Ils dirent
au roi Sédécias :
« Que cet homme
soit mis à mort :
en parlant
comme il le fait,
il démoralise tout
ce qui reste
de combattant
dans la ville,
et toute
la population.
Ce n'est pas le bonheur du peuple
qu'il cherche,
mais son malheur. »
Le roi répondit :
« Il est déjà
entre vos mains,
et le roi ne peut rien contre vous ! »
Alors ils se saisirent
de Jérémie
et le jetèrent
dans la citerne
du prince Melkias,
dans la cour
de la prison.
On le descendit
avec des cordes.
Dans cette citerne
il n'y avait pas d'eau, mais de la boue,
et Jérémie
s'enfonça dans la boue.
Un officier du palais, l'Éthiopien Ébed-Mélek,
vint trouver le roi :
« Mon Seigneur le roi, ce qu'ils ont fait
au prophète Jérémie, c'est mal !
Ils l'ont jeté
dans la citerne,
il va y mourir
de faim ! »
Alors le roi
donna cet ordre
à l'Éthiopien Ébed-Mélek :
« Prends trois hommes avec toi,
et retire de la citerne
le prophète Jérémie avant qu'il ne meure.»
Réflexion pour le 20e dimanche ordinaire C
Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 12, 49-53
Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé! Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli ! Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »
C'est la suite du chapitre 12 de Luc et ces paroles de Jésus nous dérangent. Elles ne semblent pas en rapport avec ce que nous croyons habituellement. Il faut savoir lire les paradoxes qui nous sont proposés dans l'Évangile. Ces paradoxes ont troublé les disciples de Jésus et ils nous troublent aujourd'hui encore. Le Père contre le Fils. Le Côté Obscur contre la Force. On se croirait dans le duel final de «L'Empire contre-attaque ».
A force de répéter les béatitudes, qui ont constitué le premier enseignement de Jésus sur la montagne : « Heureux les doux... Heureux les artisans de paix... », nous finissons par faire de Jésus une sorte de pacifiste, un non-violent absolu, et finalement il manque de personnalité. C'est la raison pour laquelle nous sommes troublés par ce passage dans lequel Jésus déclare qu'il n'est pas venu mettre la paix dans le monde. Il n'apporte pas la paix, mais la division à l'intérieur même des familles, là où d'habitude nous tentons par tous les moyens d'étouffer les conflits.
Un soir d'hiver glacial, un homme a eu une crise cardiaque. Après avoir été admis à l'hôpital, il demanda à l'infirmière d'appeler sa fille. Il expliqua, "Voyez-vous, je vis seul et c'est la seule famille que j'ai." L'infirmière appela la fille. La fille qui s'appelait Julie fut complètement bouleversée et s'est écriée, "Vous ne devez pas le laisser mourir ! Vous comprenez, papa et moi avons eu une discussion malheureuse il y a environ un an. Je ne l'ai pas revu depuis. Durant tous ces mois, je voulais aller le voir pour lui demander pardon. La dernière chose que je lui ai dite a été, "Je te hais." Julie se mit à pleurer et dit ensuite, "J'arrive tout de suite. Je serai là dans une demi-heure."
Le malade eut un arrêt cardiaque, et immédiatement on essaya de le ranimer. L'infirmière fit cette prière, "O Dieu, sa fille arrive, ne permet pas que ça ne finisse comme ça." Tous les efforts de l'équipe médicale furent vains. L'infirmière regarda un des médecins parlant à Julie en dehors de la chambre. Elle pouvait voir l'expression pitoyable sur son visage. L'infirmière prit Julie à part et lui dit, "Je suis désolée !" Julie lui dit, "Vous savez, je ne l'ai jamais haï. Je l'aimais. Maintenant j'aimerais aller le voir." L'infirmière l'introduisit dans la chambre, et Julie s'est approchée du lit et cacha son visage dans les draps en disant au revoir à son père décédé. L'infirmière, détournant les regards pour ne pas voir ce déchirant au revoir, remarqua un morceau de papier sur la table de chevet. Elle le prit et le lu : "Ma très chère Julie, je te pardonne. Je prie pour que tu me pardonnes aussi. Je sais que tu m'aimes. Je t'aime moi aussi. Papa."
Ce qui divise les familles habituellement, ce n'est pas l'Évangile, c'est plutôt la politique, l'argent, l'éducation des enfants, les vieux parents... La religion est la plus grande et la plus ancienne cause de division et donc de conflit entre les groupes. Ceux qui se réclament de l'Évangile, c'est-à-dire qui se disent les disciples de Jésus, sont actuellement divisés en une multitude de religions et de sectes. Mises à part quelques circonstances exceptionnelles, chacun reste dans son coin, les efforts d'unification étant très limités et pratiquement inefficaces. Les conséquences de ces divisions ne doivent pas être minimisées. L'histoire nous montre qu'elles ont entraîné des drames épouvantables, des persécutions sanglantes et des guerres exterminatrices. La désunion est toujours cause de difficulté, d'incompréhension, de malheur. Cette situation est insatisfaisante et contraire aux idéaux évangéliques. Il est donc souhaitable que des Églises chrétiennes, et particulièrement celles se réclamant de l'oecuménisme, fassent un réel effort vers l'unité.
Jésus parle aussi de la division qu'il provoque au milieu de nous. Jésus nous demande qui, dans nos vies, est le premier, Dieu ou moi ? Oui, il arrive parfois que, pour être fidèles à Jésus, nous soyons opposés à nos meilleurs amis, aux membres de notre famille qui ne comprennent pas notre attitude. Mais c'est surtout en nous, au plus profond de nous-mêmes que la lutte se livre. Il faut savoir prendre des risques si nous voulons rester fidèles. Prendre des risques pour faire un retour aux sources, un recentrage sur l'essentiel.
Sommes-nous toujours prêts à suivre le chemin issu de l'Évangile. La foi n'est pas un privilège, une sécurité. La foi est le risque par excellence, le risque d'aimer jusqu'au bout et de changer le monde. Tous alors viendront s'abriter sous le même drapeau du royaume de Dieu.
Serge Lefebvre
d'après diverses sources