Car moi,
me voici déjà
offert en sacrifice,
le moment
de mon départ
est venu.
Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course,
je suis resté fidèle.
Je n'ai plus
qu'à recevoir
la récompense
du vainqueur :
dans sa justice,
le Seigneur,
le juge impartial,
me la remettra
en ce jour-là,
comme à tous ceux
qui auront désiré
avec amour
sa manifestation
dans la gloire.
Viens me rejoindre
le plus vite possible, car Démas
m'a abandonné
par amour
de ce monde,
et il est parti
pour Thessalonique ; Crescens est parti
chez les Galates,
et Tite en Dalmatie.
Luc est seul avec moi. Amène Marc avec toi,
il m'est très utile
pour le ministère.
J'ai envoyé Tychique
à Éphèse.
En venant, rapporte-moi
le manteau
que j'ai laissé
à Troas
chez Carpos. Apporte-moi aussi
mes livres,
surtout les parchemins.
Alexandre, le forgeron, m'a fait beaucoup
de mal.
Il recevra du Seigneur le salaire de ses actes. Toi aussi,
prends garde à lui,
car il s'est violemment opposé à nos paroles.
La première fois q
ue j'ai présenté
ma défense,
personne
ne m'a soutenu :
tous m'ont abandonné. Que Dieu
ne leur en tienne
pas rigueur.
Le Seigneur, lui,
m'a assisté.
Il m'a rempli
de force
pour que je puisse annoncer
jusqu'au bout l'Évangile
et le faire entendre
à toutes
les nations païennes. J'ai échappé
à la gueule du lion ;
le Seigneur
me fera encore échapper à tout
ce qu'on fait
pour me nuire.
Il me sauvera
et me fera entrer
au ciel,
dans son Royaume.
A lui la gloire
pour les siècles
des siècles. Amen.
Réflexion pour le 30e dimanche ordinaire C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 18, 1-8
Jésus dit une parabole pour certains hommes qui étaient convaincus d'être justes et qui méprisaient tous les autres : « Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L'un était pharisien, et l'autre, publicain. Le pharisien se tenait là et priait en lui-même : 'Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes : voleurs, injustes, adultères, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.' Le publicain, lui, se tenait à distance et n'osait même pas lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : 'Mon Dieu, prends pitié du pécheur que je suis !' Quand ce dernier rentra chez lui, c'est lui, je vous le déclare, qui était devenu juste, et non pas l'autre. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
Le juge partial était évoqué la semaine dernière. Aujourd'hui il s'agit encore de la justice : qui est juste et qui ne l'est pas?
Un juge avait trois cas devant lui ce jour-là. Le premier cas impliquait un vandalisme méchant, destructeur dans un bureau. Le juge a regardé l'accusé chagriné et il a immédiatement a déclaré: " je souhaite voir l'accusé et le plaignant en privé ". Dans le bureau du juge, l'accusé a reconnu sa culpabilité et sa peine avec remords. De retour en d'audience le juge a déclaré, " Je décide que ce prétendu crime ne s'est jamais produit. Le cas est rejeté".
Le deuxième cas était un acte de haine entre voisins. Le juge voit dans l'accusé un homme brisé et chagriné. Il a immédiatement déclaré : " je souhaite voir l'accusé et le plaignant en privé ". Dans le bureau du juge, l'accusé a reconnu sa culpabilité et sa peine avec remords. De retour en d'audience le juge a déclaré, " Je décide que ce prétendu crime ne s'est jamais produit. Le cas est rejeté".
Le troisième cas à juger était un acte impudique de mépris pour la vie humaine. À nouveau, le juge voit dans l'accusé un homme brisé et chagriné. Il a immédiatement a déclaré : " je souhaite voir l'accusé et le plaignant en privé ". Dans le bureau du juge, l'accusé a reconnu sa culpabilité et sa peine avec remords. De retour en d'audience le juge a déclaré, " Je décide que ce prétendu crime ne s'est jamais produit. Le cas est rejeté".
