dieu en faisant de Dieu le centre de sa vie et non pas un à-coté. Le prix à payer, c'est d'accepter d'être disciple de Jésus pour vrai avec tout ce que ça implique.
C'est cela qu'a dit Jean-Paul II aux jeunes à Toronto, mercredi dernier, en leur commentant les Béatitudes. Il leur a assuré le bonheur en les invitant à se maîtriser, voire à se renoncer, pour vivre dans l'amour, la paix, la justice. « Heureux les pauvres », leur a-t-il dit, de sa voix de vieillard, tremblotante mais encore forte. « Heureux les doux, les coeurs purs, ceux qui ont faim et soif de justice, heureux les artisans de la paix, le bonheur des cieux est à eux. » Beaucoup de gens contestent Jean-Paul II, ils le trouvent trop vieux, ils pensent qu'il devrait démissionner, que sa doctrine et sa morale sont dépassées. Les jeunes à Toronto l'ont adulé. Il ne les a pas trompés, il leur a dit Jésus, la richesse et les exigences de l'Évangile, avec tout son coeur, avec toute sa foi. Les jeunes ont cru en Jean-Paul II, ils ont cru en Jésus. Ils reconnaissent la richesse du trésor qui leur a été présenté et ils veulent l'acquérir.
Quel trésor, quelle perle fine recherchons-nous? Quel prix sommes-nous prêt à payer? Ce sont les questions que nous posent nos jeunes, que nous pose Jean-Paul II à la suite de Jésus.
Homélie du 16e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 21 juillet 2002
« Dieu n'est pas juste. » Bien des fois, j'ai entendu cette phrase de la bouche de gens éprouvés par un décès subit ou un malheur de toute évidence non mérité. Je l'ai sans doute déjà dite. « Pourquoi Dieu m'envoie-t-il cette maladie, cette épreuve, alors qu'il donne la santé, l'aisance, la prospérité à des gens que tous savent mal-honnêtes? » On voudrait que Dieu réagisse immédiatement, qu'au fur et à mesure des actions, il récompense les bons et punisse les mauvais.
Jésus nous dit dans l'Évangile d'aujourd'hui que telle n'est pas la manière d'agir de Dieu. Il est bon, on l'appelle le Bon Dieu. Il laisse pousser l'ivraie avec le bon grain; il fait pleuvoir chez les mauvais comme chez les bons. Plusieurs paroles de Jésus, plusieurs textes de la Bible nous révèlent la patience et la douceur de Dieu. « Je ne te condamne pas, va et ne pèche plus. » « Je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades. » « N'éteignez pas la mèche qui fume encore. » « Toi Seigneur, qui disposes de la force, tu juges avec indulgence, tu gouvernes avec beaucoup de ménagement,... à ceux qui ont péché, tu accordes la conversion », avons-nous lu dans la première lecture.
Nous n'avons peut-être pas encore assez réalisé ou bien compris que Dieu est un Père. Les parents d'adolescents savent très bien que les jeunes n'arrivent pas du premier coup à trouver l'équilibre et la maturité. Ils font des expériences et même des bêtises. Dieu sait très bien que ses enfants, ses enfants de tous âges, ont besoin de temps pour grandir et s'épanouir. Devant leurs maladresses, il est patient et fait confiance. Il donne du temps, il donne une deuxième chance, il pardonne. C'est bon pour nous. Ne nous outrageons pas trop facilement de la patience de Dieu. S'il se faisait sévère, le feu du ciel pourrait tomber sur nous. Ce n'est pas si sûr que cela que les bons, ce sont nous et les méchants les autres si on regarde le fond des coeurs.
