Le Seigneur lui dit :
« Va, descends,
ton peuple
s'est perverti,
lui que tu as
fait monter
du pays d'Égypte.
Ils n'auront pas
mis longtemps
à quitter le chemin
que je
leur avais prescrit !
Ils se sont fabriqué
un veau
en métal fondu.
Ils se sont prosternés devant lui,
ils lui ont offert
des sacrifices
en proclamant :
'Israël, voici tes dieux, qui t'ont fait monter
du pays d'Égypte.' »
Le Seigneur dit encore à Moïse :
« Je vois que
ce peuple est
un peuple
à la tête dure.
Maintenant,
laisse-moi faire ;
ma colère
va s'enflammer
contre eux
et je vais les engloutir !
Mais, de toi,
je ferai
une grande nation. »
Moïse apaisa
le visage du Seigneur son Dieu en disant :
« Pourquoi,
Seigneur,
ta colère s'enflammerait-elle contre ton peuple,
que tu as fait sortir
du pays d'Égypte
par la vigueur
de ton bras
et la puissance
de ta main ?
Pourquoi
donner aux Égyptiens l'occasion de dire : 'C'est par méchanceté qu'il les a fait sortir ;
il voulait les exterminer dans les montagnes
et les balayer
de la surface
de la terre' ?
Reviens de l'ardeur
de ta colère,
renonce au mal
que tu veux faire
à ton peuple.
Souviens-toi
de tes serviteurs, Abraham,
Isaac
et Jacob,
à qui tu as juré
par toi-même :
'Je rendrai
votre descendance aussi nombreuse
que les étoiles du ciel, je donnerai
à vos descendants
tout ce pays
que j'avais promis,
et il sera pour toujours leur héritage.'»
Le Seigneur renonça
au mal
qu'il avait voulu faire
à son peuple.
Réflexion pour le 24e dimanche ordinaire C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 15, 1-32
Les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l'écouter. Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole : « Si l'un de vous a cent brebis et en perd une, ne laisse-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ? Quand il l'a retrouvée, tout joyeux, il la prend sur ses épaules, et, de retour chez lui, il réunit ses amis et ses voisins ; il leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !' Je vous le dis : C'est ainsi qu'il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion.
Ou encore, si une femme a dix pièces d'argent et en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu'à ce qu'elle la retrouve ? Quand elle l'a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines et leur dit : 'Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé la pièce d'argent que j'avais perdue !' De même, je vous le dis : Il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
Jésus dit encore : « Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : 'Père, donne-moi la part d'héritage qui me revient.' Et le père fit le partage de ses biens. Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu'il avait, et partit pour un pays lointain où il gaspilla sa fortune en menant une vie de désordre. Quand il eut tout dépensé, une grande famine survint dans cette région, et il commença à se trouver dans la misère. Il alla s'embaucher chez un homme du pays qui l'envoya dans ses champs garder les porcs. Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. Alors il réfléchit : 'Tant d'ouvriers chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! Je vais retourner chez mon père, et je lui dirai : Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils. Prends-moi comme l'un de tes ouvriers.'
Il partit donc pour aller chez son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut et fut saisi de pitié ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers. Le fils lui dit: 'Père, j'ai péché contre le ciel et contre toi. Je ne mérite plus d'être appelé ton fils...' Mais le père dit à ses domestiques : 'Vite, apportez le plus beau vêtement pour l'habiller. Mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds. Allez chercher le veau gras, tuez-le ; mangeons et festoyons. Car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.' Et ils commencèrent la fête.
Le fils aîné était aux champs. A son retour, quand il fut près de la maison, il entendit la musique et les danses. Appelant un des domestiques, il demanda ce qui se passait. Celui-ci répondit: 'C'est ton frère qui est de retour. Et ton père a tué le veau gras, parce qu'il a vu revenir son fils en bonne santé.' Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d'entrer. Son père, qui était sorti, le suppliait. Mais il répliqua: 'Il y a tant d'années que je suis à ton service sans avoir jamais désobéi à tes ordres, et jamais tu ne m'as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis. Mais, quand ton fils que voilà est arrivé après avoir dépensé ton bien avec des filles, tu as fait tuer pour lui le veau gras !' Le père répondit: 'Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi. Il fallait bien festoyer et se réjouir; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie; il était perdu, et il est retrouvé ! ”
L'histoire de cette famille dans laquelle les deux fils ne reconnaissent plus l'amour de leur Père est très connue. Il y a d'abord l'expérience du fils cadet qui croit trouver sa liberté dans tous les esclavages d'une vie de débauches. C'est ensuite l'incompréhension du fils aîné pour qui la conversion de son jeune frère est source de jalousie. L'Évangile d'aujourd'hui est beaucoup plus que l'analyse d'une situation familiale tendue. L'Évangile parle d'un Père dont l'amour sans limites va jusqu'à la folie du pardon qui débouche sur la fête et sur la joie. Aucune situation ne peut être considérée comme irrécupérable car le pardon est la brèche qui ouvre vers demain, ... car il n'y a pas d'avenir sans pardon.