La salle était bruyante et de plus en plus furieuse. Comment le juge ose-t-il ignorer la loi! Comment ose-t- il négliger les droits des victimes! Comment ose-t- il contourner le processus judiciaire! Comment ose-t-il se conduire lui-même d'une manière si outrageante! Son comportement est inexcusable et indéfendable! Il est incapable d'être juge et il devrait être enlevé du banc pour toujours!
Croyez-vous aussi que ce juge soit un incapable? C'est peut-être ce qu'on pensé les premiers chrétiens en entendant la parabole d'aujourd'hui. De nos jours, 2000 ans après que Jésus a raconté cette histoire, nous pourrions être tentés de hocher la tête et dire : " Oui, bien sûr, les pharisiens étaient des hypocrites! " Possible pour certains d'entre eux, mais c'est trop simple.
Les pharisiens n'étaient pas perçus comme étant des personnes mauvaises ou hypocrites comme nous le faisons maintenant. Les pharisiens étaient une fidèle minorité religieuse dévouée et prudente de Juifs qui se tenaient debout contre le libéralisme, le compromis et la fusion de croyances différentes. Ils appelaient le peuple à retourner à la loi pour laquelle ils se sont engagés eux-mêmes avec fidélité et obéissance.
Quant au publicain, rien ne permet de dire qu'il n'était pas pécheur, voleur et retors comme le voulait leur réputation. Les publicains étaient des fonctionnaires de l'État romain engagés parmi la population locale. Ils achetaient leur poste et se remboursaient eux-mêmes à partir de ce qu'ils collectaient. La plupart en profitaient, dit-on, pour s'enrichir aux dépens de la population, d'où leur mauvaise réputation. On est donc, dans la parabole d'aujourd'hui, en présence d'un pharisien qui est pour ainsi dire "du bon monde" et d'un publicain dont la vie et la conduite sont répréhensibles et condamnables.
Un pharisien et un publicain : les deux extrêmes de la société religieuse. Le bon pratiquant irréprochable et le pécheur-type. Le pharisien rend grâce dans une prière aucunement intéressée, une action de grâce. Le publicain lui se confesse. Il se situe devant Dieu tel qu'il est : un pécheur qui demande pardon et que Dieu écoute. Jésus, comme à son habitude, apporte un point tout à fait inattendu : Dieu n'est pas gêné par ce que vous êtes ou ce que vous avez été. Dieu pardonne chacun, même les pires pécheurs. Nous devons tout simplement lui faire confiance. Et tout aussi stupéfiant, les gens se croyant plus justes que d'autres sont toujours dans leurs péchés, non pas parce que Dieu ne les a pas pardonnés, mais parce qu'ils ne peuvent recevoir ce qu'ils ne croient pas avoir besoin. L'Évangile est une bonne nouvelle pour les pécheurs.
Transposer cette parabole pour aujourd'hui ne signifie surtout pas essayer d'identifier à qui correspondent les personnages du pharisien et du publicain, de l'accusé et du plaignant. Au contraire, il faut être à la fois pharisien et publicain. Du pharisien, il faut garder le bon côté, c'est-à-dire le désir d'être fidèle à la volonté de Dieu dans toutes les dimensions de la vie. Il faut faire tout cela avec l'attitude du publicain: nous ne pouvons être fidèles et justes que si Dieu lui-même nous rend fidèles et justes.
Évitons la « bonne conscience » qui n'est souvent qu'une fausse sincérité. Reconnaissons que nous sommes parfois insuffisants... Insuffisant rime avec médisant, bien-pensant, méprisant, imposant, rasant, moralisant et démoralisant. Croyez-vous que Dieu nous en a pardonné? Il en est capable, cela ne dépend que de notre désir d'être pardonné.
Serge Lefebvre
d'après diverses sources