Dieu nous demande d'avoir la même attitude que lui, de pratiquer sa pédagogie. « Par ton exemple, tu as enseigné à ton peuple que le juste doit être humain », avons-nous lu dans la première lecture. Il y a quelques années un crime crapuleux a été commis dans la région de Sherbrooke. Une jeune fille, je me souviens de son nom : Isabelle Bolduc, a été violée et sauvagement assassinée. Le criminel a été pris et au moment de son procès, on a demandé au père de la victime s'il aimerait qu'on applique la peine de mort pour des crimes comme celui-là. Il a répondu qu'il demeurait contre la peine de mort. « Vous ne trouvez pas qu'il y en a assez d'une qu'on a tuée », a-t-il dit. A mon sens, sa réponse est bien conforme à l'esprit de Jésus. La société doit se protéger efficacement, mais pas plus que les individus, pas plus que Dieu, elle ne doit se venger et condamner irrémédiablement. Elle doit favoriser la réadaptation et pardonner. Au nom de ma foi, non seulement je suis contre la peine de mort, mais contre toute punition, toute sentence qui serait vengeance.
Le mal existe. On en est victime. Souvent ce se sont ceux que nous aimons qui nous font mal. Il nous faut continuer à les aimer, leur laisser du temps, leur donner une chance de se reprendre, il faut pardonner jusqu'à 77 fois 7 fois a dit Jésus. Nous n'avons rien à perdre à aimer. Entêtons-nous à vivre dans la compréhension, la tolérance, le pardon, l'amour. Rappelons-nous qu'autour et en dessous de l'ivraie, il y a du bon blé qu'il ne faut pas arracher.
Homélie du 15e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 14 juillet 2002
J'ai lu l'Évangile « du semeur » dans sa version intégrale pour que Jésus lui-même nous donne l'explication de sa parabole. La question qui nous reste, la question qui nous vient spontanément à l'esprit est : quelle sorte de terre suis-je, moi?
Ce serait un peu facile de cataloguer les gens selon les différents sols de la parabole. On pourrait identifier au sol stérile le long du chemin, les athées militants, ceux qui disent ne rien vouloir savoir de Dieu, de la religion et de l'Église, identifier au terrain pierreux, ceux qui disent : « Il faudrait. » « Il faudrait que j'aille à la messe, il faudrait que je mette fin à telle situation trouble de ma vie, il faudrait que je me réconcilie avec un tel. » Ils disent et ils ne font absolument rien. On pourrait identifier au sol couvert de ronces, ceux qui se laissent influencer par tout le monde, la facilité et l'air du temps et qui vivent dans un matérialisme et un égoïsme totalement opposés aux valeurs du christianisme. Un tel classement serait facile mais la réalité est beaucoup plus complexe que cela. Entre le noir et le blanc, il y a le gris. Ne sommes-nous pas tout à la fois, au moins un peu, bonne terre, roches et ronces?
Ceux qui ont déjà cultivé la terre ou qui ont vu leurs parents la cultiver ou qui, tout simplement, entretiennent une plate-bande savent très bien que laissée à elle-même, la terre retourne rapidement en friche. Notre terre spirituelle, comme la terre matérielle, a besoin d'être entretenue.
Dieu, le semeur de la parabole, la sème abondamment. Il intervient, il nous parle de bien des manières. Dans les Évangiles que nous lisons dimanche après dimanche, dans les homélies, les appels de nos chefs spirituels, mais aussi dans les événements de notre vie, les rencontres que nous faisons et dans les beaux sentiments qui surgissent en nous.
Cette parole de Dieu, cette semence abondante, ne peut être fertile que si nous l'écoutons d'une manière intéressée, que si nous avons le désir de vivre à la manière de Jésus. Avoir une terre cultivée, propice à la vie de Dieu en nous, c'est porter le joug de Jésus, le fardeau léger dont il nous a parlé la semaine dernière. C'est le suivre sur des chemins qui, à certains jours, peuvent mener jusqu'à la croix. « Le disciple n'est pas plus grand que le maître. » Quelle roche je dois déplacer, quelles ronces je dois arracher pour que « la Parole qui sort de la bouche de Dieu ne revienne pas sans avoir accompli sa mission », pour que ma terre produise du fruit à raison de trente, de soixante, de cent pour un? C'est la question qui nous est posée aujourd'hui
Homélie du 14e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 7 juillet 2002
Entendons bien l'invitation que nous fait Jésus: « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau. » Le travail que je fais m'a amené à constater que, qui que nous soyons, nous avons tous notre charge d'épreuves, de misères et de souffrances. Il est rare que derrière la porte où je frappe, il n'y ait pas de peine. Habituellement, ça va, on « fait aller »; mais à certains jours plus sombres, ce n'est pas viable.
