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« La meilleure part» 
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Aux chênes
de Mambré,
le Seigneur apparut
à Abraham,
qui était assis
à l'entrée de la tente.
C'était l'heure
la plus chaude du jour.
Abraham leva les yeux, et il vit trois hommes qui se tenaient debout près de lui.
Aussitôt, il courut
à leur rencontre,
se prosterna
jusqu'à terre et dit: «Seigneur, si j'ai pu trouver grâce
à tes yeux,
ne passe pas
sans t'arrêter
près de ton serviteur.  On va vous apporter
un peu d'eau, vous vous laverez les pieds, et vous vous étendrez sous cet arbre.
Je vais chercher
du pain, et vous reprendrez des forces avant d'aller plus loin, puisque vous êtes passés près
de votre serviteur ! »
Ils répondirent :
« C'est bien.
Fais ce que tu as dit.»
Abraham se hâta
d'aller trouver Sara dans sa tente,
et il lui dit :
« Prends vite trois grandes mesures
de farine,
pétris la pâte
et fais des galettes. »
Puis Abraham courut au troupeau,
il prit un veau gras
et tendre,
et le donna
à un serviteur,
qui se hâta
de le préparer.
Il prit du fromage blanc, du lait, le veau qu'on avait apprêté,
et les déposa
devant eux ;
il se tenait debout
près d'eux,
sous l'arbre,
pendant
qu'ils mangeaient.
Ils lui demandèrent :
« Où est Sara,
ta femme ? »
Il répondit :
« Elle est à l'intérieur de la tente. »
Le voyageur reprit :
« Je reviendrai
chez toi dans un an,
et à ce moment-là, Sara, ta femme,
aura un fils. »




Réflexion pour le 16e dimanche ordinaire C

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 10, 38-42

Alors qu'il était en route avec ses disciples, Jésus entra dans un village. Une femme appelée Marthe le reçut dans sa maison.  Elle avait une soeur nommée Marie qui, se tenant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.  Marthe était accaparée par les multiples occupations du service. Elle intervint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien ? Ma soeur me laisse seule à faire le service. Dis-lui donc de m'aider. » Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. Marie a choisi la meilleure part : elle ne lui sera pas enlevée. »

C'est la suite bien connue  du chapitre 10 de l'évangile saint Luc  dont la lecture a été entreprise il y a deux semaines.

C'est un souper joyeux, avec des amis que Camille aime bien. Camille ne s'ennuie pas. Pourtant, elle jette un coup d'oeil inquiet à sa montre. Oh non!  déjà onze heures... et elle n'a pas préparé la valise de son mari  qui part en voyage demain matin. La mort dans l'âme, elle s'éclipse pour préparer cette valise. Pourquoi elle? Parce que c'est toujours comme ça depuis son mariage et qu'il ne viendrait à l'idée ni à l'un, ni à l'autre, que cela puisse changer. C'est encore Camille, qui pendant les vacances familiales, s'affaire au bien-être de chacun en rêvant secrètement de huit jours toute seule à l'hôtel. Ces situations d'injustice heurtent et choquent. On rit, mais on rit jaune.

Vous en voulez d'autres? L'évangile d'aujourd'hui nous apprend qu'un jour, Jésus est venu dans cette maison où vivaient deux soeurs, Marthe et Marie. Lazare, Marthe et Marie sont des vieux amis de Jésus, ils se connaissent depuis longtemps et chaque fois que Jésus passait par là c'est là qu'il logeait. Les deux soeurs ont deux attitudes très différentes. Marthe est très occupée à faire le service, à préparer le repas, les chambres. Marie, elle, est au salon assise aux pieds de Jésus et elle écoute la parole comme les disciples de Jésus. Une autre injustice?

On peut avoir l'impression que les personnages principaux sont les deux soeurs. Le personnage principal, c'est Jésus.  Sa présence change exige le changement : un changement de coeur, un changement du regard,  un changement de relation. La visite de Jésus à Marthe et Marie est nettement supérieure aux visites de Dieu à son Peuple, comme à Abraham au chêne de Mambré. Cette visite, pourtant merveilleuse, ne laissait que peu d'intimité entre Dieu et les siens. Jésus, lui, a pris notre condition d'homme. Il est reçu par Marthe et cette visite symbolise toute la puissance de l'accueil de l'autre.

Marthe et Marie sont deux faces de la même humanité. Marthe est sortie de la cuisine pour être disciple. Il n'y a pas qu'une seule manière de croire, d'exister, de vivre. C'est très difficile de reconnaître l'autre comme différent. On voudrait que l'autre ne soit que le prolongement de soi. Marie est celle qui accueille la parole de Jésus et Marthe est celle qui accueille Jésus. Marthe et Marie vivent l'amour de Jésus à leur manière respective. Bizarrement dans notre société, Marie a été oubliée au profit de Marthe car on trouve chez Marthe un comportement tout à fait dans la ligne du Bon Samaritain. Marthe, elle, est intervenue auprès de Jésus. Il  est  devenu le prochain de Marthe, celui à qui il faut offrir une halte, un repos. Mais, on ne doit pourtant pas confondre l'homme blessé, étendu sur la route, avec Jésus qui entre dans la maison, à notre rencontre.

Abraham est récompensé pour son hospitalité, alors que Marthe, qui fait tout pour bien recevoir Jésus, est sermonnée. Y auraient-ils deux poids, deux mesures ? Marthe a reçu Jésus comme on reçoit une personne aimée. Elle a fait tout ce qu'elle pouvait faire pour lui. Mais quelque chose d'essentiel lui a échappé et c'est cela que Marie a saisi: quand Jésus entre dans l'intimité de la maison, ce n'est pas pour recevoir quelque chose de nous, mais c'est afin de nous communiquer quelque chose, sa parole. C'est cette « part » que Marie « a choisie ». Elle a fait le bon choix.  Marie est cette personne qui cherche d'abord le royaume de Dieu et sa justice.

Un vieillard, raconte-t-on,  ruminait à la vieille religieuse qui le soignait : «Ma soeur, quand cesserez-vous de vous servir de moi comme d'un escabeau pour le ciel ?»

Donner sans complaisance ou valorisation personnelle, aimer gratuitement, voilà la leçon de Luc. Jésus se tient là, à la porte, et il frappe. Quel accueil lui ferons-nous?


Serge Lefebvre
d'après diverses sources