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« Toute une pêche! » 
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Il amena les Apôtres devant le grand conseil, et le grand prêtre
les interrogea : 
«Nous vous avions formellement interdit d'enseigner
le nom de
cet homme-là,
et voilà que vous remplissez Jérusalem de votre enseignement.

Voulez-vous donc
faire retomber sur nous
le sang de
cet homme ?»

Pierre,
avec les Apôtres, répondit alors :
« Il faut obéir
à Dieu
plutôt
qu'aux hommes.

Le Dieu de nos pères
a ressuscité Jésus,
que vous aviez exécuté en le pendant
au bois du supplice.

C'est lui que Dieu,
par sa puissance,
a élevé
en faisant de lui
le Chef,
le Sauveur,
pour apporter à Israël
la conversion
et le pardon
des péchés.

Quant à nous,
nous sommes
les témoins
de tout cela,
avec l'Esprit Saint,
que Dieu a donné
à ceux
qui lui obéissent. »

En entendant
les Apôtres
parler ainsi,
les membres
du grand conseil, exaspérés,
projetaient de
les faire mourir.

Mais un membre
du grand conseil
se leva ;
c'était un pharisien
nommé Gamaliel, docteur de la Loi honoré de
tout le peuple.

Il ordonna
de faire sortir
les Apôtres
un instant,
puis il dit :
« Hommes d'Israël, faites bien attention
à la décision
que vous allez prendre envers ces hommes.

Il y a quelque temps,
on a vu surgir
Theudas ;
il prétendait être quelqu'un,
et quatre cents hommes environ
s'étaient ralliés à lui ;
il a été tué,
et tous ses partisans
ont été mis en déroute et réduits à rien.

Après lui,
à l'époque
du recensement,
on a vu surgir
Judas le Galiléen
qui a entraîné
derrière lui
une foule de gens.

Il a péri lui aussi,
et tous ses partisans
ont été dispersés.
Eh bien,
dans la circonstance présente,
je vous le dis :
ne vous occupez
plus de ces gens-là, laissez-les.

Car si leur intention
ou leur action
vient des hommes,
elle tombera. 
Mais si elle
vient de Dieu,
vous ne pourrez pas
les faire tomber.

Ne risquez donc pas
de vous trouver en guerre contre Dieu. »

Le conseil se laissa convaincre.
On convoqua alors
les Apôtres, et,
après les avoir fouettés, on leur interdit de parler au nom de Jésus, puis on les relâcha.

Mais eux,
en sortant
du grand conseil, repartaient tout joyeux d'avoir été jugés
dignes de subir
des humiliations
pour le nom de Jésus.




Réflexion pour le 3e dimanche de Pâques C

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 21, 1-19

Après cela, Jésus se manifesta encore aux disciples sur le bord du lac de Tibériade, et voici comment. Il y avait là Simon-Pierre, avec Thomas (dont le nom signifie : Jumeau), Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée, et deux autres disciples. Simon-Pierre leur dit : « Je m'en vais à la pêche. » Ils lui répondent : « Nous allons avec toi. » Ils partirent et montèrent dans la barque ; or, ils passèrent la nuit sans rien prendre.

Au lever du jour, Jésus était là, sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui. Jésus les appelle : « Les enfants, auriez-vous un peu de poisson ? » Ils lui répondent : « Non.»  Il leur dit : « Jetez le filet à droite de la barque, et vous trouverez. » Ils jetèrent donc le filet, et cette fois ils n'arrivaient pas à le ramener, tellement il y avait de poisson.  Alors, le disciple que Jésus aimait dit à Pierre : « C'est le Seigneur ! » Quand Simon-Pierre l'entendit déclarer que c'était le Seigneur, il passa un vêtement, car il n'avait rien sur lui, et il se jeta à l'eau.  Les autres disciples arrivent en barque, tirant le filet plein de poissons ; la terre n'était qu'à une centaine de mètres.

En débarquant sur le rivage, ils voient un feu de braise avec du poisson posé dessus, et du pain. Jésus leur dit : « Apportez donc de ce poisson que vous venez de prendre. »  Simon-Pierre monta dans la barque et amena jusqu'à terre le filet plein de gros poissons : il y en avait cent cinquante-trois. Et, malgré cette quantité, le filet ne s'était pas déchiré. Jésus dit alors : « Venez déjeuner. » Aucun des disciples n'osait lui demander : « Qui es-tu ? » Ils savaient que c'était le Seigneur. Jésus s'approche, prend le pain et le leur donne, ainsi que le poisson.

C'était la troisième fois que Jésus ressuscité d'entre les morts se manifestait à ses disciples.

Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. »  Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur, je t'aime, tu le sais. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis.» Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, est-ce que tu m'aimes ? » Pierre fut peiné parce que, pour la troisième fois, il lui demandait : « Est-ce que tu m'aimes ? » et il répondit : « Seigneur, tu sais tout : tu sais bien que je t'aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis.  Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c'est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t'emmener là où tu ne voudrais pas aller. »  Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Puis il lui dit encore: « Suis-moi. »


La semaine dernière c'était l'épisode de Thomas. Jésus  soulignait la mission des apôtres : "Comme le Père m'a envoyé, moi-aussi je vous envoie !"  Nous avons trouvé belle la profession de foi : "Mon Seigneur et mon Dieu" Mais, du côté des apôtres, tout s'était terminé sur une contemplation plus que sur un engagement concret. Aujourd'hui Jésus appelle ses disciples à une prédication dans un monde qui ne leur était pas nécessairement favorable.