Trop souvent devant les lourdeurs de notre vie, nous avons tendance à nous réfugier en nous-mêmes et à broyer du noir. Trop souvent nos difficultés, matérielles et surtout morales, nous amènent à fuir Dieu comme s'il n'était pas intéressé et ne pouvait rien faire. « Je ne suis pas venu pour les bien portants, mais pour les malades », a dit Jésus. « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. » Nous n'avons peut-être pas encore assez réalisé comment, dans l'Évangile, Jésus est venu au secours et a été près des éclopés de la vie, des malades, des mal pris, des pécheurs, des vrais pécheurs : Marie-Madeleine la prostituée, Zachée le voleur public, le larron qu'on appelle bon parce qu'il s'est converti, mais qui en fait était un bandit. Les seuls qui n'ont pas eu droit à sa présence, à sa sollicitude et même ont encouru son mépris, ont été les suffisants, ceux qui n'avaient besoin de personne et surtout pas de Dieu.
Le Jésus qui parcourait le pays d'Israël à la recherche des souffrants, est le même qui nous habite par son Esprit et nous dit ce matin: « Venez à moi, prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, vous trouverez le repos. » Quel est ce joug qu'il nous faut porter pour avoir le repos de Jésus? Il nous l'a dit clairement : C'est devenir son disciple, c'est être comme lui, c'est aimer comme lui.
Jésus s'oppose dans l'Évangile d'aujourd'hui aux pharisiens qui imposaient aux pauvres gens un joug difficile à porter, un fardeau fait de 613 lois tatillonnes qu'eux-mêmes ne levaient pas du bout du doigt. Le joug de Jésus n'est pas fait de lois, il est fait d'amour. Il n'est pas fait de soumission à un Dieu qui fait peur, il est fait de réponses amoureuses à la volonté d'un Père qui aime et qui veut aimer par nous. Prendre le joug de Jésus, c'est se faire comme lui, doux et humble de coeur, ouvert, attentif à l'autre. C'est nouer le tablier, c'est faire de sa vie un amour, un service.
Mais ce joug demeure un joug, il y a un poids. Il peut, du moins à certains jours, paraître très lourd. Il est lourd de combattre son égoïsme, de fuir les contraintes de la chair comme dit saint Paul dans la deuxième lecture. Il peut être lourd de refuser de prendre un chemin attirant pour demeurer fidèle à soi, fidèle aux siens, fidèle à Dieu. Il peut être lourd de servir quand on n'a pas de résultat et qu'on ne voit pas qu'on en aura, d'aimer quand l'autre n'est pas aimable, d'aimer par delà l'offense, de pardonner jusqu'à 77 fois 7 fois. Jésus parle de joug, parce qu'il sait par expérience qu'il n'est pas toujours facile de prendre son chemin, d'aller jusqu'à la croix lorsqu'il le faut.
Cependant, son joug est léger, facile à porter parce qu'il ne nous le laisse pas porter seul. Saint Paul nous rappelle dans la deuxième lecture que l'Esprit de Dieu nous habite. « Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps », a dit Jésus. Un homme a aidé Jésus à porter sa croix sur le chemin du Calvaire, aujourd'hui c'est Jésus qui nous aide à porter la nôtre. Pour trouver le repos, la paix sur le chemin de nos vies, nous n'avons qu'à lui laisser nos fardeaux.. C'est cela qu'il nous dit aujourd'hui : « Venez à moi, vous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi je vous procurerai le repos. »
Homélie du 13e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 30 juin 2002
Quel est le commandement que nous a donné Jésus? Quel est le premier commandement? Lorsque je pose cette question à des gens, jeunes et moins jeunes, on me répond habituellement: « C'est d'aimer son prochain. » Ce n'est pas la bonne réponse. Ce n'est pas ce qu'a dit Jésus. Au docteur de la loi qui lui demandait: « Quel est le grand commandement? », il a répondu : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit. Voilà le grand, le premier commandement. Et voilà le second qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Le premier commandement, ce n'est pas d'aimer son prochain, c'est d'aimer Dieu.