Un document romain est venu rappeler aux fidèles que la forme ordinaire du sacrement du pardon est la rencontre individuelle avec un prêtre avec absolution individuelle. Chez nous, depuis les trente dernières années, nous avons vécu de belles célébrations communautaires du pardon avec absolution collective. Chez nous, paraît-il, nous l'avons utilisé dans des conditions abusives. Le danger est de retomber dans un légalisme du passé et les préjugés à son sujet si on ne comprend pas bien le sens du pardon.
Le 27 avril 1994, dix ans après avoir reçu le prix Nobel de la Paix pour son combat acharné et non violent contre le régime d'apartheid en Afrique du Sud, Mgr Desmond Tutu votait pour la première fois de sa vie. Mais, malgré l'immense joie populaire qui accompagnait l'élection de son ami Nelson Mandela, le spectre d'un bain de sang menaçait l'Afrique du Sud. Comment éviter la vengeance des foules opprimées pendant tant d'années ? Comment empêcher la formidable explosion de violence à laquelle tout le monde s'attendait ? Desmond Tutu, refusant l'oubli des crimes de l'apartheid mais aussi un procès qui aurait à coup sûr provoqué le chaos, organisa une opération de prise de parole dans laquelle victimes et bourreaux pouvaient témoigner des horreurs commises au nom de la guerre des races. Pendant quatre ans, à la tête de la « Commission Vérité et Réconciliation », il accueillit les plus terribles dépositions, aida des milliers de gens à révéler leurs traumatismes, et ne cessa de les accompagner sur la voie du pardon. Le pardon n'était pas pour oublier les évènements subis durant 30 ans, mais pour que les noirs et les blancs comprennent leur histoire mutuelle. Seul le pardon permettait d'entrevoir l'avenir avec confiance et que les races se réconcilient. Pour Desmond Tutu il n'y avait pas d'avenir sans pardon.
La rancune est autodestructrice. Pardonner ne signifie pas nier la souffrance. Cela n'implique pas non plus une réconciliation obligatoire: on peut pardonner à quelqu'un tout en choisissant de rompre la relation. Pardonner, c'est retrouver une plus grande paix intérieure, changer sa perception de l'injustice subie et de ceux qui en sont responsables. Pardonner, c'est arrêter de ruminer le passé et le remettre en perspective pour ne plus en être victime. Rien n'est pire que de ne pas croire au pardon. Ce serait alors la seule loi de la jungle, avec son cortège de méfiance et de rancune, de vengeance et de rancoeur. Le monde étouffe sans le pardon. Dieu vient nous redire que rien n'est jamais perdu pour celui qui humblement, ose faire une démarche du pardon.
Pendant des mois, Marie s'est réveillée en sursaut en train de bourrer son oreiller de coups de poing. Elle rêvait qu'elle poignardait sa cousine, comme elle-même l'avait poignardée dans le dos. Un an et demi auparavant, la cousine avait avoué une aventure avec le petit ami de Marie. Depuis, Marie passait son temps à ruminer des scénarios de vengeance. Elle ne sortait presque plus de chez elle il lui semblait que le monde entier conspirait contre elle. Marie éprouvait des ennuis de santé. Elle avait perdu 14 kilos et, pourtant, les examens médicaux ne décelaient rien d'anormal. Un jour Marie a reçu un courriel de sa cousine, qui lui demande pardon. Tous ses symptômes resurgissent immédiatement, et elle finit par faire le rapprochement: si elle voulait retrouver une vie normale, il fallait qu'elle pardonne. Marie a fait parvenir à sa cousine un message de pardon. Son «Je te pardonne» signifiait «Moi, Marie, je ne souffre plus de ce que tu m'as fait.»
Nous avons besoin de pardon en tant qu'être humain, que ce soit pour le donner ou pour le demander. Avons-vous le pardon facile ou la rancune tenace? Sommes-nous prêts à pardonner à quelqu'un qui nous a humilié en public, à notre conjoint si nous apprenons qu'il nous trompe, à l'assassin de notre enfant ? Pour Jésus il n'y a pas de limites au pardon. La conscience lourde, le poids de nos péchés et celui de nos blessures intérieures peuvent faire de nous des personnes fermées sur elles-mêmes, méfiantes, craintives, violentes. Vivre le sacrement du pardon, c'est reprendre goût à la vie ou plutôt laisser Dieu nous redonner ce goût. Le pardon de Dieu crée une manière différente de voir notre vie intérieure, et le monde qui nous entoure. Il ne s'agit plus d'être tourné vers le passé et le remords, mais sur l'avenir et l'espérance d'une vie meilleure avec Jésus.
Dieu est Miséricordieux. Il nous attend les bras tendus, tel le Père dans la parabole du Fils prodigue. Quoi que nous ayons pu faire dans le passé, il nous aime. Jésus est venu pour faire toutes choses nouvelles. Comment serait notre vie si nous pouvions lui redonner un nouveau départ en effaçant ce qui nous hante?
Serge Lefebvre
d'après diverses sources