Réflexion pour le 22e dimanche ordinaire C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 14, 1-14
Un jour de sabbat, Jésus était entré chez un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et on l'observait. Justement, un homme atteint d'hydropisie était là devant lui. Jésus s'adressa aux docteurs de la Loi et aux pharisiens pour leur demander : « Est-il permis, oui ou non, de faire une guérison le jour du sabbat? » Ils gardèrent le silence. Jésus saisit alors le malade, le guérit et le renvoya. Puis il leur dit : « Si l'un de vous a son fils ou son boeuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il pas l'en retirer aussitôt, le jour même du sabbat ? » Et ils furent incapables de trouver une réponse.
Remarquant que les invités choisissaient les premières places, il leur dit cette parabole : « Quand tu es invité à des noces, ne va pas te mettre à la première place, car on peut avoir invité quelqu'un de plus important que toi. Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendrait te dire : 'Cède-lui ta place', et tu irais, plein de honte, prendre la dernière place. Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira: 'Mon ami, avance plus haut', et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui sont à table avec toi. Qui s'élève sera abaissé ; qui s'abaisse sera élevé. »
Jésus disait aussi à celui qui l'avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n'invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi t'inviteraient en retour, et la politesse te serait rendue. Au contraire, quand tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ; et tu seras heureux, parce qu'ils n'ont rien à te rendre : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »
C'est un nouveau couple qui s'installe à Sainte-Julie. Joseph et Marie ont cent soixante deux ans à eux deux. Ils ont rendez-vous à la clinique médicale. Ils avaient rendez-vous à onze heures trente, mais ils sont arrivés à onze heures, alors Joseph n'a pas compris que la jeune dame, arrivée après eux, leur prenne le tour. Selon leur habitude, c'est celui qui a attendu le plus qui passe le premier. Joseph pense: Croyez-vous que je sois assez bête pour céder ainsi ma place ?
Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, une couturière afro-américaine, est arrêtée pour avoir refusé de céder sa place à un passager blanc à bord d'un autobus urbain de Montgomery, en Alabama. Dans cette partie du Sud des États-Unis où règne alors la ségrégation raciale, la règle veut que les Afro-américains s'assoient à l'arrière des autobus, et qu'ils cèdent leur place aux passagers blancs lorsqu'on leur demande. L'arrestation de Mme Parks entraîne le boycott des autobus de Montgomery, boycott qui dure plus d'un an et qui prend fin à la suite de la décision rendue par la Cour suprême des États-Unis invalidant les lois ségrégationnistes des municipalités et des états. Il n'y a plus d'obligation de céder sa place.
Alors, qu'est-ce que l'évangile raconte aujourd'hui? Céder sa place et occuper la dernière place... Jésus nous propose la dernière place, mais soyons perspicaces et comprenons vraiment ce que Jésus nous invite à faire comme chemin. Il ne nous demande pas d'être des nuls, de nous laisser marcher sur les pieds, de rechercher la médiocrité. Jésus s'oppose à la course à la première place, dans le sens où nous sommes prêts à tout pour y arriver : dénigrement, violence, tricherie, piston, dopage pour remporter une médaille. Jésus nous montre ce qui s'oppose le plus au salut : ce n'est pas le péché mais le sentiment de justice personnelle, l'instinct de se sentir le plus fort, sans faiblesse, de vouloir jouer à Dieu. La dernière place, ce n'est pas une place où l'on cesse d'être soi-même, mais où nous sommes humblement tels quels devant Dieu. Ce n'est pas une place où nous nous déprécions, mais où nous apprécions toutes choses selon Dieu. Nous pouvons avoir de grandes responsabilités, beaucoup de relations, un travail aux avant-postes, et en même temps choisir la dernière place quand nous acceptons d'oeuvrer au poste que d'autres fuient, quand nous continuons à servir malgré les malveillances ou les incompréhensions.
Nous cherchons inconsciemment à nous mettre en valeur là où il y a plus de chance, plus de facilité à le faire. Cela se comprend des relations sociales, humaines, mais l'Evangile nous parle d'un autre type de relation. " Celui qui invite " est bien Celui qui appelle les gens dans son Royaume. Nous choisissons la dernière place lorsque nous choisissons de ne pas se positionner par rapport aux autres comme celui ou celle qui a droit à des égards spéciaux, à une confiance particulière, comme celui ou celle qui a déjà son petit carton sur la table de Dieu. Nous optons pour la dernière place, la place modeste, quand nous ne nous donnons pas un rang parmi les hommes et les femmes, quand nous nous contentons, sans amertume, de la juste place offerte par eux.
Le plus important est la qualité de nos relations avec les autres. Jésus nous exhorte à accueillir et à prendre soin des oubliés de la vie, à les placer au coeur de nos pensées et à agir envers eux de façon gratuite et désintéressée. C'est notre mission en Église. Au temps de Jésus, les indigents et les estropiés, les boiteux et les aveugles étaient exclus des fêtes et des rassemblements. Jésus a pris la défense des opprimés, des défavorisés, des sans voix, pour faire respecter leurs droits. Nous avons aussi parmi nous des personnes faibles, malades, rejetées, écrasées. Osons les nommer dans notre coeur. Osons agir.
Serge Lefebvre
d'après diverses sources