L'Évangile que nous venons de lire peut nous surprendre et même nous agacer. Jésus nous demande de le préférer à notre père, à notre mère, à nos enfants. Ne nous surprenons pas. Ça va dans le sens de son commandement et c'est le gros bon sens. Dieu, c'est Dieu. Il est le premier. Nous lui devons tout. Non seulement il nous a créés, mais il nous est dévoué. Jésus nous l'a fait connaître comme un Père, il nous aime, il est avec nous tous les jours. Il a et il doit avoir la première place.
Je visitais, il y a quelque temps, un confrère de collège très malade. Au moment où je le quittais, il m'a dit : « Jean-Louis, tu prieras pour moi, tu sais, moi je ne sais plus trop comment faire, ça fait des années que je ne fais pas de religion. » Bien sûr que j'ai prié pour lui, il est décédé et je continue à prier pour lui. Je l'aimais bien. Mais sans juger mon ami, je laisse cela à la bonté de Dieu, je trouve que ça n'a pas de sens qu'on ne fasse pas de religion comme cela. Qu'on passe des années sans se référer à Dieu, sans lui donner de place dans sa vie. Si Dieu est Dieu et si nous croyons en lui, il est normal de penser à lui régulièrement, tous les jours, comme on pense à son époux ou à son épouse, à ses enfants. Il est normal d'avoir une vie de prière, de se laisser éclairer par Dieu, de venir se nourrir de lui comme nous le faisons ce matin. Si Dieu est Dieu et si nous croyons en lui, il est normal de chercher à faire sa volonté pour nous réaliser et être heureux. Jésus est très clair, nous ne pouvons pas gagner notre vie si nous ne la donnons pas à Dieu, si nous ne la perdons pas pour lui.
Ça ne veut aucunement dire que nous ne devons pas aimer notre père, notre mère, notre conjoint, nos enfants et que l'amour de Dieu nous libère de nos responsabilités. Au contraire. « Celui qui dit aimer Dieu et qui n'aime pas son prochain est un menteur», a dit Jésus. Dans l'Évangile d'aujourd'hui, il parle de préférence et non d'exclusion, de priorité à donner pour servir nos autres amours. J'ai reçu un coup de téléphone cette semaine : « C'est Andréa la fille à Pierre, je me marie en septembre, viendriez-vous bénir mon mariage? » Je vais y aller parce que c'est Andréa, la fille de Pierre, mon ami. Quand j'aime quelqu'un, j'aime toute sa famille ou je ne l'aime pas. Je l'aime en aimant ses enfants, je le sers en servant ses enfants. Je le reconnais dans ses enfants. C'est la même chose avec Dieu. Notre amour, notre préférence de Dieu nourrit nos autres amours et nous amène à accueillir Dieu lui-même dans son représentant, dans le prophète de la première lecture, mais encore plus dans le petit, le pauvre qui a besoin d'un verre d'eau : « Ce que vous faites au moindre de ses petits, c'est à moi que vous le faites », a dit Jésus.
Une relation de prière profonde, continue avec Dieu ne peut faire autrement que nous donner les murs de Dieu, nous habiller de son coeur. Elle nous amène à aimer comme lui, sans limite, sans condition. C'est pour cela que nous sommes ici, pour dire à Dieu notre préférence, nous nourrir de lui et retourner chez-nous vivre son amour.