Sur le bord et au bord du lac, il se passe bien des choses après la résurrection de Jésus. Le récit d'aujourd'hui  comporte deux épisodes successifs, celui de la pêche surabondante et celui du repas de poissons et de pain, repas offert aux disciples par Jésus ressuscité. Jésus se fait reconnaître à deux reprises, une première fois à l'occasion de la pêche  et une seconde au cours du repas. La scène se passe en Galilée. Le matin de Pâques Jésus avait dit aux disciples : «Allez dire à ses disciples et à Pierre, qu'il vous précède en Galilée, c'est là que vous le verrez. »  Les disciples ont fait confiance à la parole de Dieu. Les disciples vont pêcher, c'est leur ancien métier. Ils sont un peu désemparés, ils ne savent pas trop quoi faire malgré la victoire de la résurrection. Ils pêchent toute la nuit, sans rien prendre. Toute la nuit, leurs filets ne leur ont ramené que du vide. C'est presque un peu d'humour de la part de Jésus ressuscité, qui veut leur apprendre quelque chose, les amener plus loin.

Les disciples n'ont rien pris, et Jésus est là, sur la plage. Il sait bien sûr qu'ils n'ont rien pris, et il le dit, «  enfants, n'avez-vous rien pris ? »  Il  veut changer les coeurs, faire comprendre.  « N'avez-vous rien à manger ? »  Les disciples ont dit toute la vérité, sans rien cacher de leur échec, et cela a permis la suite. Dans la lumière de l'aube cet inconnu inspire suffisamment confiance aux disciples pour qu'ils obéissent. Jetez le filet du côté droit de la barque, et vous trouverez. Ils obéissent. Les disciples ne savaient pas encore que c'était le Jésus qui leur parlait, mais ils ont écouté.  En tous cas, ils font selon ses paroles, et voilà qu'ils prennent plein de poissons. Les disciples ont de la difficulté à reconnaître Jésus. La raison de la méconnaissance vient de ce que Jésus n'est pas revenu purement et simplement à sa vie antérieure : il est désormais vivant-sous-une-autre-forme, il a été « métamorphosé ou transfiguré » . Jésus appartient à un monde autre. Il faut donc la foi, l'illumination du coeur pour le reconnaître. Le signe de la pêche aidera à cette démarche.

Soudain l'un des disciples est saisi d'une intuition géniale: c'est le Seigneur. Cet inconnu qui les interpelle avec autant d'aplomb, c'est Jésus, son ami, son Maître, son Seigneur. Le filet tout à l'heure si lourd, les disciples réussissent à le tirer jusqu'à la rive.  Et que fait Pierre ? Celui qui avait déjà marché sur les eaux une nuit pour aller vers Jésus, dès qu'il entend que c'est le Seigneur, il met son vêtement et sa ceinture, et se jette à l'eau. Il va à la rencontre de Jésus. Il est comme poussé par un élan d'amour. Il est dit dans le texte qu'ils attrapèrent 153 grands poissons. Saint Jérôme remarque que les naturalistes de l'Antiquité dénombraient 153 espèces de poissons, en sorte que le filet apostolique rassemble donc toutes les familles humaines en une seule communauté...

Les disciples vont pêcher du poisson pour avoir quelque chose à manger, et quand ils arrivent à terre, qu'est-ce qu'ils voient, des charbons allumés, du poisson dessus, et du pain. Comme lors du dernier repas pris avec lui avant sa passion et sa mort, Jésus prend le pain et le leur donne. Comme au jour de la multiplication des pains et des poissons, Jésus partage le poisson et le leur donne.

Ce texte nous parle à nous aujourd'hui en 2004. Le filet de l'Église est si fragile, si vétuste, et si lourd à la fois! Nous devons reconnaître que nous ne cessons de lancer le filet dans la nuit, à l'aveuglette et sans rien rapporter. La concurrence et trop forte, trop de gens autour de nous vont à la pêche et avec des moyens dont nous disposerons jamais. Et pourtant, autour de nous, jamais l'eau n'a été aussi trouble ni le désarroi aussi grand. Jamais la demande n'a été aussi forte en matière d'espérance. La mission ne vient pas d'un groupe dont les membres se seraient constitués en club d'amis d'action bénévole. C'est Jésus ressuscité qui a faim de rejoindre les hommes et qui sollicite de notre part une activité bien orientée.

Souvenons-nous que Jésus a dit Votre mission est pour moi une nourriture, n'hésitons donc pas à jeter le filet! Il faut faire confiance à la parole de Dieu, même si nous ne comprenons pas toujours tous les enjeux. La confiance nous fait rencontrer Dieu de manière parfois surprenante. Les disciples  n'avaient rien attrapé, rien réussi, rien du tout. C'est après cet échec qu'ils rencontrent Jésus. Jésus ne se rencontre pas seulement après des moments de bénédiction, de victoire, mais aussi après des échecs. Parfois nous devrions un peu plus écouter ce que nous disent les autres, notre épouse, nos parents, nos enfants. Ecouter ce que disent les autres, car Dieu parle aussi parfois au travers des autres gens. Jésus est là, tout près, et prêt à nous parler.


Serge Lefebvre
d'après diverses sources