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«Le pain du partage» 
Homélies
Souviens-toi
de la longue marche que tu as faite pendant
quarante années
dans le désert ;
le Seigneur ton Dieu te l'a imposée
pour te faire connaître la pauvreté ;
il voulait t'éprouver
et savoir ce que tu as dans le coeur :
est-ce que tu allais garder
ses commandements, oui ou non ?

Il t'a fait connaître
la pauvreté,
il t'a fait sentir la faim, et il t'a donné
à manger la manne - cette nourriture
que ni toi
ni tes pères
n'aviez connue -
pour te faire découvrir que l'homme
ne vit pas seulement de pain,
mais de tout ce qui vient de la bouche
du Seigneur.

Le Seigneur ton Dieu te conduit vers un pays fertile :
pays de rivières abondantes,
de sources profondes jaillissant dans
les vallées
et les montagnes,
pays de froment
et d'orge,
de raisin,
de grenades
et de figues,
pays d'olives,
d'huile
et de miel ; 
pays où le pain
ne te manquera pas
et où tu ne seras
privé de rien ;
pays dont les pierres contiennent du fer,
et dont les montagnes sont des mines
de cuivre.

Tu mangeras
et tu seras rassasié,
tu béniras le Seigneur ton Dieu
pour ce pays fertile qu'il t'a donné.

Garde-toi d'oublier
le Seigneur ton Dieu, de négliger ses ordres, ses décrets et
ses commandements, que je te donne aujourd'hui.

Quand tu auras mangé et seras rassasié, quand tu auras bâti
de belles maisons
et que tu les habiteras, quand tu auras vu
se multiplier ton gros et ton petit bétail,
ton argent,
ton or
et tous tes biens,
n'en tire pas orgueil, et n'oublie pas le Seigneur ton Dieu
qui t'a fait sortir
du pays d'Égypte,
de la maison d'esclavage.

C'est lui qui t'a fait traverser ce désert, vaste et terrifiant,
pays
des serpents brûlants et des scorpions,
pays
de la sécheresse
et de la soif.


Réflexion pour la fête du Saint Sacrement A

Évangile de Jésus Christ selon Jean 6, 51-58

Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. » Les Juifs discutaient entre eux : « Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger? »  Jésus leur dit alors : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.  En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.  De même que le Père, qui est vivant, m'a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi. Tel est le pain qui descend du ciel : il n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts ; celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Manger du pain ne date pas d'hier. On s'accorde même à faire remonter cette habitude à l'époque du néolithique en Égypte. Les premières représentations connues du pain sont sur les murs des tombeaux de l'Ancien Empire, il y a plus de  cinq mille ans.

Une véritable culture du pain existait chez les Juifs. Ceux-ci distinguaient le pain levé du pain azyme (non levé). Le pain levé était plutôt un aliment quotidien et le pain non levé un objet d'offrande divine. Les Juifs considéraient  le pain levé comme impur, car il est issu d'une certaine forme de putréfaction. Pour célébrer la Pâque en souvenir de la sortie d'Égypte le livre de l'Exode dit: « On mangera des azymes pendant sept jours ; on ne verra pas chez toi de pain levé, ni dans tout ton territoire ».

Avec la naissance de Jésus à Bethléem, ville dont le nom signifie paraît-il  «ville du pain » en araméen, le pain devient le symbole de Jésus même.  Comme Jésus, durant leur vie les grains de blé sont séparés de l'épi, et c'est la séparation du monde. Les grains de blé sont broyés, c'est l'humiliation. Ils sont cuits au four, c'est la souffrance. Enfin, ils dégagent une bonne odeur et le pain apporte la vie à ceux qui en mangent. Jésus est ce pain qui apporte la vie éternelle.