Homélie du 12e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 23 juin 2002
Un jour, je me rendais dîner à un restaurant dont le propriétaire est un grec, orthodoxe fervent que le connais très bien. Il venait de faire un agrandissement à son restaurant. En me voyant, il m'a dit : « Mon père, venez voir ce que j'ai placé dans mon restaurant ». Il me conduisit dans la nouvelle salle à manger où il avait installé sur le mur une grande reproduction de la Cène du Seigneur. Devant ma surprise, il m'a dit, fier de lui-même. « Je suis chez-moi, je peux faire ce que je veux. »
Par trois fois, dans le court texte d'Évangile que nous venons de lire, Jésus dit : « Ne craignez pas ». Il fait cette invitation à des gens qui vivent la persécution, qui risquent à tout moment d'être arrêtés et martyrisés par les Romains ou par les Juifs. C'était la situation des premiers chrétiens. Tous les apôtres, sauf saint Jean, sont morts martyrs. Saint Paul avant sa conversion lapidait les chrétiens. Encore aujourd'hui, dans certaines régions, en milieu islamiste par exemple, des gens sont physiquement persécutés à cause de leur foi.
Dieu merci, ce n'est aucunement notre situation. Nous vivons dans un pays où il y a liberté de culte, liberté de presse, liberté de penser. Mais, ça ne veut pas dire qu'il soit facile de témoigner de sa foi et que nous n'avons rien à craindre. La société québécoise est maintenant une société totalement sécularisée. Même nos écoles sont devenues laïques, non-confessionnelles. La neutralité est une valeur proposée à tout le monde, que tout le monde est pressé de pratiquer. Le respect des personnes et des différences nous amènerait à bannir toute référence à la religion. La religion est maintenant quelque chose de privé, de personnel, même de secret. Les associations, les mouvements, les oeuvres charitables doivent être neutres. Au début des réunions, on remplace la prière par un temps de silence. On évite soigneusement de parler de Dieu dans les discours. Plusieurs hommes et femmes politiques ne font plus publiquement leur serment d'office sur la Bible, ils font une promesse sur leur honneur. Je n'accuse et ne blâme personne, il y a des intentions de respect et d'acceptation des autres dans ces attitudes, mais je pense qu'on se trompe. Il ne faudrait pas remplacer ce qu'on a appelé la grande noirceur, par une autre grande noirceur aussi néfaste.
Comme mon restaurateur, je respecte les gens en disant qui je suis et je les tromperais en leur cachant. Parmi mes amis, il y a des juifs, des bouddhistes, un prêtre anglican. Je suis assez amis avec eux pour leur partager la richesse de ma foi. J'entends parfois dire : « À la maison on ne parle jamais de religion, on évite les chicanes ». Drôle de phrase. On éviterait peut-être plus de chicanes en parlant religion avec respect. Qui dira Dieu à notre monde, à nos enfants, si nous nous taisons? Il ne s'agit pas de faire du prosélytisme, de tordre des bras, de faire des guerres saintes. Il s'agit de dire qui nous fait vivre et qui peut faire vivre le monde.
C'est cela que nous demande le Seigneur dans l'Évangile d'aujourd'hui. « Ce que je vous dis dans l'ombre, dites-le au grand jour, criez-le sur les toits. » Ce n'est pas facile, ce ne l'a jamais été, ce ne l'était pas pour Jérémie dans la première lecture. Il répond à ses détracteurs qui veulent le mettre à mort en leur disant: « Le Seigneur est avec moi. » Jésus est avec nous, il veille sur nous autant que sur les oiseaux du ciel. Il nous demande de nous prononcer pour lui comme il se prononcera pour nous au jour du jugement. Répondons à sa demande, pour notre bonheur et le bonheur de notre monde.
