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«Le bon pasteur et la porte : Accès refusé?» 
Homélies
Alors Pierre,
debout avec les onze autres Apôtres,
prit la parole ;
il dit d'une voix forte : « Habitants de la Judée, et vous tous qui séjournez
à Jérusalem, comprenez ce qui
se passe aujourd'hui, écoutez bien ce que
je vais vous dire.
Non, ces gens-là
ne sont pas ivres comme vous
le supposez,
car il n'est que
neuf heures du matin. Mais ce qui arrive, c'est ce que Dieu
avait dit par
le prophète Joël :
Il arrivera dans
les derniers jours,
dit Dieu,
que je répandrai
mon Esprit
sur toute créature :
vos fils et vos filles deviendront prophètes,
vos jeunes gens auront des visions,
et vos anciens
auront des songes. Même sur mes serviteurs et sur mes servantes,
je répandrai
mon Esprit
en ces jours-là,
et ils seront prophètes.
Je ferai des prodiges en haut dans le ciel,
et des signes en bas sur la terre,
du sang,
du feu,
une colonne de fumée.
Alors, tous ceux qui invoqueront le Nom du Seigneur seront sauvés.
Hommes d'Israël, écoutez ce message.
Il s'agit de
Jésus le Nazaréen,
cet homme dont Dieu avait fait connaître
la mission en accomplissant par lui des miracles,
des prodiges
et des signes
au milieu de vous, comme
vous le savez bien.
Cet homme, livré selon le plan
et la volonté de Dieu, vous l'avez fait mourir en le faisant clouer
à la croix par la main des païens.
Or, Dieu l'a ressuscité en mettant fin aux douleurs de la mort, car il n'était pas possible qu'elle le retienne en son pouvoir.

Réflexion pour le 4e dimanche de Pâques A

Évangile de Jésus Christ selon Jean 10, 1-10

« Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »
Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés.  Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage.  Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance.

Si vous dites porte, je pense à clefs, verrou, cadenas, serrure ; bref un vrai trousseau de clefs, comme pour les centrales de production d'Hydro-Québec dont l'accès non sécurisé a retenu l'attention en février 2005. Accès refusé... quand vous tentez d'entrer dans le système sans passer par la porte principale.

Aujourd'hui Jésus ne se présente pas comme le pasteur, mais comme la porte. En passant par lui, nous pouvons aller et venir et trouver un pâturage. Par lui, nous avons accès à la nourriture et à la vie. Par lui, nous avons accès auprès du Père. Par lui aussi, nous avons accès les uns aux autres. Ce qui nous barre la route, ce qui nous empêche d'aller et venir, de trouver une issue, de parvenir à ce qui nous nourrit et nous fait vivre, c'est la volonté de pouvoir et de domination. C'est de rendre insulte pour insulte, menace contre souffrance, c'est l'usage de la violence et du mensonge. Il faut emprunter le chemin que Jésus a suivi. C'est en cela que Jésus est pour nous la porte qui donne accès à la vraie vie.

Peut-être avons-nous peur d'être nous-mêmes, d'être là simplement devant Dieu et devant les autres.  Jésus nous indique une voie qui est au-delà de la peur et du jugement. Jésus est demeuré fidèle à ce qui comptait vraiment pour lui. Il ne s'est pas préoccupé de sa réputation , ni du jugement que les autres peuvent porter sur lui, ni de la comparaison ou du jugement que lui-même aurait pu porter sur les autres.

Aller aux autres par la porte qui est Jésus, c'est accepter une relation qui bannit toute forme de prise de pouvoir. C'est respecter le mystère de chaque personne et sa liberté et c'est à mettre en pratique par tous ceux qui sont impliqués dans l'Église. Si quelqu'un reçoit une responsabilité pour le service des personnes et des communautés, ce n'est jamais pour exercer quelque forme d'emprise ou de cléricalisme. C'est toujours en passant par la porte qui est Jésus. Celui qui passe par Jésus ne sera pas un voleur et un brigand. Il pourra faire résonner dans le monde d'aujourd'hui la manière d'être de Jésus, celle qui nous ouvre vraiment la vie !

Le philosophe Descartes prétendait s'élever à l'intelligence sans passer par la porte des sens, ou de l'expérience, par la voie que la nature a déterminée.  Jésus dit qu'il faut passer par la porte pour avoir accès à son royaume. Alors, nous tous, là où nous en sommes, prions pour que nous passions par Jésus dans toutes nos relations avec les autres.

Robert broyait du noir. Il cherchait un sens à sa vie. Il avait été invité par Jean qu'il avait rencontré chez sa voisine de palier Jeanne. Chez Jean, Robert claquait des dents tellement il avait froid. Alors Robert dit à Jean et Jeanne : « Pourquoi ne pas venir chez moi, on aura sûrement plus chaud ». Cela a commencé comme ça. Jean est passé une fois avec Jeanne et depuis, Jean repasse tout les jours et à n'importe quelle heure du jour et de la nuit. Et aujourd'hui, est-ce que Robert regrette d'avoir ouvert la porte à un inconnu?  Est-ce qu'il regrette de n'avoir pas mis un écriteau « accès interdit » ?
Parfois Jean allait dans la cuisine de Robert, se servait au frigo et rompait le pain autour d'une coupe de vin. Puis il amenait Robert à parler de ce qui le préoccupait, il l'écoutait, tout comme il savait respecter ses silences. Robert découvrait dans Jean un inconnu qui se transformait en ami. Robert reprenait goût à la vie.  Jean lui dit : « Toi, Robert, l'ami qui ne répondait pas, il suffisait de parler à coeur ouvert pour trouver à tes craintes une espérance, mais la force manquait à ta foi. »
Jean repasse toujours très souvent, mais cette fois Robert a aussi invité d'autres amis. Il veut leur présenter Robert.

Sans écoute véritable, nous nous refusons l'accès aux autres. Nous restons inconnus les uns pour les autres. Je connais peut-être la vie de mon prochain par coeur, sans pour autant savoir ce qu'il en pense. Mais l'ami se tient au chaud aux quatre coins de mon coeur. Mon bonheur remplit ses yeux de joie. L'ami se tient tout près, même à l'autre bout du monde,  pour me consoler, pour écouter le silence, pour écouter les mots avec son coeur. 

Jésus, le berger, est toujours là. Il a l'oreille sensible, il écoute, il fait attention à toutes celles et ceux qui sont autour de lui. L'ami a le visage de l'autre. C'est à nous de ne pas interdire l'accès.


Serge Lefebvre
d'après diverses sources