Cette image du pain n'es-elle pas dépassée? Notre société a des conditions matérielles enviables, c'est l'abondance de nourriture. Mais qu'en est-il de certains aspects de la condition humaine? Notre Église traverse depuis quarante ans un désert éprouvant. Nous n'avons qu'à voir ce qu'est devenu le dimanche dans le contexte social d'aujourd'hui. La journée du repos dominical a pris l'allure d'un jour de loisir au sens le plus large de l'expression. Les jeunes couples accompagnent leurs enfants à l'aréna ou au gymnase pendant que les têtes blanches forment la majorité des gens qui fréquentent encore l'église. Les supermarchés deviennent le rendez-vous des foules anonymes en même temps que des familles souvent reconstituées tentent tant bien que mal de se regrouper autour d'une table commune.

En 304, à Abitina, en Afrique, l'assemblée dominicale avait été interdite sous peine de mort. Des chrétiens du lieu avaient transgressé l'édit impérial. Une cinquantaine d'entre eux furent arrêtés. Emeritus  a répondu au juge qui cherchait la raison de cette transgression: « C'est parce que ce sont mes frères, je ne pouvais donc pas les en empêcher. Sans l'Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre. » Est-ce que nous partageons ce sentiment?

Le repas est le lieu de la vie partagée.  C'est au cours des repas que les soucis sont confiés, les conflits résolus, les désirs exprimés, les amitiés scellées. La vie s'en trouve alors changée, le cours des choses transformé.

Normand Barré racontait cette histoire sur le pain de vie.

Au moment du drame d'Hiroshima, plusieurs petites embarcations avaient été préservées. Dans l'une d'elles, une maman était montée avec sa fille. Face à elles, était assise une petite bonne femme d'environ neuf ans. Son corps était tout couvert de brûlures et de plaies, et il saignait. Elle souffrait beaucoup et ne cessait d'appeler : « Maman, maman». Et tout à coup, elle s'adressa à la dame assise face à elle. « S'il vous plaît, Madame, votre enfant est là  » - car elle ne voyait pas : elle n'avait plus d'yeux, à la place il n'y avait que des trous béants. La dame lui répondit : « Oui, elle est ici  ». Alors la petite fille dit : « S'il vous plaît, donnez-lui cela» et elle tendit quelque chose. C'était la boîte dans laquelle elle transportait son repas - le dîner que sa maman lui avait préparé avant son départ pour l'école. « Tu ne veux pas manger ?  » demanda la dame. « Je vais mourir. Donnez-le à votre fille ».

Dieu, a pleuré ce jour-là et il a appelé cette petite fille Marie-Pain. Il voyait aussi son fils quelques heures avant sa mort dire à ses amis qu'il avait rassemblés autour de lui : « Prenez et mangez. Ceci est mon corps livré pour vous ».

Oui, Dieu ce jour-là, ce 6 août 1945, n'a rien vu de plus beau que cet enfant qui allait mourir et qui ne pensait qu'à partager, même après sa mort : « Je vais mourir. Donnez-le à votre fille ».

Dieu, n'a rien vu de plus beau, ce jour-là, que Marie-Pain.

La foi en Jésus ressuscité c'est aussi élébrer le dimanche par le rassemblement autour de la table du Seigneur. Comme pour Marie-Pain, c,est le don du pain qui fait vivre. C'est une question de vie, nous avertit Jésus dans l'Évangile: «Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n'avez pas la vie en vous». Là où la célébration de l'Eucharistie n'est pas possible, comme il arrive régulièrement dans certains pays et de plus en plus chez nous, la communauté a besoin de se réunir pour rendre le Seigneur présent selon sa promesse d'être «là où deux ou trois sont rassemblés en son nom».

Il faut revenir à la nécessité vitale de toute vie. Dans l'Eucharistie, la parole et la nourriture sont reçues, données échangées et nous sommes faits pour recevoir, partager et donner.

L'Eucharistie nous invite  à prendre la mesure de notre complète solidarité entre-nous. Le pain partagé n'en sera que plus moelleux.


Serge Lefebvre
d'après diverses sources