Homélie du 11e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 16 juin 2002
Jésus vient de commencer sa prédication. Il croise beaucoup de monde. Des foules viennent à lui. Il est profondément ému, attristé devant la détresse de tous ces gens. À Jérusalem, il pleurera sur eux. Ils ont été abandonnés à leur sort par Hérode qui pactise avec l'occupant romain et les exploite. Ils sont mal servis et méprisés par leurs chefs spirituels qui les chargent de fardeaux qu'ils ne veulent même pas soulever du bout du doigt. Avec toutes leurs lois, ils ont enlevé à la religion son âme, elle ne parle plus de l'amour de Dieu, elle n'invite plus à aimer et à servir son prochain comme un frère, comme une soeur. Jésus a pitié de ces pauvres gens fatigués et abattus comme des brebis sans berger.
Nous pouvons avoir les mêmes sentiments que Jésus en regardant les gens qui nous entourent. Je me souviens d'une vieille dame qui me disait : « Je suis scandalisée par mon temps. » Je ne vais pas si loin que cela, mais je m'inquiète pour mon monde. Ne lui ferme-t-on pas la porte de Dieu? J'ai pitié pour les enfants. L'enseignement religieux qu'ils reçoivent dans nos écoles devenues non-confessionnelles est très limité. On proposera aux parents de vivre avec leurs enfants des parcours catéchétiques en paroisse et à la maison. Seront-ils intéressés? Prendront-ils le temps? J'ai pitié pour les ados et aussi pour bien des adultes. Ils n'ont plus de repères religieux. L'Église a perdu beaucoup d'influence. Elle a déçu des croyants, a favorisé des exclusions. Les scandales actuels aux États-Unis et chez-nous sont loin de favoriser sa mission. Sans aucun doute, Jésus, comme autrefois, regarde la foule et a pitié d'elle.
Que propose-t-il? Que fait-il dans l'Évangile devant des situations semblables? Alors que nous nous attendrions à des décisions pratiques et immédiates, la première mesure d'urgence que prend Jésus, c'est d'inviter à la prière. « Priez le Père d'envoyer des ouvriers à sa moisson. » Le Christ lui-même a prié toute la nuit avant de choisir ses douze apôtres.
La prière n'est pas un refuge pour ne rien faire, un alibi à l'engagement et à la responsabilité. Elle nous donne Dieu, elle nous place au niveau de Dieu, elle nous permet de voir le monde avec les yeux de Dieu, d'agir avec les moyens de Dieu. La prière détruit tout pessimisme, elle fait confiance à Dieu. Elle nous amène à aimer notre monde malgré ses ombres, à aimer toutes les personnes, précieuses aux yeux de Dieu, à aimer l'Église malgré ses faiblesses. Cette vision spirituelle est prérequise à tout apostolat. Mgr Berthelet, notre évêque, nous disait un jour : « Vous savez comme j'aime la théologie, mais ce n'est pas la théologie qui va sauver le monde, c'est la spiritualité, c'est la prière. »
Enfin, après avoir prié, Jésus se choisit douze apôtres. Il leur demande de ne pas se rendre chez les païens et les Samaritains mais « d'aller vers les brebis perdues d'Israël ». Le salut de Jésus est universel. Plus tard, il dira à ses apôtres : « Allez de toutes les nations, faites des disciples. » Lui-même ira en Samarie, il convertira la Samaritaine. Mais au départ, Jésus est pratique. Il connaît les possibilités de ses apôtres, il leur demande de commencer par influencer leur milieu.
Il nous demande la même chose. Quand nous entendons parler d'appel de Jésus et de mission, nous pensons facilement que ce sont de grosses tâches qui sont demandées qui nous concernent très peu. Mais « Les brebis perdues de la maison d'Israël » ce sont nos enfants, nos parents, notre conjoint, nos compagnons de travail, nos voisins, ceux qui ont besoin du témoignage d'un père attentionné, d'un ami fidèle, d'une main secourable pour reconnaître la présence de Dieu.
Jésus s'est choisi des gens ordinaires, il les a laissés dans leur milieu, il leur a demandé d'annoncer sa Bonne Nouvelle. Il n'a pas changé de méthode. C'est nous qu'il appelle aujourd'hui.
