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«Un seul sur dix, et c'est un exclus!»
Homélies
Il descendit
jusqu'au Jourdain
et s'y plongea
sept fois,
pour obéir
à l'ordre d'Élisée ;
alors sa chair
redevint semblable
à celle
d'un petit enfant :
il était purifié !





Il retourna
chez l'homme de Dieu avec toute son escorte ; il entra,
se présenta devant lui et déclara :

« Je le sais désormais : il n'y a pas d'autre Dieu, sur toute la terre,
que celui d'Israël !

Je t'en prie,
accepte un présent
de ton serviteur. »






Mais Élisée répondit : « Par la vie du Seigneur que je sers,
je n'accepterai rien. »






Naaman le pressa d'accepter,
mais il refusa. 





Naaman dit alors :
« Puisque c'est ainsi, permets
que ton serviteur emporte de la terre
de ce pays
autant que deux mulets peuvent
en transporter,
car je ne veux plus offrir ni holocauste
ni sacrifice
à d'autres dieux
qu'au Seigneur
Dieu d'Israël. »

Réflexion pour le 28e dimanche ordinaire C

Évangile de Jésus Christ selon saint  Luc 17, 11-19

Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la Samarie et la Galilée.
Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. »  En les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. »
En cours de route, ils furent purifiés.  L'un d'eux, voyant qu'il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix.  Il se jeta la face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c'était un Samaritain.  Alors Jésus demanda : « Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ?  On ne les a pas vus revenir pour rendre gloire à Dieu ; il n'y a que cet étranger ! » Jésus lui dit: « Relève-toi et va : ta foi t'a sauvé. »

Jésus poursuit son périple. Il est loin de Jérusalem. La Galilée est déjà un peu spéciale, mais la Samarie  c'est le pays des étrangers hérétiques! Ils ont un Temple à eux et une religion à eux. Les juifs ont du mépris pour les samaritains et les samaritains ont du mépris pour les juifs. Jésus va vers la Samarie et vers la Galilée qui fait la frontière avec la Syrie. La Galilée est un pays qui a mauvaise réputation, on l'appelle la terre des nations car tous les gens qu'on chasse ou qu'on expulse sont envoyés en Galilée. Jésus choisit d'aller chez les hérétiques, il quitte les gens bien pour aller vers les gens de "n'importe quoi ", et, en route, il rencontre 10 lépreux, 10 exclus.

Pour se protéger des lépreux on leur interdisait d'entrer dans les villes. La lèpre était une maladie sociale. Quand on avait la lèpre, on était chassé de la société d'autant plus qu'on croyait que c'était Dieu qui envoyait la lèpre comme une punition des péchés. Dix lépreux osent s'aventurer vers Jésus, dans le secret espoir d'être guéris, persuadés qu'une parole sortie de sa bouche  transformera leurs âmes et leurs corps. La lèpre hier était aussi  terrifiante qu'aujourd'hui le SIDA!

Les dix lépreux ont été guéris enfin presque car neuf sur dix ont gardé dans leur coeur la lèpre de l'ingratitude. Un seul, samaritain à part ça,  aujourd'hui on dirait un émigrant, un étranger,  a été complètement guéri car la reconnaissance a jailli de son coeur. Jésus n'a pas de paroles de jugement ni de condamnation pour les neuf autres, un simple étonnement et sûrement une tristesse de voir à quel point l'homme est oublieux des bienfaits, qu'il a tant de peine à s'émerveiller et à manifester un sentiment de reconnaissance !

Du temps de Philippe de Macédoine, un soldat a été sauvé d'un naufrage, et un agriculteur l'a pris dans sa maison et l'a traité avec une grande hospitalité et gentillesse. Plus tard, ce soldat est allé chez l'empereur lui demander que le logement et la terre de cet agriculteur lui soient donnés.  Philippe, connaissant tout ce qui était arrivé, s'est mis dans une juste colère contre ce soldat ingrat. Il a commandé que le front du soldat soit marqué à chaud avec les mots, "l'hôte ingrat."

Combien d'entre-nous auraient cette marque si un Philippe de Macédoine devait  régner ? Nous avons été bénis de bien des manières mais nous avons tendance à considérer ces bénédictions comme quelque chose qui nous est dû. Nous savons tous le mal que fait l'ingratitude. Dire merci, reconnaître combien nous sommes redevables à d'autres n'est pas toujours facile pour un bon nombre d'entre nous. C'est si facile de se dire «tout cela me revient, j'y ai droit». Si nous sommes à l'image des neuf lépreux ingrats, si nous manquons de gratitude vis à vis de Dieu, mais aussi de nos proches, c'est que nous avons de la difficulté à vivre dans la gratuité des relations. Nous vivons trop souvent notre vie affective selon le modèle du donnant-donnant des transactions commerciales, du profit maximum Nous avons peur d'aimer et de nous lancer dans cette vie de générosité pour autrui, parce que nous avons encore plus de difficulté à être aimés.

Un voisin nous vient en aide, alors que nous passons près de lui. Il allège notre fardeau. Pourquoi ne pas dire combien cela nous aide.? Quelqu'un nous serre la main d'une telle manière que nous nous sentons tout ragaillardis, arrachés à notre tristesse. Un vieil ami vient pleurer à nos côtés. Pourquoi ne pas dire combien cela nous aide?  Dieu fait pleuvoir sur nous d'abondantes bénédictions. Alors, disons merci!

Il ne faut pas ignorer qu'il y a encore plein de lépreux comme ceux du début du récit des hommes et des femmes interdits de bonheur, rejetés, gardés à distance.  Une  lèpre  terrible  opère des ravages dans l'humanité tout entière :  la lèpre du terrorisme ! Cette lèpre trouve son origine dans un coeur fermé par l'orgueil ou le poids du portefeuille, oubliant l'autre à leur porte Elle naît aussi chez ces autres hommes au coeur ouvert, mais désireux d'une vengeance excitée par les fanatismes religieux. La lèpre du coeur ne se soigne pas facilement. Il est dramatique d'être réduit à crier sa misère ou a se faire entendre par le terrorisme.

Savoir reconnaître les qualités de l'étranger, c'est parfois accepter que l'on soit rejeté par lui sans chercher à se venger, ni à condamner.  C'est aussi s'intéresser à lui en tant qu'homme créé à l'image de Dieu, c'est l'aimer et se soucier de lui en tant que personne. C'est la seule façon de guérir  les lèpres du coeur, même la lèpre de la guerre, même la lèpre des conflits, même la lèpre des rancoeurs.


Serge Lefebvre
d'après diverses sources