Homélie du 10e dimanche du Temps Ordinaire prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 9 juin 2002
« Votre amour est fugitif comme la brume au matin... C'est l'amour que je désire et non les sacrifices », avons-nous lu dans la première lecture. Jésus s'est inspiré de cette phase du prophète Osée pour donner son enseignement, pour introduire sa religion d'amour.
Nous avons fêté, vendredi dernier, la fête du Sacré-Coeur qui nous a rappelé de quel amour Dieu nous aime. « Il s'est attaché à nous, il nous a choisis, c'est lui qui nous a aimés le premier », disaient les textes. Oui Dieu nous aime, collectivement et individuellement. Il nous connaît par notre nom, s'intéresse à nous, veille sur nous. Il nous l'a prouvé en nous envoyant Jésus. Ce qu'il nous demande, ce qu'il nous rappelle en ce début des dimanches ordinaires de l'année liturgique, c'est de correspondre à son amour, d'avoir une vraie religion.
Dans la vraie religion, dans la religion de Jésus, il ne s'agit pas d'être en règle avec Dieu, d'être parfaits, aseptisés. Il ne s'agit pas de satisfaire Dieu en lui donnant un minimum. Il s'agit de l'aimer de tout notre coeur, de toute notre âme, de tout notre esprit et de toutes nos forces. Nous avons à lui manifester cet amour en tout temps, dans nos paroles, dans notre prière, mais aussi et surtout dans la pratique de notre vie quotidienne.
Dans l'Évangile, Jésus choisit comme apôtre un exclu. Mathieu, à cause de son travail, côtoie des païens, il collabore avec l'occupant romain et, sans doute, il se prend de bonnes commissions au détriment des Juifs. Il est un impur, il n'est pas accepté dans l'assemblée des Juifs à la synagogue. Les pharisiens pourraient comprendre le choix de Jésus si Mathieu se convertissait, se purifiait, changeait de vie et observait les lois comme les pharisiens. Mais voilà qu'il « enterre sa vie de collecteur d'impôts » en donnant un repas où sont invités ses anciens amis : les publicains, les collecteurs et aussi les païens. Mathieu ne change pas de vie et Jésus est au centre de la fête. Les pharisiens sont scandalisés, offusqués. Ils ne comprennent pas Jésus, ils sont légalistes et Jésus est amour.
Je tire deux conclusions de ces faits. Je crois d'abord que Mathieu c'est nous. Nous pouvons facilement nous identifier à lui et aux publicains pécheurs qui viennent à sa table. Nous ne sommes pas collecteurs d'impôts mais nous avons vécu bien des faiblesses, des bêtises, des trahisons. Nous prenons du temps à nous corriger. Jésus vient à notre table quand même. Il y est aujourd'hui. Il nous accepte tels que nous sommes. Il nous aime tels que nous sommes, il nous choisit tels que nous sommes et non pas tels que nous devrions être. C'est en nous regardant que Jésus dit : « Ce ne sont pas les gens bien portant qui ont besoin de médecins, mais les malades. » Ma deuxième conclusion est que nous sommes entourés d'une foule de Mathieu, d'exclus, de gens qui ne sont pas comme nous, qui ont une orientation de vie autre que la nôtre, qui vivent d'une manière qui nous surprend et même nous déplait. Parmi ces gens on trouve des voisins, des compagnons de travail, des immigrés, des étrangers et même parfois nos enfants, nos proches. L'Évangile nous demande de les accueillir tels qu'ils sont, de leur faire de la place, de les aimer, de ne pas exiger qu'ils deviennent comme nous. Dans la famille de Jésus il y a de la place pour les disparités, de la place pour la compréhension. « Tu ne jugeras pas », a dit Jésus. Il s'est assis à la table des pécheurs, il nous demande de nous y asseoir. « C'est l'amour, la miséricorde que je désire et non les sacrifices. »
Homélie du Dimanche de la Pentecôte prononcée à l'église Saint-François d'Assise le 19 mai 2002.
Au jour de la Pentecôte, les apôtres avaient verrouillé les portes, ils avaient peur. Malgré les promesses du Seigneur, ils le pensaient définitivement parti. Nous pouvons avoir le même sentiment. On nous dit, notre foi nous dit que Jésus est ressuscité, qu'il est vivant, mais ça reste pour nous des mots. Au fond de nous-mêmes, nous croyons Jésus parti. Nous le pensons loin de nous dans le temps puisqu'il a vécu il y a 2000 ans. Nous le pensons loin de nous dans l'espace, installé au ciel, lieu que nous ne connaissons pas et qui nous est actuellement inaccessible.
Comme les apôtres, nous nous trompons. Le Dieu des chrétiens ne nous a pas quittés, il n'est pas loin. Nous ne le voyons pas, mais comme les apôtres au jour de la Pente-côte, nous pouvons sentir son action, son souffle, saisir sa lumière. Les textes que nous venons de lire nous disent quatre choses importantes sur l'action de l'Esprit Saint dans nos vies.
La première : L'Esprit Saint nous conduit à Jésus. Dans la deuxième lecture, saint Paul écrit aux Corinthiens : « Sans le Saint-Esprit, personne n'est capable de dire : Jésus est le Seigneur. » Il ne s'agit pas de le dire seulement en parole, tout le monde est capable de dire cela, mais de le dire par notre vie. L'Esprit Saint ne fait pas que nous rappeler des paroles, des attitudes de Jésus, il agit sur nos coeurs, il nous donne le coeur de Jésus. Il nous inspire la mentalité de l'Évangile. Il nous permet de vivre les événements de nos vies à la manière de Jésus, dans le calme, la sérénité, la joie; même les événements souffrants. « Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur », avons-nous lu dans l'Évangile.
La deuxième : L'Esprit Saint nous unit. « Les dons de l'Esprit sont variés, mais ils nous sont donnés pour que nous formions un seul corps », avons-nous lu dans la deuxième lecture. Il est assez significatif que des gens qui parlent des langues différentes soient capables de s'écouter, de s'entendre, de se comprendre. Pourquoi y a-t-il tant de chicanes, de conflits, de guerres dans notre monde, dans le grand monde, au Moyen-Orient par exemple, mais aussi dans nos petits mondes, dans nos familles, dans nos organismes politiques, charitables, sociaux, dans notre Église? Sans doute parce qu'on laisse peu de place à l'Esprit et beaucoup de place à « l'hommerie ».
La troisième : l'Esprit est porteur de pardon et de paix : « Recevez l'Esprit Saint, dit Jésus dans l'Évangile, tout homme à qui vous remettrez ses péchés, ils lui seront remis. » Par deux fois, il dit : « La paix soit avec vous! » L'Esprit Saint apporte la paix de Dieu par l'absolution du prêtre, mais aussi par les pardons que nous nous accordons. Le pardon, ce n'est pas facile, ce n'est pas humain, c'est divin. Seul l'Esprit Saint peut nous conduire sur le chemin du crucifié qui a dit : « Pardonnez- leur car ils ne savent pas ce qu'ils font. »
Enfin le Saint-Esprit nous envoie : « De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie », dit Jésus dans l'Évangile. Les petits pêcheurs de Galilée qui se cachaient sont devenus des apôtres audacieux qui ont rejoint des gens de toute langue et de toute mentalité. Nous aussi, l'Esprit nous appelle à être témoins, à annoncer Jésus à des gens qui ne parlent pas le même langage que nous. Ils sont nombreux. Ils ne vivent pas nécessairement au loin. Ils peuvent même habiter notre maison. Nous ne les convaincrons qu'en permettant à celui qui nous habite de se manifester, se manifester dans notre vie de prière, notre vie charitable, notre pardon, notre joie de vivre. Comme au jour de la Pentecôte, l'Esprit de Jésus ne se manifeste qu'en étant lumière et souffle pour le monde. Et il ne peut pas l'être sans nous.
Jean-Louis Auger
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